L’embellie du milieu du siècle est brève ; de 1851 à 1858, les plantations charentaises subissent leur première calamité viticole avec l’oïdium. La maladie se répand rapidement de Marennes vers l’intérieur des terres et s’attaque à toutes les autres cultures.

La plus forte densité de vigne en Cognaçais à l’épreuve de l’oïdium

Cette maladie d’origine nord-américaine atteint la région parisienne vers 1848, l’Hérault en 1850 et la Charente Inférieure en 1851. En trois ans, tout le vignoble de la façade atlantique à l’Angoumois est ravagé, les vignerons semblent impuissants à maîtriser le fléau. En 1854, la récolte de vin est divisée par quatre, les rendements tombent à 4 hl/ha à Baignes et à 9 hl à Segonzac. Avec 125 000 ha de vigne la Charente Inférieure totalise une récolte de 710 000 hl, le quart de la moyenne normale. Devant la faiblesse des stocks, les ventes d’eaux de vie sont divisées par deux et descendent à 75 000 hl. A l’apogée de la crise, leur prix monte à 400 F/hl et les vins à plus de 40 F. La situation s’améliore réellement à partir de 1858. La généralisation de l’usage du soufre et l’emploi du soufflet permettent de limiter les effets de la contagion.

De 1860 à 1880, le vignoble gagne plus de 50 000 ha et atteint 280 000 ha en incorporant le sud des Deux-Sèvres qui participe à l’expansion commerciale du cognac. Trois gros noyaux viticoles apparaissent, le premier vient de se renforcer entre Archiac et Matha, le canton de Segonzac recense plus de 9 000 ha de vigne mais doit faire face à la brutale ascension des plantations de celui de Cozes.  Ce dernier arrive déjà à 8 200 ha, tandis que les îles et l’arrière-pays de La Rochelle conservent des surfaces plus modestes en vigne. Dans les quatre cantons du Cognaçais, la densité est supérieure à 40 ha/km², la seule commune de Segonzac détient 2 100 ha de plantations, 60 ha/km².

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Durant un siècle, le domaine viticole charentais a gagné plus de 100 000 ha, les plantations ont encore progressé dans le triangle Niort-La Rochelle-Angoulême mais l’expansion est plus significative vers les pays situés au sud de la vallée de la Charente. Sept cantons de Charente Inférieure localisés en Haute Saintonge enregistrent une croissance supérieure à 5 000 ha. Le record est détenu par celui de Mirambeau qui progresse de 7 400 ha, les surfaces sont multipliées par 5,6. Dans le canton d’Archiac, le gain est de 6 000 ha. Les plantations doublent dans celui de Segonzac et la progression touche surtout les communes de l’est et du Sud-est, de Criteuil à Lignières. En Basse Saintonge, le gain est aussi élevé mais plus localisé, 7 200 ha pour Matha et 5 100 ha pour Aulnay. Dans le nord Charente, l’extension se limite à 6 000 ha pour Rouillac et seulement 3 000 ha pour Aigre trop éloigné de l’axe navigable.

Les étendues en vigne par canton dans les charentes en 1872

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Un tel déplacement des surfaces plantées vers l’estuaire permet de nous interroger sur l’opportunité de cette extension locale. Les maisons de négoce du Cognaçais ne cessent d’y prospecter et Hennessy ouvre même une distillerie à Mortagne-sur-Gironde en coopération avec des négociants bordelais pour exploiter les vins des terroirs crayeux. L’aménagement du port renforce les liaisons avec Bordeaux qui détient une meilleure fréquentation en navires de commerce.

La première conséquence de l’augmentation des surfaces plantées réside dans une forte progression de la production de vin. De 1860 à 1878, les récoltes s’élèvent de 6 millions à 9 millions d’hl. Les surfaces plantées s’accroissent de 23 % et les récoltes de 34 %. La vigne est mieux soignée et des terres fortes sont conquises, les rendements dépassent souvent 40 hl/ha. De 1861 à 1878, les récoltes franchissent six fois la barre des 10 millions d’hl. En 1875, les 14,124 millions d’hl représentent la récolte du siècle, le record ne reviendra que cent ans plus tard. Le vignoble charentais réalise le quart de la production nationale. En revanche, les volumes augmentent très irrégulièrement par l’ampleur des gelées de printemps, les années 1861 et 1873 correspondent à de petites productions de 2 millions d’hl. Lors des vendanges de 1867, la récolte est divisée par trois dans l’arrondissement d’Angoulême et se limite à 400 000 hl. Dans le Pays bas, les rendements atteignent 3 hl à Sigogne et Sainte-Sévère. La Champagne est un peu mieux servie, Verrières et Juillac-le-Coq sont à 6 hl/ha. La barrique de 225 litres est à 120 F à Saint-Jean-d’Angély en 1861. Le cours moyen des eaux de vie est en apparence plus stable.

 

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