LE COGNAC DE NOS JOURS

Un vignoble d’environ 73.000 ha avec 3.720 exploitants (bouilleurs de cru). 1.300 d’entre eux possèdent un alambic, et 300 font de la mise en bouteille. Il existe aussi 100 bouilleurs de profession qui distillent la production de ceux qui n’ont pas leur propre alambic.

Le négoce se compose pour l’essentiel de 4 grandes maisons, 3 françaises: Hennessy (Groupe LVMH,  de loin la première, majoritairement du VS, mais aussi le formidable « Paradis »), Rémy-Martin (concentré sur la Grande et la Petite champagne, dont l’admirable « Louis XIII ») et Martell ( Groupe Pernod Ricard, et son excellent « Cordon Bleu ») et enfin Courvoisier, aujourd’hui propriété du japonais Suntory. Ces 4 Sociétés commercialisent 85% de la production, dans une proportion assez stable même si d’une année sur l’autre le marché peut enregistrer des variations non négligeables.

Des maisons de négoce de plus petite taille et des vendeurs à la bouteille, qui proposent des cognacs anciens, artisanaux et très haut de gamme, complètent l’ensemble de la profession. Une diversité indispensable, à l’image du cognac. Cette profession apporte à notre balance commerciale un solde positif de 2,4 milliards d’euros. Le cognac est en effet exporté à 97% dans 160 pays. Tous les avis convergent : c’est un marché- et donc une production – qui pourrait se développer. Mais le cognac a été victime de sa haute réputation, sur le plan administratif et fiscal. Il est la poule dont il faut prélever au maximum les œufs d’or.

La fiscalité existante est très néfaste à l’économie du cognac, qui est si spéciale. Il ne faut jamais oublier que le cognac, au sortir de l’alambic doit encore vieillir 2ans et demi avant d’être commercialisable. Vieillir en fûts de chêne. C’est alors qu’il prend de la valeur, mais voit sa quantité diminuer par évaporation. Le stockage est donc le seul moyen de production du cognac. Or le stock est assimilé à un patrimoine foncier en matière de transmission, avec la fiscalité qui en découle.

De même, ni l’impôt sur les sociétés, ni l’IRPP ne sont adaptés à ce type très particulier de produit dont l’immobilisation est coûteuse en locaux et en fûts, ce dont il n’est pas tenu compte. Dès à présent, la fiscalité ampute l’exploitation de presque 40% de son revenu et de ce fait, l’exploitant comme l’ouvrier agricole disposent de moins de moyens qu’il y a 40 ans. Et le fisc envisage même de taxer l’évaporation, et de traiter les chais comme « des entrepôts commerciaux » d’où une fiscalité à la hausse, et même comme « des établissements dangereux » auxquels vont s’imposer des normes coûteuses. Encore un exemple qui montre l’importance de réformer une politique fiscale en folie.

Le droit du travail n’est pas non plus adapté aux professions concernées qui, devant l’instabilité de ce marché – récoltes aléatoires, retournements des marchés internationaux- ne veulent pas recourir à des CDI, trop risqués, et s’adressent à des entreprises de service qui font appel à de la main d’œuvre détachée.

L’Administration française alourdit encore, ici comme ailleurs, ses procédures. Des normes nouvelles apparaissent, sur la « culture durable », qui impliquent dossiers complexes à remplir et contrôles à subir. De même, l’Administration a substitué la notion de « bassin » à celle de « cru », sans expliquer les conséquences de ce changement, qui restent incertaines.

Enfin, l’Administration de l’Union européenne intervient dans deux domaines : les droits de plantation et l’attribution de l’appellation d’origine contrôlée  (AOC) et sa défense. La profession demande que l’AOC soit attribuée « au vignoble de Cognac » et non au « cognac », ce qui pourrait ouvrir la voie à un « cognac » californien. La profession, mal représentée et mal défendue à Bruxelles aux divers échelons de  l’Administration française, s’inquiète en outre d’une négociation secrète, menée par l’Union, qui devrait aboutir, dans le cadre du Traité transatlantique, à des conséquences encore ignorées, et donc peu rassurantes.

Dans ces conditions de relative précarité, les négociants sont sensibles à l’évolution du marché, et veulent davantage maîtriser le stockage et le vieillissement, tandis que les bouilleurs de cru tiennent particulièrement au stockage, car il constitue leur fonds de commerce, et garantit la solidité de leur exploitation. Chacun de ces problèmes doit être sérieusement envisagé en vue de dégager des solutions.

La Région aura donc à négocier avec l’Etat et l’Union européenne à cette fin.