La reprise commerciale s’effectue en plusieurs étapes. De 1960 à 1973, les exportations s’envolent au moment où les nouvelles surfaces plantées ne sont pas toutes entrées en production. La situation tendue a un effet important sur les cours à la propriété, un âge d’or secondaire s’instaure dans les campagnes charentaises et de nombreux agriculteurs rêvent de devenir viticulteurs. Les chocs pétroliers stoppent net l’essor commercial. Le retour à la prospérité s’effectue très irrégulièrement durant les décennies 1980-90.

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La reprise viticole n’est pas plus rapide que dans les autres secteurs de l’agriculture. Avec l’aide américaine et le début de la motorisation agricole, le niveau de production d’avant-guerre est dépassé après 1950. La vigne, les céréales et l’élevage bovin laitier forment les piliers de l’agriculture charentaise et entrent rapidement en compétition. De 1946 à 1958, les surfaces en vigne se tiennent autour de 60 000 ha, les récoltes de vins blancs plafonnent à 2 millions d’hl. Près de 64 000 agriculteurs charentais produisent du vin et 42 % se localisent en Charente. Au tournant des années 1950, apparaissent deux belles récoltes en 1950 et 1953, supérieurs à 3 millions d’hl de vins blancs. En revanche, les productions de 1951, 1956, 1957 et 1958 apparaissent faibles avec 1,6 million hl de vins. Le froid de février 1956 détruit 20 % du vignoble et les traditionnelles gelées de printemps réalisent de spectaculaires ravages dans les plantations des fonds humides. Le vignoble confirme sa localisation des années 1930. Les vignes sont principalement localisées au sud de la vallée de la Charente, entre Cognac et Châteauneuf. Le canton de Segonzac avec plus de 7 000 ha regroupe 13 % des étendues plantées charentaises. De Jarnac à l’estuaire de la Gironde, par Pons, Gémozac et Cozes, des plantations se reconstituent sur les sites les mieux exposés tandis que les îles conservent leur tradition viticole. La production de cognac oscille entre 120 000 hl et 270 000 hl en fonction des récoltes et du degré des vins. Le négoce de Cognac achète en moyenne aux bouilleurs de cru plus de 100 000 hl d’eaux de vie par an.

La rupture s’effectue vers la fin des années 1950. Durant la décennie, la moyenne des ventes de       119 000 hl est franchie, le pic de 138 000 hl est atteint en 1956. Les achats de précaution liés à la crise de Suez et le gel de la fin de l’hiver se conjuguent pour faire naître une situation de pénurie à terme. Le Royaume-Uni est le premier client avec 17 000 hl, il devance les Etats-Unis. Ces derniers augmentent rapidement leurs achats entre 1956 et 1958 de 11 000 hl à 17 500 hl. La Scandinavie et l’Asie accroissent leurs importations, l’Allemagne fédérale s’engage dans une politique d’importations supérieures à 9 000 hl. L’appellation ne dispose plus que de 3 à 4 années de réserves. Les cours s’emballent à la propriété devant la nouvelle politique d’achat des maisons de négoce.

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L’économie mondiale n’est plus convalescente, la France prépare son entrée dans la Communauté Economique Européenne et baigne dans les « Trente glorieuses ». De 1958 à 1972, le commerce du cognac bondit de record en record et retrouve les volumes de 1865. Tous les marchés progressent, la consommation nationale s’élève de 28 000 à 72 000 hl et les exportations s’envolent de 91 000 à 268 000 hl.  Les expéditions vers le Royaume-Uni et les Etats-Unis doublent. La demande européenne est particulièrement forte avec la mise en place du Marché Commun, nourrie par une vigoureuse reprise des importations allemandes. A la dizaine de pays traditionnellement consommateurs succèdent 25 gros importateurs. Au total, les ventes triplent, le cognac devient à nouveau le produit phare de l’agriculture régionale et déstabilise la production laitière.

L’évolution rapide des expéditions fait tomber la rotation des stocks à 3 années d’expéditions en 1961.  La crainte des gelées de printemps et de la grêle peut mettre en péril la régularité des récoltes. De 1956 à 1958, les ventes sont supérieures à la production. Devant les menaces de pénurie, le prix des eaux de vie à la propriété double de 1955 à 1965. Durant quelques années, les bouilleurs de cru sont les maîtres du jeu, le négoce doit s’aligner pour reconstituer ses stocks et alimenter les marchés. Malgré les difficultés monétaires, le cours des eaux de vie à la propriété est multiplié par dix de 1955 à 1972.

L’escalade des prix attire les financiers à la recherche de placements lucratifs, ce qui accroît anormalement la demande par le renforcement des capacités de stockage. Pour faire face, l’appellation doit se résoudre à planter. De nombreux agriculteurs réorientent leurs choix de production et rêvent de devenir viticulteurs. Dans le Cognaçais, les courtiers des maisons de négoce se disputent les lots à acheter et les bouilleurs de cru en profitent pour décrocher des opportunités financières supplémentaires. Dans les campagnes, avec les importantes plus-values, les signes extérieurs de richesses s’affichent : nouveaux matériels agricoles, achats d’alambics, voitures de luxe… Grâce au président du Conseil, Félix Gaillard, originaire de Barbezieux, l’obtention des droits de plantation était acquise dès 1957-58. La distribution des autorisations commence en 1962, le vignoble charentais gagne 16 000 ha et dépasse 82 000 ha en 1968. Devant la persistance de la croissance des ventes, grâce à la faveur du Ministère de l’Agriculture, l’appellation obtient l’autorisation de planter 26 000 ha durant les huit années suivantes.

EVOLUTION DE LA PRODUCTION ET DES VENTES DE COGNAC DE 1955 A 1981

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 D’après les données du BNIC

LES ETENDUES EN VIGNE PAR CANTON DANS LES CHARENTES EN 1980

 

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D’après les données du RGA et du BNIC

La spéculation fait oublier le développement d’un vin de liqueur : le pineau. Les superficies s’orientent vers un cépage très productif et facile à cultiver le Saint-Emilion. Les autres cépages sont délaissés ainsi que ceux fournissant les vins rouges. Au début des années 1980, le vignoble couvre plus de 110 000 ha, la plus forte étendue d’après le phylloxéra.

La monoculture réapparaît dans les Champagnes. Le canton de Segonzac, avec 9 820 ha, 55 % de la SAU en vigne, retrouve les meilleures années du siècle précédent ; il représente 8 % des plantations de l’appellation. Deux secteurs de la Saintonge deviennent de plus en plus viticoles, les cantons de Matha et de Gémozac. Un déplacement des plantations s’opère en direction des coteaux crayeux de l’estuaire de la Gironde comme dans les années 1860-80. La plupart des cantons gagnent plus de 3 000 ha de surfaces plantées.

En 1973, le vin et les eaux de vie constituent 46 % des recettes agricoles charentaises et le lait est descendu à 14 %. Le cognac est devenu le premier produit d’exportation de la région Poitou-Charentes et le moteur des industries agroalimentaires.

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A partir de 1973, le fer de lance de l’économie agricole charentaise chancèle. Le cognac est aussi victime de rétorsions américaines à l’égard de la politique européenne. L’essor commercial devient chaotique. Pourtant de 1973 à 1990, les ventes de cognac s’élèvent de 340 000 à 496 700 hl A.P. Cette année-là dépasse le volume de l’ancien record historique de 1879 : 478 300 hl. Malgré les chocs pétroliers et la crise économique mondiale, le vignoble charentais affiche un dynamisme surprenant  Les exportations grimpent de 270 000 à 408 000 hl. En réalité, il ne s’agit pas de 18 années d’expansion régulière mais d’une succession de crises et de phases d’expansion très courtes.

– De 1973 à 1978, Le cognac enregistre cinq années de crise. Durant les deux années qui suivent le premier choc pétrolier, les exportations chutent de 25 % et retrouvent leur niveau de 1969. En 1976, les Etats-Unis triplent leurs droits de douanes sur le cognac, les expéditions chutent de 40 % l’année suivante. L’accroissement des surfaces plantées et des rendements élevés donnent des récoltes prodigieuses de 775 000 hl d’alcool pur en 1973 et de 880 000 hl en 1975. La récolte pléthorique de 1875 est dépassée avec des surfaces trois fois inférieures. Les difficultés du marché font monter les stocks de 3 à 6 récoltes d’avance. La viticulture ne tient pas compte de la première alerte et poursuit son programme de plantations de 13 400 ha. Des quotas de production apparaissent dès 1976 : 4,5 hl/ha d’alcool pur/ha dont 3,5 hl commercialisables, la différence doit être stockée ; le surplus de récolte se dirige vers le jus de raisin, les vins de table, le pineau, la distillation préventive…

-De 1978 à 1980, les exportations gagnent 18 % et accèdent à un niveau jamais encore atteint, mais le marché national n’est pas florissant. De nouveaux accords commerciaux permettent une meilleure ouverture du marché américain, les Etats-Unis doublent leurs importations et passent en tête des pays importateurs de cognac. L’Allemagne et l’Irlande réalisent de nouveaux records d’importations et l’Asie occupe une place croissante. Le marché du cognac trouve une nouvelle assise avec l’Amérique du Nord.

-De 1981 à 1986, avec le deuxième choc pétrolier, les expéditions enregistrent un nouveau repli. Les exportations descendent à 296 000 hl, 7 % de moins en deux ans. Les marchés européens et américains régressent et la montée des pays asiatiques reste insuffisante. En France, les mesures antialcooliques et les taxes précipitent un recul de 18 %. A partir de 1984, la situation s’améliore, la reprise américaine est contagieuse, tous les marchés progressent ; les ventes retrouvent leur niveau de 1980. Néanmoins, cette deuxième crise enregistre de nombreuses conséquences, les viticulteurs doivent limiter leur production et une première campagne indemnisée d’arrachage est engagée sur 7 000 ha.

-De 1987 à 1990, excepté les Etats-Unis mécontents de l’entrée de la Péninsule ibérique dans la Communauté Economique Européenne, toutes les expéditions augmentent de 13 %. L’expansion commerciale se déplace vers l’Asie. En 1989/90, le record historique des ventes est atteint avec 177 millions de bouteilles, le Japon achète 78 000 hl -28 millions de bouteilles- et devient le deuxième importateur de cognac du monde. Singapour, la Malaisie et Taiwan franchissent le cap des 4 000 hl. Finalement, lorsqu’un marché faiblit, un autre s’ouvre, l’Asie peut représenter une opportunité par rapport à l’Amérique et à l’Europe.

Malheureusement, l’édifice se lézarde à partir de 1990/91, les expéditions reculent de 43 000 hl surtout au Japon. L’inquiétude gagne l’ensemble de l’appellation. Toutes les activités liées au cognac doivent réduire la voilure. Ainsi, s’achèvent les années folles, une longue récession s’annonce.

Depuis 1973, les sorties de cognac reposent de plus en plus sur des eaux de vie âgées de 3 à 4 ans. Les qualités supérieures sont en pleine croissance et valorisent la production des premiers crus de l’appellation. De 1986 à 1990, le cognac de 4 à 5 ans représente le tiers du marché, les qualités vieilles des Champagnes sont très appréciées en Asie. A Hong Kong et Singapour, les VSOP et Extra représentent 99 % de la consommation. Au Japon, les qualités vieilles constituent 72 % des ventes Hennessy. Chez la maison de négoce, les qualités supérieures viennent de progresser de 26 à 56 % dans le chiffre d’affaires. Les eaux de vie des grands crus sont recherchées pour leur aptitude à vieillir et trouvent d’importants débouchés dans la haute société des pays orientaux.

Les années 1960 voient la montée spectaculaire de la maison Rémy-Martin qui triple ses parts de marché en quinze ans, passant de 5 à 15 % en 1980, en s’appuyant sur les deux premiers crus. La notoriété du cognac attise les convoitises, les géants des boissons et spiritueux décident de s’introduire dans les entreprises cognaçaises pour exploiter le potentiel de la clientèle, placer leurs propres produits et s’approprier une marque prestigieuse.

Les premiers rapprochements commencent dans les années 1960 avec des négociants de Jarnac. En 1963, Courvoisier passe sous capitaux canadiens avec Hiram Walker ; deux années plus tard, Paul Ricard s’empare de Bisquit, une maison fondée en 1819. En 1986, Courvoisier est cédée à Allieds Lyons. Les grands groupes français et mondiaux se ruent de plus en plus sur les vieilles familles du cognac. L’action décisive s’opère en 1972, par la naissance de Moët-Hennessy, l’alliance du Champagne, du cognac, des parfums et de la haute couture. En 1987, l’entrée du bagagiste Louis Vuitton renforce l’image du groupe, ce qui précipite l’OPA de financiers désirant constituer le premier ensemble français de produits de luxe : LVMH.

LE MARCHE DU COGNAC PAR CONTINENT –1990-2000

D’après les données du BNIC

En 1988, le groupe canadien Seagram rachète au prix fort Martell. La plupart des sociétés charentaises se rapprochent de grands groupes Otard d’Alexis Lichine et de Bass puis de Martini… Progressivement, de nombreuses maisons de négoce ne sont plus charentaises, une nouvelle étape de l’histoire du cognac se dessine.

Malgré des difficultés, des exportations en hausse 1990-2005

Après la belle performance de 1990, les ventes tombent à 378 000 hl AP en 2000, l’équivalent de 135 millions de bouteilles. En 1991, les excédents de production plafonnent momentanément lors de la petite récolte de 3,9 millions d’hl de vin liée à la spectaculaire gelée de printemps, mais l’année suivante les 13 millions d’hl sont loin de résoudre les problèmes de surproduction. La situation économique mondiale, les importantes restructurations et les nouveaux rachats de maisons de négoce charentaises ne favorisent pas toujours les expéditions de cognac durant dix ans. En 2000, l’Europe avec la France représente 70 millions de bouteilles, l’Amérique 43 millions et l’Asie 22 millions. Au tournant du siècle, les ventes atteignent la position la plus basse du repli pour se limiter à 372 000 hl. Après 2002, elles reprennent pour s’élever à 391 000 hl. L’Amérique a supplanté l’Europe. Les Etats-Unis confirment leur première place et importent 148 000 hl suivi par le Royaume Uni : 35 000 hl. Depuis 1995, les achats américains progressent régulièrement. Le Japon est relégué à la dixième place avec 9 600 hl, des importations divisées par huit en 15 ans. Singapour et la Chine sont en pleine ascension et atteignent déjà les places d’honneur. La Russie devient un importateur non négligeable à 9 900 hl. Par la suite, les ventes remontent pour atteindre 453 000 hl AP en 2005, 20 % de croissance en moins de cinq ans.

Les ventes de cognac augmentent irrégulièrement, elles arrivent à 409 000 hl AP en 2010, 512 000 en 2013. Dans l’été 2017, les 550 000 hl sont dépassés et les sorties progressent de plus de 4 % en un an -190 millions de bouteilles-. Son chiffre d’affaires atteint 3 milliards d’euros dont 96 % à l’exportation, il représente plus des trois quarts de celui des spiritueux français. La force de l’appellation repose sur la diversification croissante des marchés, mais les Etats-Unis représentent plus de 38 % des ventes devançant Singapour et la Chine. Les Pays baltes, la Russie, le Nigéria, l’Afrique du sud entrent dans le classement des 20 premiers pays importateurs. Le négoce du cognac est toujours contrôlé par quatre grandes maisons de commerce mieux armées pour affronter les vicissitudes de la mondialisation. Les VS représentent 51 % des expéditions et le VSOP 37 %. En 10 ans, les parts de marché en fonction de la qualité semblent stables. Les qualités vieilles ne sont pas en expansion mais se maintiennent à 11 %. Avec 11 000 hl AP, la France est au sixième rang en ajoutant les 35 000 hl de cognac qui entrent dans l’élaboration du pineau des Charentes, elle gagne deux places parmi les pays consommateurs.

Après les chocs pétroliers, la reprise commerciale est tardive, les ventes atteignent des records à la fin des années 1980 ; le cognac est exporté dans tous les pays du monde. Au cours de la campagne 1989/90, les expéditions atteignent un record historique de 496 000 hl puis de 550 000 hl en 2017. Pour les amateurs de boissons alcoolisées, consommer du cognac, la plus prestigieuse des eaux de vie, constitue une preuve d’ascension sociale et de bon goût. Finalement, l’embellie commerciale souvent éphémère déclenche des conséquences dans les campagnes charentaises. Des 20 000 bouilleurs de cru de 1980, il n’en reste plus que 4 500, le monde viticole profite inégalement de la forte croissance des ventes, demeure très exposé à la conjoncture économique et à la politique financière des maisons de négoce. Dans un contexte en apparence favorable, l’appellation vient de connaître un important mouvement de concentration dans la chaîne de ses activités mais bénéficie toujours d’un produit d’une rare notoriété : le cognac.

La population mondiale a quadruplé ; le cognac a suivi le rythme de développement démographique mais en apparence n’a pas gagné de part de marché au niveau des consommateurs. Ainsi, plusieurs constats peuvent s’opérer ; malgré son ancienneté, le cognac conserve toujours son pourcentage de connaisseurs et ne réussit pas à être détrôné. En appartenant à la haute gastronomie française, il a de fidèles défenseurs et attire les groupes extérieurs en quête de marques prestigieuses et de fortes marges.

[1] BERNARD Gilles.  Annales du GREH N° 1 et 2 de 1979 et 1980

[2] En 1946, cette institution deviendra le BNIC.

BERNARD Gilles   Agrégé de Géographie

Docteur d’Etat en Géographie et Aménagement

Au cours de son voyage de retour de Russie en France, Jacques-Joachim de La Chétardie crut bon de s’arrêter à Berlin pour y rencontrer le roi Frédéric IIlespérant retrouver l’ancienne intimité du prince impérial, de l’hôte affable et expansif du château de Rheinsberg. Au lieu de cela, le souverain prussien se montra hautain, distant et même sarcastique à propos du double jeu de la France  comme s’il avait été lui-même un champion en matière d’honnêteté politique ! La Chétardie crut s’en sortir en critiquant Alexis-Petrovitch et Mikhaïl Bestoujev. Mais le souverain préféra arrêter là l’entretien.

Par contre, après cette conversation déroutante au palais de Charlottenburg avec FrédéricII, un courrier venu de Versailles apporta à Berlin au voyageur surpris une nouvelle réconfortante : le représentant de la Russie à la Cour de France, le prince Kantémir[1], avait été chargé d’insinuer officieusement que sa souveraine serait heureuse de revoir M. de La Chétardie en Russie. A Versailles on laissait libre le marquis de suivre cette indication et de rebrousser chemin. Mais tant que les frères Bestoujev seraient au pouvoir, il savait qu’il n’avait rien à espérer de bon. N’avait-il pas dit un jour devant Lestocq à Elisabeth Petrovna : « Eux ou moi ». C’était précisément ce genre d’alternative que la tsarine n’aimait pas ! Il continua donc son voyage vers la France s’arrêtant un mois à Francfort puis à Lunéville pour un séjour auprès de Stanislas Leczynski, l’ex-roi de Pologne, devenu duc de Lorraine, pour n’arriver à Paris qu’en février 1743.

Il ne semble pas que le gouvernement français dirigé encore encore par le vieux cardinal de Fleury, ancien prcepteur du roi Louis XV, ait retenu quelques griefs à l’ambassadeur pour son échec en Russie, la Cour de Russie étant imprévisible. On savait que le marquis de La Chétardie avait fait tout ce qui était en son pouvoir et même payé de sa personne !  A divers titres … Eu égard à l’amitié – voire l’affection – que la tsarine  portait à La Chétardie concrétisée par le désir de la souveraine de le revoir bientôt, le ministère tenait en réserve le diplomate lui conseillant d’attendre une situation favorable pour repartir. Mais celui-ci, impatient, multipliait les interventions auprès de M. du Theil, premier commis politique du département des Affaires Etrangères et lui énumérait les conditions  d’un succès assuré d’avance : l’envoi du portrait du roi Louis XV « qu’un souvenir tendre et précieux faisait désirer à la tsarine », la reconnaissance par Versailles du titre impérial revendiqué par Elisabeth, la promesse d’un subside annuel de 400 000 roubles, des cadeaux de grand prix pour Lestocq et d’autres alliés à la Cour de Russie, des fonds secrets en quantité suffisante à la disposition de l’ambasadeur et enfin et surtout une belle « entrée » par laquelle La Chétardie ferait éclater aux yeux de la tsarine et de ses sujets la puissance et la magnificence du souverain qu’il représentait. M. du Theil jugea ces propositions tout à fait romanesques et chimériques moins sur le fond que sur la façon dont leur auteur comptait en assurer le succès … Et après avoir émis d’expresses réserves sur l’importance des fonds mis à la disposition du marquis de La Chétardie, le haut fonctionnaire s’était de plus moqué de son projet par ces paroles : « la proposition d’un traité d’alliance entre la France, la Russie, la Suède et la Porte est plus comique que le quolibet : marier la République de Venise avec le Grand Turc »… Comme le cardinal de Fleury venait de mourir le 29 janvier 1743, c’était M. du Theil qui étudiait les dossiers au ministère des Affaires Etrangères. Ainsi rabroué, le marquis de La Chétardie n’avait plus qu’à attendre une opportunité pour repartir à Saint-Petersbourg où il comptait bien donner toute sa dimension si on lui donnait ses lettres de créance.

      Soudain, en août 1743, une lettre envoyée par Allion et datée du 10 août 1743 à Moscou apprenait que les Bestoujev avaient été atteints par un scandale : l’affaire Botta. « Je touche enfin au moment de humer à longs traits la satisfaction de perdre ou du moins de renverser les Bestoujev » disait la missive du successeur de La Chétardie à la représentation de la France en Russie. Mais quoi ! La Chétardie allait-il laisser à M. d’Allion la joie de « renverser les Bestoujev » ? On peut supposer que le marquis reprit tout aussitôt ses visites insistantes au ministère des Affaires Etrangères pour obtenir ses lettres de créance et  pouvoir partir.

         Que s’était-il donc passé et qu’était-ce cette « affaire Botta » ? Depuis le départ de La Chétardie, une année plus tôt, les services secrets français continuaient à agir en Russie contre les adversaires d’une alliance avec la France et à verser de l’or à Lestocq qui sut en faire un bon usage  pour susciter une révolution de palais et compromettre l’ambassadeur d’Autriche, le marquis Eugenio-Antonietto de Botta-Adorno. Un certain Ivan Lapoukhine, fils d’une dame Lapoukhine, rivale en beauté d’Elisabeth Petrovna et amante de l’ancien maréchal de cour Loewenwolde alors exilé en Russie, s’était livré au cours de ses beuveries en propos imprudents contre le régime d’Elisabeth Petrovna. A la faveur du coup d’Etat, n’avait-il pas été privé de son grade d’officier aux gardes et d’ancien gentilhomme de chambre à la cour d’Anna Leopoldovna ? Or il se trouvait que la belle madame Lapoukhine était une amie intime de l’épouse de Mikhaïl Bestoujev. Il n’y avait plus qu’à pousser Ivan Lapoukhine à quelques imprécations et le piège se refermerait. Lestocq, le médecin-chirurgien d’Elisabeth Petrovna y veillait car il fallait bien justifier les subsides que lui versait la Cour de France ! Dans une causerie après boire, Ivan Lapoukhine, très exalté, aurait affirmé que l’ambassadeur Botta, avant son départ pour Berlin, avai assuré que Frédéric de Prusse était disposé à susciter une contre-révolution en Russie et que, ce diplomate étant nommé à Berlin, on ne tarderait pas à voir l’effet des mesures qu’on y préparait …

          La police d’Elisabeth réagit vivement. Estrapades, knouts et déportations en Sibérie, rien ne fut épargné aux malheureux suspects. Les anciennes belles dames de la Cour, les Lapoukhine et Bestoujev eurent droit le 31 août 1743 à un supplice en public où elles furent fouettées à demi nues avant d’être envoyées à Iakoutsk en Sibérie. Mais, paradoxalement Mikhaïl Bestoujev protégé par Razoumovski, se maintint au pouvoir. A Paris, la déception du marquis de La Chétardie fut grande car à la faveur de ce scandale il avait espéré remporter une double victoire sur ses adversaires de Moscou et ses contradicteurs de Versailles. Pourtant il ne démordait pas de son idée de contribuer à faire renverser les Bestoujev et ainsi, les derniers obstacles ayant disparu, de faire entrer la Russie dans une alliance avec la France … Et si les Bestoujev n’étaient pas encore tombés, éclaboussés qu’ils étaient dans des compromissions avec des puissances étrangères, ils n’allaient pas tarder à quitter le pouvoir. Naïvement, La Chétardie pensait pouvoir, à lui seul, convaincre la tsarine de la complicité de ses ministres. « Eux ou moi » avait-il dit. C’était son idée fixe !

Muni des lettres de créance signées par le roi à Fontainebleau en date du 22 septembre 1743, « le  seigneur marquis de La Chétardie, maréchal de nos camps et armées, notre ambassadeur  extraordinaire et plénipotentiaireauprès de notre sœur la Czarine de Russie » précisait le document royal, partit assuré de retrouver sa place de favori auprès d’Elisabeth Pretrovna. Une nouvelle aventure commençait, plus exaltante encore que la première. C’était du moins la pensée du diplomate quand il quitta Paris dans les premiers jours d’octobre 1743. Il voyagea sans précipitation passant par Copenhague et Stockholm dont les Cours étaient amies de la France pensant arriver  la veille de l’anniversaire d’Elisabeth, c’est-à-dire le 24 novembre (dans le calendrier julien c’est-à-dire le 5 décembre dans notre calendrier grégorien). C’était sans compter avec les rigueurs de l’hiver septentrional  et les aléas aussi des postes suédoises et des routes russes … Prenant de grands riques, ayant failli à plusieurs reprises se rompre les os dans les fondrières et laissant son secrétaire avec un bras cassé et toute sa suite, il ne put gagner les abords de Saint-Petersbourg  que dans la nuit du 24-25 novembre. Et comme la Neva charriait d’énormes blocs de glace, il dut attendre dans une cabane, à demi mort de fatigue, de froid et de faim, qu’on vint l’aider à traverser le fleuve aux flots impétueux. La Chétardie avait manqué son entrée. Les fêtes de l’anniversaire de l’avénement d’Elisabeth étaient poassées !

Cette ambassade commençait donc bien mal. A une réception chez le chambellan  du duc de Holstein, il put enfin rencontrer l’impératrice entourée cependant « des émissaires et des créatures de Bestoujev » en trop grand nombre à son goût. Quelques jours, plus tard, il se disputa avec Allion  qui acceptait mal le retour de son ancien chef et de retrouver par conséquent un poste de subordonné à l’ambassade. La dispute tourna à la bagarre et l’on vit quelques temps après le marquis avec une main enveloppée dans un bandage. Quant à Allion il aurait été frappé avec une bouteille mais heureusement sa perruque permit de cacher la plaie… Allion avait pourtant vu juste en disant que le retour de La Chétardie à la Cour de Russie n’était pas souhaitable car on en voulait plus à sa personne qu’aux intérêts français … Pendant ce temps, on s’inquiétait à Versailles car le diplomate n’avait toujours pas régularisé sa situation. Ayant cherché à rencontrer Elisabeth, celle-ci  le renvoya à ses ministres. Et naturelllement pour La Chétardie, il n’était absolument pas question de négocier avec les Bestoujev !

A Saint-Petersbourg, La Chétardie avait cru retrouver l’amitié de l’ambassadeur de Prusse Mardefeld. Un début d’alliance se préparait par les deux diplomates pour leurs Etats respectifs. Avec le mariage de la princesse de Zerbst avec le duc de Holstein, le futur tsar Pierre III, c’était la concrétisation d’une alliance entre la Russie et la Prusse. Cette princesse de Zerbst a été plus tard la célèbre tsarine Catherine II. Toujours subjugué par la Prusse, l’ambassadeur de France appuya la démarche prussienne et le mariage eut bien lieu. Mardefeld et La Chétardie ayant un commun intérêt à faire tomber Bestoujev, à le « culbuter » selon leur propre expression, vu que ce dernier était opposé à toute alliance tant avec la France qu’avec la Prusse, Frédéric II avait conseillé à son ambassadeur de surveiller le diplomate français, de l’empêcher à ce qu’il ait de l’ascendant sur la souveraine et qu’enfin après avoir travaillé ensemble à la chute de « l’enragé chancelier » (Bestoujev, selon l’expression de Frédéric II), s’arranger de façon à faire en sorte que « la haine en retombât sur M. de La Chétardie seul »… De son côté, le nouvel ambassadeur anglais Lord Tyrawley[1] pour qui « la partie était entre l’Angleterre et la France » cherchait à nuire au marquis de La Chétardie. Pour y parvenir, il s’était entendu avec les Bestoujev « pour creuser une mine » sous les pas du diplomate français et par ailleurs en se présentant à la Cour, il se piquait d’y éclipser son rival en faisant avec lui assaut de luxe, d’élégance et de galanterie.

          Trahi par ses amis, entouré de puissants ennemis, dédaigné par une souveraine qui pourtant avait souhaité son retour, le marquis de La Chétardie se sentait bien seul et très désappointé ne sachant plus que faire. Que ce soit à Moscou ou à Saint-Petersbourg, il n’arrivait pas à exécuter les ordres qu’on lui envoyait de Versailles avec insistance. Ne parvenant pas à joindre et à fixer l’impératrice ne fût-ce que pendant un quart d’heure, « c’est la pierre philosophale à trouver, évrivait-il, tant est grande sa dissipation, tant elle est effrayée de ce qui pourrait la conduire à la moindre conversation sérieuse ». Et de se plaindre que sa correspondance était ouverte et déchiffrée. Or  ces lettres de dépit, de découragement, de réflexions amères et de critiques acerbes sur la personnalité d’Elisabeth Petrovna, c’était cela la « mine » des Bestoujev, Tyrawley et consorts. Perlustrées, décryptées, transcrites, les lettres de La Chétardie étaient entièrement connues des Bestoujev qui en montraient le contenu à Elisabeth elle même !

          « On ne pouvait rien se promettre de la reconnaissance et de l’attention d’une princesse aussi dissipée… Sa vanité, sa légèreté, sa conduite déplorable, sa faiblesse et son étourderie ne laissaient de place à aucune négociation sérieuse ». Telles étaient les phrases que pouvait trouver Elisabeth en pâlissant de colère. En fait, le marquis ne l’intéressait plus. La Chétardie, c’était le passé et maintenant que son trône se trouvait affermi, elle ne voulait rien lui devoir. A un bal donné début juin 1744, après avoir dansé un menuet, Elisabeth avait traversé la salle d’un bout à l’autre pour rejoindre l’aimable et brillant représentant de l’Angleterre, Lord Tyrawly. Elle n’avait pas échangé deux mots avec lui que le marquis de La Chétardie se précipitait la bouche en cœur et l’air avantageux pour prendre part à l’entretien. Elisabeth partit alors comme une flèche pour aller se retirer dans ses appartements pour ne point reparaître. Le lendemain, elle se trouva par conséquent mieux disposée à écouter les insinuations d’Alexandre-Petrovitch Bestoujev contre le représentant français.

          Ayant donné carte blanche à son ministre, la souveraine partit à nouveau pour un pèlerinage à la Troïtsa emmenant Lestocq et tous les amis russes qui figuraient sur la liste des pensionnaires de La Chétardie ainsi que le grand-duc de Holstein et les deux princesses de Zerbst, mère et fille, dont les intrigues agaçaient l’impératrice. Il semble que le marquis ait été prévenu par les princesses de Zerbst du péril commun où ils se trouvaient. La Chétardie était alors à Moscou à la résidence de la légation française. Cinq jours s’étaient déjà passés sans incident depuis le départ d’Elisabeth Petrovna à la Troïtsa quand, dans la nuit du 17 juin entre cinq et six heures du matin, le marquis fut réveillé en sursaut et vit sa chambre entourée par une troupe de hauts fonctionnaires, d’officiers et de soldats. On lui lut le motif de son expulsion car, après avoir cru un moment qu’on allait l’arrêter, l’emprisonner et peut-être l’exécuter, il apprit qu’une mesure de clémence de la souveraine se bornait à le renvoyer en France dans les plus brefs délais. 

     Sur le chemin de la frontière, le malheureux marquis eut à connaître le sort des exilés. Accompagné d’une escorte de six grenadiers et d’un sous-lieutenant, il reçut l’ordre à Novgorod de rendre la tabatière où était le portrait de la tsarine ainsi que la croix de Saint-André. Ayant tenté de résister et même d’armer les seize Français de son escorte, il reçut l’ordre de Versailles de céder pour ne pas aggraver son cas. La disgrâce était totale. Allion reprit son poste  à Saint-Petersbourg et des lettres de Versailles à la tsarine blâmèrent la conduite de l’ex-ambassadeur. Maurice de Saxe, qui avait été l’hôte de La Chétardie à Moscou, se crut obligé d’écrire à Allion pour décliner toute responsabilité dans les griefs que le marquis laissait contre lui en Russie. « Je vous avouerai même, écrivait l’illustre guerrier dans une orthographe bien particulière, que jé tés embarrassés quelque fois de me trouver ches luy »… Pauvre La Chétardie ! Le monde entier semblait l’accabler ! Pour se disculper, en arrivant à Versailles, il chercha bien à compromettre son secrétaire Dupré qu’il fit emprisonner à la Bastille mais faute de preuves, hormis qu’il avait une mère kalmouke et qu’il était né en Russie, celui-ci fut relâché.

     En définitive, cette seconde ambassade en Russie portant sur les années 1743-1744, si ardemment attendue par le marquis de La Chétardie qui y avait placé tous ses espoirs, au-delà du fait qu’elle avait été un terrible échec, elle avait été l’exacte réplique de la précédente ambassade mais à l’inverse, à la façon d’un négatif en photographie.  « Femme varie. Bien fol qui s’y fie » avait dit un jour François Ier qui, bien que roi, avait connu quelque déconvenue sentimentale … La Chétardie aurait pu aussi appliquer cette maxime à Elisabeth Petrovna dans les domaines de la diplomatie et de la galanterie pour la circonstance réunies ! … 

[1]    James O’Hara (1682-1749), baron Tyrawley, officier irlandais et dilomate au service de la couronne d’Angleterre, successivement engagé dans la guerre de Succession d’Espagne, ambassadeur au Portugal puis à Saint-Petersbourg de novembre 1743 à février 1745, gouverneur ensuite de Gibraltar.

[1]    Le prince Antioch Kantemir (1708-1744), fils de Dimitri Kantemir, proche et conseiller de Pierre le Grand, ambassadeur russe à Londres et à Versailles, écrivain, eut pour amis Montesquieu et Voltaire.

Revenu en France, pour laisser le temps faire son œuvre d’oubli et s’éloigner des commérages de Versailles et de Paris où son aventure en Russie avait suscité de nombreux commentaires souvent peu bienveillants, le marquis de La Chétardie s’installa quelques mois en son château familial à Exideuil dans ses terres limousines.

C’est vraisemblablement à son époque de retour en Russie qu’il fit faire quelques travaux dans la vieille demeure ancestrale. Le salon en rotonde avec ses chapiteaux et ses arcades néo-classiques donnant côté jardin ne daterait-il pas de cette époque ? Par ailleurs la lecture des actes notariés nous conduit à penser que le marquis s’attacha aussi à ce moment-là à racheter des terres qui avaient appartenu à sa famille. Commencés en novembre 1744, des achats se poursuivirent jusqu’en 1747 se traduisant par l’acquisition des seigneuries de La Péruse, du Bureau et de La Mirande pour les réunir au domaine et château de La Chétardie. Les actes notariés ont été pour la plupart signés au château de l’Age, paroisse de Chirac où devait séjourner le marquis de La Chétardie. Cela tend à prouver que les cousins du marquis François Regnauld (dont la mère était une La Chétardie) et Eléonore de Ferrières, son épouse, avaient en charge des domaines, biens, maisons et château du marquis en Angoumois et Limousin, d’autant plus qu’il en était souvent absent.  Sur ces  mêmes actes, le notaire Delaprade a rappelé à chaque fois les titres et qualités du marquis de La Chétardie et notamment  celui d’ambassadeur en Russie … Est-ce à dire que le marquis y tenait beaucoup au point de le mentionner dans tous ses actes officiels ? Il est bien certain que dans les provinces d’Angoumois et du Limousin où l’on connaissait mal les péripéties des ambassades du marquis et ses démêlés avec les tsarines de Russie, c’était un titre impressionnant ! Il n’en était pas de même à Paris où l’on était mieux informé des échecs diplomatiques du marquis et où l’évocation de ce titre entraînait des sourires ironiques lourds de sous-entendus en 1744 et en 1745.

Pendant ses séjours en France quand il n’était pas dans ses terres du Limousin, le marquis de La Chétardie habitait en son hôtel particulier, rue des Tournelles, dans la paroisse Saint-Paul à Paris, à proximité de la place royale Louis XIII (devenue aujourd’hui place des Vosges) dans le quartier du Marais. Par conséquent, on peut conclure que malgré quelques revers de fortune et une certaine propension « à se ruiner en grand seigneur », aux dires de ses adversaires, le marquis de La Chétardie avait des revenus suffisants pour mener un train de vie assez brillant et tenir ainsi son rang au niveau de ses ambitions qui étaient, nous l’avons vu, grandes pour ne pas dire chimériques !

Alternant des missions militaires et des missions diplomatiques comme à ses débuts, Jacques-Joachim Trotti de La Chétardie fut successivement lieutenant-général à l’armée d’Italie en 1745 puis nommé ambassadeur à Turin en 1749 quand la guerre de Succession d’Autriche se fut achevée. Mais incorrigible, le marquis donna au ministère à Versailles de nouveaux motifs de repentir pour l’avoir repris dans le corps diplomatique … La Chétardie ayant été trop intimement lié avec la comtesse de Saint-Germain, la maîtresse du roi de Piémont-Sardaigne, ce dernier, fort mécontent du comportement du représentant français, demanda à la Cour de France de rappeler l’indélicat personnage qui était allé chasser sur ses terres … ce que Versailles s’empressa de faire pour morigéner ensuite l’étourdi ! La diplomatie décidément ne lui réussissant pas pour cause de galanterie, le marquis retourna à la vie militaire pour participer à la guerre de Sept Ans[1] où il obtint

le grade de maréchal des camps, l’équivalent de celui de général de brigade aujourd’hui.

Quelles furent alors ses réflexions lui qui avait tant cherché à allier la France à la Russie ? Avec le renversement des alliances suscité à Vienne par Choiseul[1] et Kaunitz, la France était devenue l’alliée de l’Autriche mais aussi de la Pologne, de la Saxe et de la Suède contre la Prusse et l’Angleterre coalisées. Frédéric II avait baissé le masque, prêt à tous les calculs, à toutes les compromissions pour justifier son appétit de conquête, sur la Silésie notamment. En Russie, Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine, si opposé à toute alliance de la Russie avec la France et la Suède, avait été destitué par Elisabeth Petrovna, lassée par les débauches et la corruption effrénée du chancelier et de son entourage. De fait, les événements avaient fini par donner raison aux intuitions de l’ancien diplomate français à Saint-Petersbourg. Mais c’était trop tard. Il ne pouvait plus en profiter ! Les circonstances ou  l’infortune en d’autres termes lui avaient été contraires.

De plus dans cette nouvelle guerre entre les puissances européennes alors qu’il eût aimé être engagé dans des batailles où il eût pu se distinguer et montrer sa bravoure, La Chétardie se morfondait dans la forteresse de Hanau près de Francfort dont il avait été nommé gouverneur.  C’est dans cette citadelle qu’il mourut le 1er janvier 1758. Voici ce qu’en a relaté la Gazette de France : « De Hanau, le 3 janvier 1758. Le marquis de La Chétardie, lieutenant-général et commandant du comté, est mort ici le 1er du mois. Hier son corps fut transporté à Gross-Auheim[2], territoire de l’Electorat de Mayence pour y être inhumé dans l’église catholique »[3].  Etrange destinée que celle du marquis de La Chétardie!Lui qui avait été l’auteur à l’âge de 16 ans d’une étude sur les fortifications, en commençant une carrière militaire bientôt interrompue par des missions diplomatiques, ce fut dans une citadelle suivant la tradition de son père, ancien gouverneur de forteresse, qu’il acheva sa vie.

Avec lui disparaissait la lignée des Trotti de La Chétardie puisqu’il mourut sans postérité malgré une vie fort galante ponctuée de nombreuses aventures sentimentales ! De toute la famille il a été celui qui a porté très haut et très loin, jusque dans la lointaine Moscovie, le renommée de cette maison noble d’Angoumois. Il sut aussi faire preuve d’une étonnante vitalité avec un certain sens du panache. Par bien des côtés, la vie aventureuse du marquis de La Chétardie, par son ascension et sa chute ensuite, se rapproche de celle du héros d’un roman de William Thackeray[4], « Mémoires de Barry Lindon » superbement mis en film en 1975 par Stanley Kubrick[5] et dont les épisodes se sont déroulés également en plein XVIIIe siècle.

Il reste aujourd’hui le beau château de La Chétardie dont l’évocation du seul nom devrait pouvoir maintenant susciter le rêve et l’imagination à partir de toute cette histoire que nous avons contribué à faire connaître.

[1]    Etienne-François de Choiseul-Beaupré (1719-1785), comte de Stainville puis duc de Choiseul-Beaupré (1758) et duc d’Amboise (1764), secrétaire d’Etat du roi Louis XV de 1758 à 1770.

[2]    Grossauheim est aujourd’hui un faubourg de la ville de Hanau en Allemagne.

[3]    L’historien Alfred Rambaud (1842-1905) dans son livre Histoire de la Russie depuis les origines jusqu’à l’année 1877, publié en 1878, situe plutôt la sépulture du marquis de La Chétardie à Dornstein près de Mayence ce qui est bien loin de Hanau …

[4]    William Thackeray (1811-1863) écrivain britannique auteur de romans à succès « Mémoires de Barry Lindon » en1843-1844, « Vanity Fair » (la foire aux vanités) en 1847-1848, entre autres ouvrages

[5]    Stanley Kubrick (1928-1999), réalisateur, photographe, scénariste et producteur nord-américain, auteurs de nombreux films à succès (Les sentiers de la gloire, Orange mécanique, etc.)

[1]    La guerre de Sept Ans (1756-1763)  suscitée du fait de la volonté de l’Autriche de vouloir reprendre la Silésie à la Prusse, a opposé d’une part la France alliée à l’Autriche, à la Pologne, à la Saxe et à la Suède contre la Grande-Bretagne alliée à la Prusse d’autre part. Elle s’est achevée par le traité de Paris en 1763 : si la Prusse a conservé la Silésie, la France a perdu le Québec et l’Inde au profit de la Grande-Bretagne.

Archives départementales de la Charente

 – Série 2E 17728 à 17733 (titres de propriétés, gestion des domaines)

– Série J (généalogie) 1544 et 1563

 Archives du Ministère des Affaires Etrangères

 – Fonds « Correspondance  politique » 

Séries Angleterre, Hollande, Prusse, Russie et Sardaigne

Volumes « Mémoires et documents », fonds divers 

– Russie (1 à 30) avec des extraits de dépêches de La Chétardie et les instructions qu’il a reçues de 1739 à 1743 pour ses séjours en Russie

– Sardaigne (16 à 19) pour l’ambassade de La Chétardie à Turin en 1749

 

Archives militaires de Vincennes Service historique de la Défense.

 Lieutenant réformé du Régiment du Roi 1721

Lieutenant 1726

Capitaine 9 février 1730

Colonel au régiment Tournaisis

Maréchal des camps

Lieutenant-général

 

A1 2712 Diplomatie 1733

A1 2768 f° 3

A1 2745 f° 7

A1 2747 Allemagne Pologne T4 1734 f° 251 et f° 271

A1 2800 Allemagne Pologne T1 1735 f° 38 et f° 131

A1 2801 Allemagne Pologne mai-juin 1735 f° 64

A1 2955 f° 87

A1 2960 Allemagne Décembre 1742 f° 110

A1 3006 Janvier 1743 Lettre 27

A1 3116 Italie Armée du Maréchal Maillebois mai-juin 1745

A1 3120 Italie 1745 lettres 91 et 92

A1 3175 f° 139

A1 3176

GRA1 2697

GRA1 3236 Italie mai 1647

GRA1 3237 lettres 66, 67 et 113

GRA1 3296 Italie novembre -décembre 1748 page 109

GRA1 3311 Administration militaire T4 1748

GRA1 3335 Administration militaire 1749 lettre 22

YB 119 f° 96 v° Capitaines d’infanterie 1730-1739  et f° 496 v°

YB 120 f° 367

 

Bibliographie                                                   

Etudes générales :

 BEHAR (P.) Du Ier au IVe Reich, permanence d’une nation, renaissance d’un Etat.

Editions Desjonquères. 1990. Cette étude, au-delà de celle de l’histoire des pays germaniques , traite des relations au XVIIIe siècle entre la France, la Prusse, l’Autriche et la Russie.

 

PLATONOV (S.F.) Histoire de la Russie des origines à nos jours. 1918 Editions Payot. 1929

 

RAMBAUD (A.) Histoire de la Russie. Depuis les origines jusqu’à l’année 1877.

Editions Hachette. 1878

 

RIASANOVSKY (N.V.) Histoire de la Russie. Des origines à 1984. Editions Robert Laffont.

Collection Bouquins.1987. Texte traduit de l’américain par André Berelowitch

 

Sur le règne d’Elisabeth Petrovna (1741-1762) :

 

LAPOUGE (G.) Les Folies Koenigsmark. Editions Albin Michel.1989

Prix Goncourt du récit historique

 

VANDAL (A.) Louis XV et Elisabeth de Russie. Editions Plon.1882

Etude sur les relations de la France et de la Russie au XVIIIe siècle. D’après les archives du Ministère des Affaires Etrangères

 

WALISZEWSKI (K.) La dernière des Romanov. Elisabeth Ière, impératrice de Russie (1741-1762) Editions Plon. 1902

 

Ouvrages anciens relatifs aux ambassades de Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie :

 

SAINT-SIMON (Louis de Rouvroy, duc de) Mémoires. Bibliothèque de La Pléiade. Editions d’Yves Coirault. Paris.1983 

 

VOLTAIRE (François-Marie Arouet, dit)  Correspondance. Bibliothèque de La Pléiade. Texte établi et annoté par Théodore Bestermann. Paris. 1975 

[1]    Compte tenu de la fonction de directeur de conscience de l’abbé de La Chétardie auprès de Mme de Maintenon, il est tentant de penser que les tapisseries qui ornent des devants d’autel et des chasubles, aujourd’hui dans la sacristie de l’église Saint-André d’Exideuil ont pu être réalisées et tissées par les demoiselles de Saint-Cyr que dirigeait Mme de Maintenon.

[2]    Il convient pourtant de rappeler qu’une courte étude de Victor Sénémaud Le marquis de La Chétardie, lieutenant-général des armées du roi, ambassadeur de France en Russie a été publiée pour la bibliographie militaire de l’Angoumois et de la Charente dans les Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente. 1862. p. 402-404 ainsi qu’une série d’articles intitulés La naissance de l’aventure diplomatique. Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie publiés par Henri Lacombe dans la revue « Le Cri charentais » les 18 octobre, 25 octobre et 1er novembre 1958.

[3]    L’écrivain et épistolier Jean-Louis Guez (1594-1654), seigneur de Balzac en Angoumois, a évoqué dans sa correspondance les excellents fromages qu’il recevait de sa cousine La Chétardie, née Charlotte de Nesmond à laquelle il était apparenté.

[4]    BAUDET (Jacques) Joachim de La Chétardie (1636-1714), curé de Saint-Sulpice. Bulletins et mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente. 1998. p. 22-59

[5]    Cette notion d’ « abbé commendataire » signifie que si théoriquement le titulaire est le chef de la communauté monastique de l’abbaye de Balerne, il n’y réside pas mais en perçoit les revenus. On parle alors d’ « abbaye en commende ». Des laïcs pouvaient même être « abbés commendataires »… par faveur royale. Cette pratique assez répandue a contribué au discrédit du monachisme aux XVIIe et XVIIIe siècles.

[6]    Archives départementales de la Charente. Généalogie des La Chétardie. J. 1563. Il est indiqué pour le chevalier de La Chétardie : « Joachim V, né en 1640, mort en 1705 » marié à « Marie Claire Colette de Montalet de Villebreuil sa femme en 1703 »

[7]    Friedrich-Wilhelm von Hohenzollern (14 août 1688 – 31 mai 1740) roi de Prusse de 1713 à 1740, sous le nom de Frédéric-Guillaume Ier, appelé « le roi sergent » à cause de sa passion pour son armée.

[8]    La ville de Novara a été cédée à la Sardaigne en 1736.

[9]    La ville de Tortona a été prise par l’armée du marquis de Maillebois en 1734

[10]    Auguste III, grand duc de Lituanie, Electeur de Saxe (17 octobre 1696-5 octobre 1763) roi de Pologne de 1733 à 1763

[11]    La guerre de Succession de Pologne (1733-1738) a opposé pour le trône de Pologne Auguste III de Saxe soutenu par l’Autriche et la Russie, d’une part, à Stanislas Leczinski, beau-père du roi Louis XV, d’autre part, soutenu par la France, l’Espagne, la Bavière et la Sardaigne.  Au traité de Vienne en 1738, Auguste III de Saxe fut reconnu roi de Pologne. En compensation, la France obtint les duchés de Lorraine et de Barr. Stanislas Leczinski fut alors nommé duc de Lorraine. Il était convenu qu’à sa mort la Lorraine deviendrait française ce qui fut fait en 1768

[12]    Friedrich von Hohenzollern  (1712-1786), fils de Frédéric-Guillaume Ier,  roi de Prusse de 1740 à 1786 sous le nom  de Frédéric II, dit aussi  « Frédéric le Grand »

[13]    Nicolas-Claude Thiériot (1697-1772) écrivain français, ami de Voltaire, correspondant littéraire du roi de Prusse.

[14]    René-Louis de Voyer de Paulmy d’Argenson (1694-1757) ami de Voltaire, membre avec lui du Club de l’Entresol, secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères de Louis XV de 1744 à 1747.

[15]    Louis-Guy-Henri, marquis de Valori (1692-1774), maréchal de camp puis lieutenant-général, ambassadeur du roi Mouis XV auprès du roi de Prusse. Frédéric II, d’abord très réservé à son sujet, a fini par l’apprécier. Grâce à sa diplomatie, Valori  a réussi à maintenir assez longtemps la Prusse en dehors des alliances contre la France.

[16]    Le cardinal André-Hercule de Fleury (1653-1743) a été le principal ministre du roi Louis XV de 1726 à 1743.

[17]    Jean-Jacques Amelot de Chailloux (1689-1749) a été secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères auprès du roi Louis XV de 1737 à 1744.

[18]    VANDAL (Albert ) Louis XV et Elisabeth de Russie. Etude sur les relations de la France et de la Russie au XVIIIe siècle d’après les archives du ministère des Affaires Etrangères. Editions Plon. Paris. 1882

[19]    Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) reine de Hongrie et impératrice du Saint Empire Romain Germanique de 1740 à 1780. Avec son mari François de Lorraine, devenu duc de Toscane et empereur sous le nom de François Ier, ils fondèrent ainsi la branche dynastique des Habsbourg-Lorraine.  Son fils aîné Joseph II lui succéda. Parmi ses filles, Marie-Antoinette (1755-1793) devint reine de France en 1774 et Marie-Caroline (1752-1814) fut reine de Naples.

[20]    Wenzel-Anton von Kaunitz (1711-1794)  chancelier impérial d’Autriche. Il signa en 1748 le traité d’Aix-la-Chapelle et conclut en 1756 le traité d’alliance entre la France et l’Autriche. Il exerça une grande influence sur l’impératrice Marie-Thérèse.

[21]    Heinrich (puis Andrei Ivanovitch) Ostermann (1686-1747), gouverneur de Pierre II, vice-chancelier de l’empire russe.

[22]    Burckhard Christoph von Münnich (1683-1767) maréchal de l’ armée russe qu’il réorganisa. Il conquit la Crimée.

[23]    Ernst-Johann von Biren (1724-1800) né à Kainzeen (Courlande), duc de Courlande, régent de Russie, ministre et favori de l’impératrice Anna Ivanovna, exilé en Sibérie en 1740, il fut rapelé par l’impératrice Elisabeth et remis en possession de son duché par Catherine II.

[24]    Le comte Ernst-Christoph von Manteuffel (1676-1749) fut un diplomate au service du roi de Prusse puis de l’empereur d’Autriche en même temps qu’un écrivain,  un mécène et un protecteur du philosophe Christian  Wolff.

[25]          Georges II, duc de Hanovre (1683-1760), roi de Grande-Bretagne et d’Irlande de 1727à 1760. C’est de cette famille allemande des Hanovre qu’est issue l’actuelle dynastie régnante au Royaume Uni de Grande-Bretagne des « Windsor », nom substitué à l’encombrant patronyme de « Hanovre » surtout en temps de guerre avec l’Allemagne en 1914 …

[26]    Jean-Armand de Lestocq (1692-1767) d’une famille française de Huguenots réfugiés dans le duché de Hanovre, exerça d’abord le métier de chirurgien avant de se lancer dans la fonction d’agent de renseignements avec un  goût prononcé pour l’intrigue. Il parlait couramment l’allemand et le français avec des rudiments de langue russe.  Déjà inquiété pour ses relations avec le marquis de La Chétardie quand il fut expulsé de Russie en 1744, suite à de nouvelles affaires, Lestocq fut arrêté en novembre-décembre 1748, soumis à la torture, privé de toutes ses charges et pensions et exilé à Ouglitch, au bord de la Volga, à 200 km au nord-est de Moscou (selon Soloniev Istoria Russii  t.XXII. p. 248 et suiv. Et d’après les papiers originaux dans les Archives Voronzof. t.III. p. 323 et suiv.

[27]    Ce régiment, l’un des plus prestigieux de la Garde impériale, fut créé par Pierre le Grand le 23 mai 1683 au village de Preobrajenskoïe (la Transfiguration en russe), à l’est de Moscou, d’où son nom. Ce régiment était exclusivement composé de jeunes nobles ou boyards.

[28]    Rheinhold-Gustav Löwenwolde (1693-1758) ministre des tasarines Anna Ivanovna et Anna Leopoldovna.

[29]    Mikhaïl Golowkine 1699-1754) Fils du comte Gavriil Golowkine, une des plus grosses fortunes de l’empire russe au XVIIIe siècle, propriétaire du beau palais de Ropcha, construit par Rastrelli, confisqué par Elisabeth Petrovna à la disgrâce de Mickaïl Goolowkine.

[30]    Axel von Mardefeld (1691-1748) diplomate prussien

[31]    Marquis Eugenio-Antonietto de Botta-Adorno (1688-1774) diplomate autrichien

[32]    La guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) a opposé pour le titre d’empereur du Saint Empire Romain Germanique d’une part l’Electeur Charles-Albert de Bavière soutenu par la France, l’Espagne, la Saxe et la Prusse et  d’autre part, Marie-Thérèse de Habsbourg appuyée par l’Angleterre, le Hanovre, la Hongrie, la Hollande et la Sardaigne. Marie-Thérèse obtint une paix séparée avec la Prusse en cédant la Silésie à Frédéric II. Cette guerre s’est terminée avec le traité d’Aix-la-Chapelle en 1748. La France n’ayant rien gagné dans cette affaire malgré la victoire de Fontnoy en 1745, on en retint l’expression « se battre pour le roi de Prusse » …

[33]    Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine (1693-1766) diplomate, ministre pendant le règne d’Anna Ivanovna, vice-chancelier  puis grand chancelier de 1744 à 1758 pendant le règne d’Elisabeth Petrovna. Il dirigea longtemps la politique extérieure russe. Il fut un adversaire résolu de Frédéric II pendant la guerre de Sept Ans. Accusé de trahison, il fut exilé. Catherine II  le rappela en 1762 et le réhabilita mais il ne joua plus aucun rôle politique.

[34]    La famille des princes de Conti est une branche cadette de la maison de Condé issue d’Armand, prince de Conti (1629-1666) frère du grand Condé. Louis-François de Conti (1717-1776) tenta de se faire élire roi de Pologne. C’est ce denier que le marquis de La Chétardie voulait faire épouser à Elisabeth.

[35]    La « verste » est une mesure intinéraire en Russie qui correspond à 1067 mètres, soit à peine plus d’un  kilomètre.

[36]    Mikhaïl ( 1688-1770) et Alexis-Petrovitch  (1693-1765) Bestoujev- Rioumine

[37]    Maurice de Saxe (1696-1750) fils adultérin de Marie-Aurore de Königsmark et Frédéric-Auguste Ier, Electeur de Saxe, maréchal général des camps et armées de Louis XV. Décédé au château de Chambord en 1750, il a été inhumé dans l’église protestante Saint-Thomas à Strasbourg.

[38]    Prince Boris-Alexandrovitch Kourakine (1697-1749) diplomate et homme d’Etat

[39]    La « Troïtsa » ou laure (monastère) de la Trinité-Saint-Serge de Zagorsk, bien abritée derrière de puissants remparts, s’appelait jusqu’en 1917 « Serguiev Possad » (bourg Saint-Serge). C’est une sorte de petite ville close avec ses sept églises, les tombeaux de saint Serge de Radonège et de Boris Godounov, deux collégiales, un séminaire, une académie ecclésiastique, un ancien hôpital, des musées d’icônes (d’Andrei Roublev notamment). Au total, un haut lieu de la spiritualité russe. Le nom de Zagorsk, celui d’un révolutionnaire bolchevique, a été délaissé aujourd’hui pour retrouver en 1991 l’ancienne appellation de « Serguiev Possad ».

[40]    Comme une lieue est d’environ 4 kilomètres, cela veut dire que nos pèlerins avaient parcouru une distance proche de 28 kilomètres.

[41]    Hippocrate (460-377 av. J.C.) célèbre médecin de l’Antiquité. Il a laissé plusieurs écrits et « le serment d’Hippocrate » est resté une référence encore aujourd’hui dans le monde médical.

[42]    Cythère, une île au nord de la Crète jadis consacrée à Aphrodite, déesse de l’amour, dans l’Antiquité. Cf. le célèbre tableau de Watteau : L’embarquement pour Cythère.

[43]    Le prince Antioch Kantemir (1708-1744), fils de Dimitri Kantemir, proche et conseiller de Pierre le Grand, ambassadeur russe à Londres et à Versailles, écrivain, eut pour amis Montesquieu et Voltaire.

[44]    James O’Hara (1682-1749), baron Tyrawley, officier irlandais et dilomate au service de la couronne d’Angleterre, successivement engagé dans la guerre de Succession d’Espagne, ambassadeur au Portugal puis à Saint-Petersbourg de novembre 1743 à février 1745, gouverneur ensuite de Gibraltar.

[45]          La guerre de Sept Ans (1756-1763)  suscitée du fait de la volonté de l’Autriche de vouloir reprendre la Silésie à la Prusse, a opposé d’une part la France alliée à l’Autriche, à la Pologne, à la Saxe et à la Suède contre la Grande-Bretagne alliée à la Prusse d’autre part. Elle s’est achevée par le traité de Paris en 1763 : si la Prusse a conservé la Silésie, la France a perdu le Québec et l’Inde au profit de la Grande-Bretagne.

[46]    Etienne-François de Choiseul-Beaupré (1719-1785), comte de Stainville puis duc de Choiseul-Beaupré (1758) et duc d’Amboise (1764), secrétaire d’Etat du roi Louis XV de 1758 à 1770.

[47]    Grossauheim est aujourd’hui un faubourg de la ville de Hanau en Allemagne.

[48]    L’historien Alfred Rambaud (1842-1905) dans son livre Histoire de la Russie depuis les origines jusqu’à l’année 1877, publié en 1878, situe plutôt la sépulture du marquis de La Chétardie à Dornstein près de Mayence ce qui est bien loin de Hanau …

[49]    William Thackeray (1811-1863) écrivain britannique auteur de romans à succès « Mémoires de Barry Lindon » en1843-1844, « Vanity Fair » (la foire aux vanités) en 1847-1848, entre autres ouvrages

[50]    Stanley Kubrick (1928-1999), réalisateur, photographe, scénariste et producteur nord-américain, auteurs de nombreux films à succès (Les sentiers de la gloire, Orange mécanique, etc.)

 

 

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