Ces « Rencontres », dont on présente ici un Résumé, se sont déroulées au Château de Plassac le 21 et à l’Abbaye de Bassac le 22 Septembre. Elles ont réuni une quarantaine de membres et d’amis de la Confrérie. Il s’agissait d’invités aux 4 Conférences-débats du programme suivant :

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  • Le 21 SEPTEMBRE : Château de Plassac, (chez notre Confrère Audoin de Dampierre) :

  • 15H : Conférence de Henri Pigeat, ancien Président de l’Agence France-Presse et de l’Ecole de journalisme de Paris sur le thème : « La situation actuelle, en France, en Europe, et dans le monde, constitue-t-elle une rupture séculaire et une menace pour la Démocratie ? »

  • 18H : Conférence de J.Baudet et de F.Gaillard, nos excellents historiens, sur « Le Duc d’Epernon, propriétaire de Plassac au XVII ème siècle, le Serviteur de 3 Rois ».

  • Le 22 Septembre : Abbaye de Bassac (en Charente) :

  • 15H30 : « La Confrérie du Cognac et ses projets pour 2020 » par G.Montassier Président de la Confrérie.

  • 16H : « Le Brexit…et après ? » par Keith Richardson, Journaliste, ancien Rédacteur en Chef du Sunday Times pour les affaires industrielles, Correspondant à Bruxelles du Financial Times, ancien Secrétaire Général de la « European round table of industrialists ».

17H30 Concert Haendel dans l’Eglise de l’Abbaye par le Groupe international de Nouvelle Aquitaine « The furious arts », 4 musiciens et une mezzo-soprano, en partenariat avec « Au Gré des Arts » de Pranzac.

Le Concert a été suivi par environ 80 personnes.

La Confrérie dispose, d’autre part, d’un site Internet qu’elle développe régulièrement : www.laconfrerieducognac.org sur lequel seront publiés intégralement les textes de ces Conférences.

 

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Elle repose sur un double choix : celui des lieux, et celui des thèmes.

Le choix des lieux ? Il exprime notre volonté de faire découvrir et vivre notre Patrimoine et, plus largement, notre Culture régionale.

Le choix des thèmes ? Il s’inscrit dans notre devise, qui marque notre vocation : « Tradition et Modernité ».

Le cognac, que nous illustrons et défendons, est en effet le symbole de notre Tradition : il existe depuis plus de 300 ans. Mais il est aussi l’expression de notre Modernité : il est encore en expansion dans le monde actuel. Il est donc un exemple, pas si fréquent, de mondialisation réussie. Et nous considérons que cela trace notre stratégie : approfondir notre Histoire, pour savoir qui nous sommes, et préparer l’avenir de notre Région en nous ouvrant à l’Europe et au monde d’aujourd’hui. Ils sont à décrypter, tout comme notre passé, pour ne point vivre en aveugle dans notre monde. Et s’ils s’ouvrent à nous, ne nous fermons pas à eux.

Voilà pourquoi nous voulons réunir, sur notre histoire comme sur le monde actuel, des spécialistes avec lesquels nos membres, nos amis et nos soutiens puissent dialoguer. Mais comme nous sommes également partisans d’ouvrir par des moyens modernes la culture et l’information au plus grand nombre, et, un jour, à tous, quand ils auront un égal accès à internet, nous publions ces travaux dans leur intégralité sur notre site d’accès totalement gratuit. Ce qui nous permet déjà de toucher des milliers d’internautes (4.300 en juillet), moins d’un an après sa mise en route. La Confrérie est un petit groupe, actif et déterminé, ouvert envers tous sans exception.

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Voici les principaux apports de nos Conférences :

I.LE DUC D’EPERNON.

Cette Conférence de notre éminent historien J.Baudet, membre de l’Académie d’Angoumois, figure déjà sur notre Site (Chapitre « Notre Région »). Pourquoi le Duc d’Epernon, et l’importance que nous lui accordons ? Ce personnage illustre une période de notre Histoire où s’est produite une rupture double et fondamentale dont nous n’avons toujours pas épuisé les conséquences. Une rupture entre la Religion et la Science, et entre la Religion et la Politique. Cela nous a conduit à ces guerres de religion qui furent terribles, et à l’idée de deux mondes distincts : l’Autre monde et Ici-bas, qu’il faut maintenir désormais séparés. Voilà pourquoi nous commençons notre cycle historique par le Duc d’Epernon qui a vécu cette époque et en incarne les sombres péripéties. Un parfait révélateur.

C’était un simple cadet de Gascogne devenu Duc et détenteur d’un pouvoir quasi royal, implanté dans notre Région, comme Gouverneur d’Angoulême et propriétaire du Château de Plassac. Le château qui fut remplacé par l’actuel, construit au XVIII ème siècle. Plassac a donc abrité un personnage clé de notre histoire.

La recherche du pouvoir, sans limites fixées d’avance, fut la raison d’être de sa vie. Le pouvoir était alors celui d’un homme comme chef d’une « Maison », c’est-à-dire d’une famille aussi large que possible unie par la loyauté à son maître, qui se devait de la protéger et de l’enrichir. Par les moyens les plus divers, mais surtout la force et les armes, donc la guerre sous toutes ses formes. D’Epernon fut d’abord un homme de guerres, locales, religieuses, civiles, et internationales. Il fut catholique sans être dominé par ses convictions religieuses, monarchiste convaincu, sous condition de voir ses services très généreusement récompensés, sans autre programme politique national. L’opportunisme érigé en dogme. Mais un courage à toute épreuve, l’horreur de la lâcheté et de la trahison. Toujours prêt à l’affrontement, y compris physique, même avec l’archevêque de Bordeaux ! Avec lui, l’avenir se profile, celui des 2 siècles à venir, avec la Fronde et la Révolution, qui, après les guerres de religion, ont constitué les étapes majeures dans l’évolution de notre Société.

« Les britanniques vont sortir de l’Union européenne. Quand ? On ne sait pas. Mais ils veulent sortir…Et selon toute probabilité, ils vont sortir. Je vous prie, je vous implore, au nom sacré de la France, ne faites jamais une telle bêtise ! » Tel fut l’émouvant message de Keith Richardson.

Il le justifia en montrant que les aspects positifs de l’UE l’emportent sur les négatifs, à la fois sur le plan interne à l’Europe, et sur le plan externe de ses relations avec le reste du monde.

INDISPENSABLE UNION EUROPEENNE

L’Union européenne a mis un terme aux guerres européennes qui n’ont cessé d’accroître leurs ravages au cours des siècles jusqu’à la dernière, celle de 1939-1945, qui a laissé l’Europe en ruines. L’Union européenne a choisi, au lieu de la guerre, la coopération et le compromis. Et sur le plan externe, en unissant des Etats tous désormais trop faibles pour se défendre dans un monde compliqué et dangereux, l’Union nous permet de protéger nos intérêts. Isolés, nous sommes impuissants : le temps est révolu où les peuples européens dominaient le monde.

L’Union a certes aussi ses propres faiblesses, qu’elle corrige trop lentement. Mais cela ne vaut-il pas mieux que la guerre ?

POURQUOI LE CHOIX DU BREXIT ?

Le choix est donc fait de sortir. Les raisons ? Nostalgie de l’Empire et de la gloire historique, peu de sympathie envers les voisins, refus des compromis nécessaires. Mais il faudra payer le prix. Et en dehors de quelques aspects connus, car faciles à prévoir – contrôles multiples et renforcés, frais accrus, ressources en baisse, isolement en Europe- il reste beaucoup d’inconnus. Sauf sur un point capital : la Grande Bretagne va se rapprocher des Etats-Unis, qui la poussent à quitter l’Union. Elle en a la volonté, et c’est le ressort secret de son choix.

K.Richardson le juge très dangereux : en Europe, on négocie sur un pied d’égalité. Avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne se retrouvera dans une situation de protectorat. « Le Royaume- Uni deviendra une sorte de colonie ou de satellite américain. Finis les rêves d’Empire, de gloire et d’indépendance ! C’est ça le Brexit. » Déjà, les américains sont à Londres pour amener les anglais à s’aligner sur leur politique étrangère, envers l’Iran et la Chine- et l’Europe. Ainsi que sur leur politique agricole.

« Si les européens veulent garder leur patrimoine, leur commerce et leur qualité de vie, le seul moyen consiste à travailler ensemble ». Tel est le message final qui renouvelle et renforce l’avertissement initial.

Un éclairage précieux, servi par une compétence indiscutable due à une longue pratique des Institutions européennes, et un message très fort, à méditer : telle fut la contribution de notre invité britannique.

Notre monde vit depuis le XVII ème siècle placé sous le signe de l’évolution scientifique et de la Révolution technologique avec pour principal caractère l’accélération. A notre époque, c’est la Révolution numérique qui domine, et elle se caractérise par des changements fondamentaux à la fois sur le plan économique, démocratique et culturel. Voilà ce que nous a parfaitement démontré Henri Pigeat.

  1. Sur le plan économique, la monnaie a changé de nature. Dans l’économie d’aujourd’hui, elle n’est plus le régulateur. L’inflation, par exemple, a disparu.

  2. La Démocratie ne fonctionne plus, du fait de cinq phénomènes nouveaux :

  • L’espace public a remplacé l’opinion publique. Mais l’espace public, c’est le règne de l’information sans contrôle ni responsable, pauvre et non fiable en raison de la surabondance des messages. C’est l’inverse de l’information diffusée par la presse et la Télévision de naguère. Cette confusion, cela donne le Brexit, une confusion dans laquelle les anglais se perdent égarés par les fake news.

  • Le droit d’information s’est inversé. Il ne va plus du haut vers le bas, d’une source informée vers le demandeur d’information, mais l’inverse. Le droit d’expression l’emporte aujourd’hui sur le droit à l’information. Pour les uns, c’est un progrès, c’est l’accès à la décision collective, et l’expression du peuple. Mais il n’y a pas de décision collective : elle est toujours le fait d’un groupe restreint et de l’homme qui l’incarne. Et le peuple, en l’occurrence, c’est quoi ?

  • L’équilibre nécessaire entre la raison et l’émotion est rompu au profit de l’émotion.

  • Le contrôle social et politique s’amplifie sur la personne et le citoyen. Nous sommes de plus en plus espionnés à notre insu.

  • Le numérique avec Facebook et Twitter ne transmet que de très brefs messages, donc très simplifiés. Un autre désastre pour la Raison.

3. La société est déstabilisée. Jusqu’ici, depuis le XVII ème siècle, la technologie évoluait lentement. Le mouvement s’est accéléré. Internet n’existe que depuis 1985-1990 et ses capacités désormais doublent tous les 12 mois. Le Temps n’est plus le même et les capacités d’adaptation de la Raison et de la Société sont prises en défaut.

4. Démocratie, Société, Economie, information, modes de vie sont bouleversés.

Cela conduit à des réactions d’affolement, comme la mort de la planète sous le dérèglement climatique dans les 100 ans qui viennent, ce qui relève plus de l’astrologie et de l’exploration statistique que de la science.

Cela incite à la nostalgie, et au recyclage des vieilles idéologies, au détriment de l’innovation, plus nécessaire que jamais.

Et cela peut mener à l’anarchie, qui crée la jungle, laquelle conduit à la dictature : faillite totale de la Démocratie.

Cette analyse très précise a identifié la principale zone de risques pour l’avenir du monde : la technologie numérique, quand elle bouleverse toutes les formes d’information. Car l’information est devenue essentielle dans toutes les activités, politiques, économiques, sociales et internationales de notre époque.

Les projets de la Confrérie s’inscrivent, comme on l’a dit, dans notre devise « Tradition et Modernité ». Mais notre Tradition est ambigüe. Elle est autant d’ouverture que de fermeture. Dès la seconde moitié du XVIème siècle, nous sommes ouverts sur l’Atlantique, avec deux réussites remarquables, Bordeaux et Nantes, qui ont rayonné sur nos deux Provinces l’Aquitaine et la Bretagne, et une troisième réussite originale, l’aménagement de la Charente, qui a fait communiquer l’Océan avec l’arrière-pays.

Mais la prospérité que nous devons aux bienfaits de la nature et à notre activité ne nous a pas valu que du bonheur ; elle a excité l’exceptionnelle rapacité fiscale de l’Etat, et le partage de la prospérité entre paysans, bourgeois et la vieille noblesse batailleuse, a aussi créé émeutes et révoltes. Alors nous nous sommes fermés. Refermés sur nous-mêmes. .Regardez la maison charentaise traditionnelle : vaste, bien construite, des murs épais qui protègent de la chaleur en été et du froid en hiver, bien avant la loi Pope, belles cheminées, donc très agréable à vivre, mais entourée de hauts murs, avec un grand porche généralement fermé. D’où notre double projet de nature culturelle, qui associe l’enracinement en approfondissant notre histoire et en soutenant les initiatives de nos artistes- musiciens et autres-et l’ouverture sur l’Europe et le monde. Un enracinement sans fermeture.

Sur notre passé, le premier historien moderne, Etienne Pasquier (1529-1615), contemporain de Montaigne et du Duc D’Epernon(1554-1642), mais aussi de Descartes (1595-1650) a laissé un témoignage saisissant dans ses « Recherches sur la France », car il décrit déjà ce caractère prospère et ouvert, mais aussi très peu soucieux de sortir de son univers. Un monde clos. Ce qui montre que nos caractéristiques actuelles remontent loin. Voici ce qu’il dit de notre Région, traduit dans la langue d’aujourd’hui, en relatant un voyage :

« Je suis enfin arrivé à Cognac, qui me parut la Terre promise. Il ne faut plus célébrer notre Touraine comme le jardin de la France. Il n’est en rien comparable. Car si la Touraine est un jardin, ici c’est le Paradis terrestre. Je n’ai jamais vu pareille abondance de bons fruits, grosses pêches, muscats, pommes, poires, et melons, les plus sucrés que j’ai jamais goûtés. Et j’ajouterai safran et truffes. Avec cela, bonne chair, bon pain, bonne eau. Et, ce qui est aussi essentiel, de bons vins, blancs ou clairets, avec enfin de grosses carpes, des brochets et des truites en abondance. Et cette grande rivière qui traversait le Paradis terrestre, elle est devenue la Charente. Et nous avons dans ce Paradis ici une particularité qui n’existait pas dans l’autre : nous n’avons pas le fruit de la Science qui perdit Adam, et nous ignorons les drames de notre époque, qui ne font que nous affliger, sans pouvoir y remédier. Nous avons ici la tranquillité d’esprit au milieu de nos malheurs. On appelle ce pays la Champagne, et je crains de m’y trouver comme Hannibal dans les délices de Capoue. »

Etrange texte ! Prospérité et bonheur, mais isolement et fermeture, déjà. D’où l’importance de cultiver autant notre enracinement que notre ouverture par la culture, c’est-à-dire l’Histoire et les diverses branches de la philosophie, politique notamment, mais aussi la pratique des arts, en soutenant les manifestations présentant nos artistes régionaux, musiciens et autres, les jeunes en particulier. Cela nous parait d’autant plus important que la politique culturelle nationale a soudain disparu alors qu’elle est plus nécessaire que jamais. Certes, il faut sauver la planète, mais aussi éviter qu’elle soit peuplée de crétins.

En 2019, lors de ces Rencontres, nous avons ouvert un cycle qui représente l’une des activités majeures de la Confrérie. Elle tient en un mot : soyons lucides, on vit mal dans un monde qu’on ne comprend pas. Alors allons à la découverte par la culture, qui implique connaissance et création.

En 2020, ce projet se concrétisera par la poursuite de ce que nous avons inauguré en 2019 :

  1. Des Conférences sur l’Histoire de la Fronde et de la Révolution, pour situer ce qui relève des similitudes et des évolutions. Et progressivement, au cours des 5 prochaines années, nous explorerons notre histoire du XVII ème au XXème siècle.

  2. Des Conférences sur l’évolution des Etats Unis au cours des 30 dernières années, et la relation à venir des Etats Unis et de l’Europe.

  3. Un voyage à Bruxelles, enfin, à la fois comme capitale de la Belgique et de l’Union européenne. Recevoir ne suffit pas, il faut aussi sortir et visiter ce monde. Cela fait également partie d’un choix permanent de la Confrérie.

Enfin dans les 5 ans qui viennent, nous aurons aussi une recherche, que nous préparons, sur trois thèmes trop peu explorés malgré leur importance croissante : le rôle de l’argent dans notre monde et l’évolution de sa gestion, l’hydrogène comme source d’énergie, le dessalement de l’eau de mer pour remédier à la pénurie d’eau.

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Telles sont les réflexions, observations et décisions qui guideront notre action future, mais elle sera toujours susceptible d’évoluer pour tenir compte des événements, ainsi que des observations et critiques qui nous seront adressées.

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