(1554-1642) ``Auteur Jacques Baudet. Historien``

Jean-Louis de Nogaret de La Valette duc d'Epernon

Evoquer le souvenir du duc d’Epernon, c’est aussi retrouver un peu l’histoire d’Angoulême et de l’Angoumois aux XVIe et XVIIe siècles et en même temps l’histoire nationale tellement la destinée de ce cadet de Gascogne a été singulière pour avoir été projeté à la Cour auprès de trois rois qu’il a servis et dont il s’est servi …

Il a été certes le « mignon[1] » du roi Henri III mais aussi un soldat et un homme d’action. Au milieu des bouleversements politiques où il a vécu les guerres de religion, des révoltes, des trahisons, des complots, des massacres, des guet-apens et des intrigues de toute sorte, il a su malgré tout se tailler la part du lion.

Il a été le type même du grand favori au point d’être appelé le « demi-roi ». Bien évidemment, on ne s’élève pas aussi rapidement et si haut sans déclencher des haines durables et des jalousies. Par conséquent, on ne peut qu’être admiratif devant un tel homme qui a toujours su faire face à l’adversité. Pierre de Bourdeilles, seigneur de Brantôme (1540-1614), l’a admiré avec une crainte presque superstitieuse : « Veu les hasardz qu’ a connus M. d’Epernon, il y a plusieurs gens qui ont opinion qu’il soit fée ou qu’il ayt quelque démon ou esprit familier qui le guide car estant en France plus qu’homme qui fût jamais favori de roy, il a esté guetté, cavallé, vendu, attenté et conjuré en toutes façons et blessé et pourtant eschappé jusques ici… »

Peut-on rapprocher la vie du duc d’Epernon d’un « roman de cape et d’épée » ? « De cape et d’épée », sans aucun doute mais d’un « roman » certainement pas puisqu’il n’y a rien d’imaginaire. Il s’agit bien d’une histoire réelle basée sur des faits avérés et corroborés par des documents et des témoignages des contemporains ! Tant il est vrai que parfois la réalité peut dépasser la fiction. En tout cas une vie extraordinaire, bien remplie et longue de 88 années ce qui est exceptionnel pour l’époque.

 

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Jean-Louis de Nogaret de La Valette est né en 1554 au château de Caumont situé sur un éperon rocheux en surplomb de la Save, affluent de la Garonne, aujourd’hui dans la commune de Samantan dans le Gers. A l’âge de 13 ans, le jeune cadet de Gascogne est envoyé avec son frère pour faire des études au prestigieux collège de Navarre à Paris. Mais apprenant que le château de La Valette, une propriété familiale aux environs de Toulouse, avait été ruinée, suite aux incursions des protestants de Condé[2] et de Coligny[3], les deux jeunes gens, impatients d’en découdre, délaissent leurs études pour revenir combattre auprès de leur père. On est en 1570. Angoulême a eu un sort semblable en 1568 avec la destruction de la plupart des églises et des fondations religieuses par la soldatesque huguenote pour que les catholiques ne puissent pas se réinstaller.
En 1575, suite à la mort de son père, Jean-Louis de Nogaret de La Valette, âgé de 21 ans, se cherche un maître et croit l’avoir trouvé en la personne du jeune roi de Navarre, Henri d’Albret, duc de Bourbon (le futur Henri IV)[4],  sensiblement du même âge que lui, mais il préfère bientôt s’en éloigner tant celui-ci lui paraît trop compromis par son appartenance à la cause de la Réforme. Il convient de rappeler que les partisans de la Réforme ne représentent alors qu’un dixième de la population du royaume et que si une partie de la noblesse a rejoint les Huguenots c’est souvent plus par opportunité politique que par conviction religieuse notamment pour s’opposer à la montée de l’absolutisme royal. Ce sont là autant de considérations qui pouvaient être prises en compte par un jeune homme ambitieux cherchant à faire carrière. Dans cette période d’hésitations sur les engagements à prendre, le jeune homme a été remarqué pour sa bravoure par le duc d’Anjou, le futur roi Henri III, au siège de La Rochelle en 1573. C’est ainsi qu’il réussit à être attaché au service du roi et à faire partie d’une pléiade de jeunes hommes vivant auprès du roi dans une joyeuse intimité où se mêlent d’âpres ambitions. Il a donc fait partie de ce que l’on appelait alors les « mignons » du roi, formule ambiguë dont les opposants de l’époque au roi et à la Cour, plus particulièrement les protestants, ont su tirer parti pour s’en moquer.
Lors de la cérémonie de l’institution de l’ordre du Saint Esprit par le roi Henri III, le 31 décembre 1578, Jean-Louis de Nogaret de La Valette a été distingué. Les heureux élus de cette première promotion, au nombre de 36, attendent l’investiture dans l’église des Grands Augustins à Paris. 36 colliers avec les colombes d’argent, les manteaux de velours noir avec leurs chiffres et leurs flammes d’or brodés concernent 27 gentilhommes et 9 prélats. Le roi Henri III est entré dans l’église accompagné d’une suite nombreuse et surtout de quatre gentilhommes se tenant près de lui : François d’O[5], Anne de Joyeuse[6], François d’Espinay de Saint-Luc[7] et Jean-Louis de Nogaret de La Valette. Ces quatre jeunes gens portent exactement le même costume que le roi ce qui démontre bien que les quatre favoris sont déclarés.
Pour comprendre cette étonnante ascension sociale de ce jeune cadet de Gascogne, il faut se replacer dans la pensée du roi Henri III qui veut s’attacher des gens qui lui doivent tout et à qui il donne des charges et des places afin que celles-ci ne tombent pas entre les mains du clan des Guise dont il se méfie par-desus tout !
Peu à peu La Valette sait se faire apprécier soit au Conseil du Roi, soit dans des missions diplomatiques, soit dans les actions militaires. En 1580, le  roi Henri III le nomme colonel général de l’infanterie. Il a 26 ans ! Anne de Bartanay et d’Arques, fiancé Marguerite de Lorraine, la sœur de la reine, Louise de Lorraine-Vaudémont,  est promu de son côté au titre de duc de Joyeuse. Dans le même temps, François d’O et François d’Espinay de Saint-Luc ont été disgraciés : le premier pour avoir critiqué le luxe du mariage du nouveau duc de Joyeuse et le second pour avoir fait une mauvaise farce au roi qui l’a renvoyé dans sa province d’Aunis à la tête de la ville de Brouage.
En 1581, La Valette est fait à son tour duc et pair du royaume et il prend désormais le nom de duc d’Epernon. Le nouveau duc en profite pour tisser sa toile – on dirait aujourd’hui son réseau – en mariant ses sœurs et ses frères dans la haute noblesse. Très vite aussi le duc d’Epernon prend parti à la Cour contre le duc de Joyeuse et la Ligue ultra-catholique et l’Espagne pour rejoindre le camp du roi de Navarre, cousin du roi et prince du sang.
Après avoir reçu le gouvernement militaire de Metz, le duc d’Epernon reçoit la capitainerie du château de Loches en Touraine où il a fini sa vie. Mais il est aussi gouverneur de Boulogne et de Provence. Cela s’appelle du cumul mais cela ne choque personne à cette époque. En 1587, il épouse Marguerite de Foix-Candale (1567-1593)[8] qui est apparentée à la puissante famille des Montmorency et donc de haute noblesse. Elle a été orpheline dès son enfance et placée sous la tutelle de son oncle paternel, évêque d’Aire, homme de grande science et qui a veillé avec soin aux intérêts de sa nièce dont il a confié l’éducation au connétable de Montmorency, son oncle. Cet évêque d’Aire, François de Foix-Candale, a étét un humaniste, ami de Montaigne et qui a fréquenté la cour de Nérac. Il a fondé une chaire de géométrie au collège de Guyenne à Bordeaux. Sans être belle, Marguerite de Foix-Candale a un charme extrême qui aurait fait grande impression sur le duc d’Epernon. Peu de temps avant de choisir Marguerite, le duc d’Epernon, dit-on, aurait refusé  la fille du duc de Guise, Henri le Balafré, une fort belle demoiselle suivant les témoignages. Le roi Henri III aurait été étonné de ce refus. Peut-être le duc d’Epernon n’avait-il pas envie de rejoindre le clan des Guise et par conséquent la Ligue ultra-catholique …Tout cela pour dire que le duc d’Epernon, âgé de 33 ans, a pu être séduit par Marguerite, alors âgée de 20 ans, charmante, gracieuse, cultivée, vive et intelligente, et ce, en dehors de toute préoccupation de fortune. De cette union sont nés trois fils : Henri de Nogaret de La Valette (1591-1639) le fils aîné, Bernard de Nogaret de La Valette (1592-1661), plus tard deuxième duc d’Epernon, et Louis de Nogaret de La Valette d’Epernon (1593-1639), cardinal. De son mariage avec Marguerite, dernière descendante de cette famille de Foix-Candale, il a hérité du fief des Candale et du château de Cadillac qu’il fait transformer à partir de 1699. Leur premier fils, Henri, a donc porté selon l’usage le titre de duc de Candale. Marguerite de Foix-Candale est décédée en
1593 à Angoulême, à l’âge de 26 ans, après la naissance de leur troisième fils alors que le duc d’Epernon est en train de faire le siège d’Aix-en-Provence dont il est le gouverneur militaire mais où les Provençaux, excédés par ses agissements et ses exactions, ne veulent plus de lui. Il a fait construire un fort pour dominer la ville mais les Aixois envoient des boulets pour détruire ce fort. Un des boulets ayant atteint son objectif, le duc a été légèrement blessé. Une rumeur se répand pourtant jusqu’à Angoulême que le duc a été tué. La duchesse d’Epernon, déjà fragilisée après sa troisème grossesse et souffrante, reçoit cette information qui la désespère et contribue à l’affaiblir davantage au point d’entraîner sa mort huit jours aprés. Quant au duc d’Epernon, le roi l’ayant relevé de sa charge de gouverneur militaire de Provence, il est revenu à Angoulême pour assister aux obsèques de son épouse.
En 1588, il est donc duc et pair de France et colonel-général de l’infanterie française depuis 1580, amiral de France depuis 1587, pourvu des gouvernements militaires du Boulonnais et de Metz depuis 1583, de Provence depuis 1586, de Normandie, d’Angoumois, d’Aunis et de Saintonge depuis 1587 ce qui en fait le maître d’un cinquième du royaume et lui vaut en conséquence l’appellation de « demi roi » ! Mais dans le même temps, sa puissance et la faveur royale dont il profite lui aliènent la noblesse puis les parlements, la bourgeoisie parisienne et les « ligueurs » qui l’accusent de négocier avec les protestants au point d’exiger du roi Henri III la disgrâce de son favori.

 

 

 

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Aussi, devant ce tollé général, le duc d’Epernon sentant sutout l’inimitié du duc de Guise, chef de la Ligue catholique, a préféré venir se réfugier en juillet 1588 à Angoulême escorté de 300 gentilhommes. C’est qu’en effet peu après le départ d’Epernon de Paris, le duc de Guise, l’accusant de pactiser avec les protestants, obtient du roi Henri III qu’un ordre vienne interdire au fuyard d’entrer dans  Angoulême et soit envoyé au maire de la ville, François Normand de Puygrelier, et au capitaine du château Pierre Desbordes. Mais l’ordre arrive trois jours après l’entrée du duc d’Epernon à Angoulême … En conséquence, le maire consulte ses amis dont le baron d’Aubeterre, David Bouchard, et Méré, le porteur des ordres royaux, lesquels ordres exigent l’arrestation du duc d’Epernon mais sans préciser si c’est mort ou vif !
Le 10 août 1588 au matin, après des exercices avec ses soldats au bas de la ville, le duc invite le maire et ses proches à venir partager une collation chez lui au château. Pour ces derniers, il leur apparaît que c’est le moment d’agir. Le capitaine des gardes Pierre Desbordes est arrêté. Une quarantaine d’hommes cachent leurs armes sous leurs vêtements et entrent dans le château. La duchesse d’Epernon qui vient de sortir pour aller à la messe chez les Cordeliers est prise en otage. Un des officiers qui l’accompagnent est tué. Elle sait pourtant garder à la fois dignité et maîtrise de soi se refusant de céder à quoi que ce soit des émeutiers. Pendant ce temps, le duc d’Epernon est à sa toilette : il a beaucoup transpiré dans les exercices militaires avec ses hommes d’armes et il se rafraîchit avant de passer à table. Tout aussitôt, les assaillants pénètrent dans l’antichambre et tuent plusieurs serviteurs du duc qui ont tenté de s’opposer à cette violente intrusion. Mais dans l’échauffourée qui suit, le duc est parvenu à faire face en se barricadant après avoir mis le feu dans l’escalier. Au cours de cet assaut, le maire est mortellement blessé.
Le duc reçoit bientôt des secours de ses gentilhommes et avec eux réussit à repousser ses adversaires. D’autres assaillants sont arrivés avec le frère du maire mais le duc d’Epernon parvient à tuer ce dernier ce qui fait deux morts dans la même journée chez les Normand de Puygrelier ! Isolé, menacé, barricadé, le duc se retrouve sans nourriture et sans munitions obligé, pendant une trentaine d’heures, de soutenir un siège tandis que son épouse est retenue prisonnière par les insurgés.  Et pourtant la menace que font peser d’une part les troupes royales appelées en renfort de Saintes et d’autre part la présence des soldats cantonnés dans les faubourgs d’Angoulême et envoyés par Henri de Navarre pour essayer de gagner le duc d’Epernon à sa cause, amènent les bourgeois d’Angoulême à réfléchir et par conséquent à relâcher la pression sur le duc, gouverneur militaire de l’Angoumois.
En fait le duc d’Epernon joue un jeu très serré et pour le moins ambigu entre les deux partis qui divisent  alors le royaume de France. L’assassinat du duc Henri de Guise le 23 décembre 1588 à Blois lui permet de rester fidèle aux catholiques en même temps qu’il s’efforce de réconcilier le roi de Navarre et le roi Henri III sur le dos de la Ligue ultra-catholique ! La mort du roi Henri III le 2 août 1589 met fin à cette tentative mais permet aussi à l’énergique et impitoyable duc d’Epernon de régler ses comptes avec les ligueurs d’Angoumois : il s’empare du château de Villebois et fait exécuter plusieurs de ses ennemis comme David Bouchard, seigneur d’Aubeterre. Un peu plus tard, le duc d’Epernon réussit à acquérir la seigneurie de Villebois pour un fief bientôt transformé en duché-pairie qu’il cède à son fils né La Valette d’où le nom désormais de la localité : Villebois-Lavalette. Le château est resté dans la famille d’Epernon jusqu’en 1660 pour devenir ensuite la propriété du duc et de la duchesse de Navailles[9].
Jusqu’en 1622, le fier et impérieux gouverneur militaire d’Angoumois, d’Aunis et de Saintonge, reste le maître incontesté de la cité fortifiée d’Angoulême et de la contrée allant jusqu’à résilier l’élection d’un maire pour lequel il n’avait pas été consulté, imposant son candidat, Guillaume Guez, de sa maison et père de l’écrivain et épistolier Jean-Louis Guez de Balzac dont le duc a été le parrain de baptême. Il veille aussi à assurer sa sécurité en faisant renforcer les remparts de la ville et édifier tout autour du château (site actuel de l’hôtel de ville d’Angoulême) une enceinte dont une partie subsiste aujourd’hui sous la forme d’une muraille derrière la résidence Marengo ainsi que d’une échauguette en surplomb de la rue de Bélat face au temple protestant.
Bien que souvent retiré à Angoulême, le duc d’Epernon est resté actif et il a repris du service auprès du roi Henri IV. Le 14 mai 1610, il est dans le carrosse du roi Henri IV quand ce dernier a été assassiné à Paris par un Angoumoisin, âgé de 33 ans, François Ravaillac. Etrange coïncidence et étonnante proximité entre le gouverneur militaire de l’Angoumois et l’assassin du roi venu d’Angoulême ! Mais le duc d’Epernon sur qui plane bien des doutes sur une éventuelle complicité du duc, lui qui est de toutes les intrigues, n’a pas été inquiété. Et son nom n’ est jamais apparu dans les rapports de l’enquête de justice qui a suivi. De plus, il se trouve que les archives du procès ont opportunément brûlé avec une partie du palais de justice de Paris. En tout cas, cet assassinat du roi Henri IV rejoint les intérêts du duc d’Epernon qui soutient la régente Marie de Médicis favorable à un rapprochement avec les Habsbourg catholiques contrairement au roi Henri IV qui s’apprêtait à partir en guerre contre eux pour aider des princes protestants opposés à l’empereur  du Saint Empire Romain Germanique.
En 1618, le jeune roi Louis XIII exile à Metz le trop ambitieux, vibrionnant et encombrant duc d’Epernon. Mais en 1619, venant de Metz, celui-ci organise l’évasion et la fuite de la reine-mère Marie de Médicis que son fils avait relégué au château de Blois pour la ramener à Angoulême le 3 mars 1619. D’abord logée au château dans les appartements du gouverneur militaire, Marie de Médicis s’est installée ensuite chez Guillaume Guez de Balzac, secrétaire du duc, à l’emplacement  de l’actuel hôtel Mercure près des halles. Au Louvre, le roi et ses ministres sont perplexes sur la conduite à tenir. C’est qu’il s’agit d’isoler la reine-mère de son intrigant protecteur. Le roi a envoyé des troupes pour essayer d’intimider le duc d’Epernon sous le commandement de Schomberg en Limousin et de Mayenne en Angoumois à Châteauneuf. Armand du Plessis, le futur cardinal de Richelieu[10], rappelé d’Avignon, en terre pontificale où il s’était réfugié, suite à sa disgrâce liée à celle de la reine-mère dont il a été le conseiller spirituel, se distingue dans la réconciliation entre la mère et le fils …
Le 12 mai 1619, un accord est conclu : c’est ce qui a été appelé « la petite paix d’Angoulême » entre Marie de Médicis et Louis XIII. Du coup, le duc d’Epernon sait profiter de la faveur royale pour recevoir une somme de 50 000 écus ! Louis XIII autorise la Cour à venir saluer à Angoulême la reine-mère. Le gouverneur militaire d’Angoulême, le duc d’Epernon, sait recevoir avec faste et élégance tous ces hôtes issus bien souvent de la haute noblesse et pendant plusieurs semaines, sous le yeux ébahis des Angoumoisins, se succèdent des bals, des fêtes et des chasses au cerf.
En 1622, le duc d’Epernon reçoit le titre de gouverneur militaire de la Guyenne. Il lui faut donc quitter Angoulême pour aller s’installer à Bordeaux. La cité d’Angoulême ne verrait donc plus ce Gascon qui l’a gouvernée pendant 34 ans soit un tiers de siècle pour en partir riche, puissant et redouté contrairement à ses débuts où il avait été menacé de tout perdre.

Devenu gouverneur militaire de Guyenne, pour affirmer son autorité et montrer sa puissance, il aime à se retirer dans le superbe et imposant château de Cadillac, un fief  relevant des Foix-Candale. Le roi Henri IV avait pensé pouvoir éloigner l’intrigant Epernon en l’obligeant à faire édifier une grande demeure loin de Paris. Du coup le duc d’Epernon a mis une grande partie de sa fortune pour la construction du beau château de Cadillac qui surplombe opportunément une ancienne bastide fortifiée. C’est que le duc, comme à Angoulême, sait qu’il doit se protéger par des remparts, des tours et des garnisons. Il organise des réceptions brillantes à Cadillac. Mais cette gloire est bientôt contestée par l’arrivée en 1628 à l’archevêché de Bordeaux de Monseigneur Henri d’Escoubleau de Sourdis, ancien évêque de Maillezais en Poitou mais aussi  en même temps gouverneur des forts de l’île d’Oléron et de l’île de Ré contre les Anglais : un ecclésiastique et un homme de guerre à la fois, jeune, âgé de 30 ans, dynamique, issu de vieille et de haute noblesse, et qui entend  bien ne pas s’en laisser compter par le vieux gouverneur d’Epernon …
Henri d’Escoubleau de Sourdis est apprécié du cardinal de Richelieu qui s’est vite rendu compte que cette main de prélat est « aussi habile à manier une épée qu’à donner des bénédictions »[11]… au point de lui confier des commandements militaires. Face au jeune prélat à la tournure élégante et au visage agréable, le duc d’Epernon est un vieillard âgé de 79 ans. Louis XIII et Richelieu ne l’aiment pas mais, envers et contre tous, le duc d’Epernon conserve quand même une autorité, une hauteur, un ascendant que le roi et ses ministres n’arrivent pas à entamer. Son caractère intraitable et la force de sa personnalité ont tenu tête jusqu’alors à toutes les attaques[12].
Tel est l’homme avec qui l’archevêque de Bordeaux a été obligé d’entrer en relation pour remplir ses missions militaires et navales notamment pour le siège de La Rochelle. D’emblée les relations entre les deux hommes ont pris un ton aigre. C’est que le duc d’Epernon prend vite ombrage que quelque chose soit décidé dans son gouvernement militaire par  une autre autorité que la sienne.
D’incident en incident, par exemple celui de l’ouverture d’une porte dans le rempart pour faciliter l’accès de l’archevêque de sa résidence à sa cathédrale mais cela sans l’autorisation du gouverneur, on en vient vite aux querelles. Un autre différend éclate suite à une interdiction par le duc d’Epernon au personnel de l’archevêché pour s’approvisionner en poisson un vendredi sous le prétexte que ce marché aux poissons relève d’un fief du duc. Le duc d’Epernon, soucieux de ses prérogatives, énervé, en vient à faire arrêter des proches de l’archevêque. Du coup, exaspéré, Henri d’Escoubleau de Sourdis profère l’excommunication pour des soldats et des officiers de la garde du duc le 1er novembre 1633. Pour repousser cette mesure exceptionnelle, le duc d’Epernon, pensant isoler l’archevêque et rendre inopérante l’excommunication, décide de réunir en son hôtel de Puypaulin tout le clergé de la ville. L’archevêque apprenant cela, interdit au clergé de se rendre chez le gouverneur militaire. Le 10 novembre 1633 le ton a donc monté et la tension aussi. La guerre est déclarée entre les deux hommes. On en est pas loin d’ en venir aux mains !
L’archevêque se fâche quand des soldats empêchent le clergé d’accéder à sa résidence et qu’il a appris que le supérieur des Jésuites de Bordeaux et un autre prêtre avaient été malmenés par les hommes du duc d’Epernon. Il décide donc de partir en procession solennelle en sortant de la cathédrale, lui-même en grande tenue de cérémonie, accompagné de l’évêque d’Agen et de nombreux prêtres, pour se rendre chez les Jésuites à travers les rues de la ville. Ce que voyant, le duc d’Epernon espère alors intercepter l’archevêque à son retour à l’archevêché.
Sur la place bordant la primatiale Saint-André, le duc d’Epernon, à pied, parmi ses hommes d’armes, reçoit Henri Escoubleau de Sourdis en le menaçant de sa canne noire à pommeau d’argent. Dans sa colère, il en vient même à tutoyer le prélat et réussit avec sa canne à faire tomber le chapeau et la calotte de l’archevêque en lui disant : «  Tu ne me salues pas ? » « Vous êtes excommunié !» rétorque l’archevêque et il ajoute : « Frappe tyran ! » ce que ne manque pas de faire le vieux gouverneur en lui donnant des estocades tout en se gardant bien de le bastonner bien qu’il en ait très envie… Stupéfaite, interloquée et amusée à la fois, devant un tel spectacle, la foule s’est rassemblée et assiste à cette dispute publique inattendue entre les deux principales autorités de la ville : Monsieur le duc d’Epernon, gouverneur de Guyenne, colonel général de l’Infanterie française et Monseigneur Henri d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux et primat d’Aquitaine en train de se colleter  dans la rue. Un spectacle incroyable ! Mais le duc d’Epernon préfère s’en tenir là et bientôt un carrosse le ramène à sa résidence. De son côté, l’archevêque, toujours courroucé,  est entré dans sa cathédrale pour prier avec le clergé et la foule qui l’ont suivi…
Bien évidemment, cette affaire a été vite connue au Louvre et en particulier par le jeune roi Louis XIII et son principal ministre Armand du Plessis, cardinal de Richelieu. Ce dernier, méfiant envers la toute puissance du duc d’Epernon, y voit enfin une occasion de l’humilier et de rabattre ainsi sa superbe. Il en profite aussi pour lui demander de céder sa charge de gouverneur militaire de la ville de Metz à son fils car il le soupçonne de complot à la frontière du royaume avec des princes du Saint Empire Romain Germanique. Il faut de plus que le duc d’Epernon sollicite le pardon de l’archevêque car il est inconvenant voire répréhensible de molester un ecclésiastique d’autant plus qu’il s’agit d’une haute autorité ! Le roi et la Cour ont donc pris le parti de l’archevêque. C’est l’occasion enfin trouvée de s’en prendre à l’orgueil et à la puissance du duc d’Epernon qui se trouve maintenant bien seul dans l’adversité.
Après divers pourparlers, il a consenti à demander pardon n’ayant pas le choix. La cérémonie de la réconciliation a lieu à Coutras après diverses tractations. Mais contrairement à ce qui avait été convenu sur un pied d’égalité, Henri d’Escoubleau de Sourdis a fait placer un trône  au-dessus de trois marches au bas desquelles sur un coussin, à genoux, le duc doit demander pardon. Cet étrange cérémonial a lieu le 26 septembre 1634. De plus, l’archevêque a inclus dans son discours des phrases qui n’avaient pas été prévues où il fustige la violence et l’arrogance de son adversaire ce qui n’est pas charitable de la part d’un ecclésiastique mais qui peut se comprendre de la part d’un aristocrate. Heureusement, le duc d’Epernon, qui n’entend rien au latin, ne comprend pas tout, même s’il devine, peu ou prou, çà et là, que les paroles proférées sont pénibles à son endroit ! La réconciliation a donc eu lieu après des embrassades et même des visites réciproques ! Il n’empêche. L’orgueil et le prestige du duc d’Epernon ont été atteints. Il en tombe malade et se retire en son château de Cadillac.
Mais les malheurs du duc ne s’arrêtent pas là. En 1638, son fils Bernard de La Valette, sous les ordres de Condé et appelé à collaborer au siège de Fontarabie dans les Pyrénées contre les Espagnols avec Henri Escoubleau de Sourdis qui commande  la flotte, est accusé de n’avoir pas porté secours à Condé qui a été battu. Il aggrave son cas en se réfugiant en Angleterre. D’où un procès par contumace du fils du duc d’Epernon et par conséquent de la Maison d’Epernon ! A l’évidence, on a fait porter la responsabilité de la défaite à un subalterne pour ne pas porter atteinte à la dignité d’un prince du sang !
Suite à cela, le duc d’Epernon est invité par le cardinal de Richelieu à quitter son château de Cadillac pour se retirer d’abord en son château de Plassac[13] en Saintonge  puis à la forteresse de Loches, en promontoire sur la rive gauche de l’Indre. Le cardinal est enfin parvenu à réduire voire à anihiler la puissance du vieux duc d’Epernon, maintenant âgé de 88 ans ce qui peut paraître à l’ époque pour un record de longévité, mais aux forces physiques bien diminuées. Il meurt le 13 janvier 1642, la même année que son principal adversaire, le cardinal de Richelieu !
Après que son corps ait été ramené à Cadillac par un imposant cortège funèbre, ses obsèques ont été célébrées en l’église Saint-Blaise le 10 mars 1642. Son cercueil a été placé auprès de son épouse Marguerite de Foix-Candale dans la crypte de chapelle funéraire qu’il avait fait édifier en 1622, attenant à l’église paroissiale et dont les mausolées sont semblables à ceux des princes et des rois à Saint-Denis !
A Angoulême, une colonne de marbre noir dite « colonne d’Epernon » subsiste dans un square près de la cathédrale : c’est tout ce qui reste  d’une ancienne chapelle voulue par le duc d’Epernon en l’honneur de son épouse morte en 1593 à Angoulême à l’âge de 26 ans. Une délibération du chapitre des chanoines de la cathédrale d’Angoulême datée du 4 avril 1622 concéda au duc d’Epernon  « pour y faire transporter le cœur de son épouse défunte », Marguerite de Foix-Candale. Une chapelle de la Trinité, petit édifice  de la Renaissance, fondée en 1543, ouvrait à main gauche en entrant dans la cathédrale : le duc avait fait remplacer ce modeste édifice par une nouvelle chapelle à deux travées de voûtes d’ogives qui avançait d’une toise  dans la nef par une clôture faite de trois arcs, l’un brisé à l’ouest et les deux autres en plein cintre. A l’intérieur des arcs, on voyait « des colonnes droites et tortes, bronzées et marbrées, ordre de Corinthe, chargées d’une corniche du même ordre ». Les   autres murailles et les voûtes étaient peintes de larmes noires et blanches avec des trophées funéraires, les armes d’Epernon et de Foix et le chiffre de la duchesse répété plusieurs fois. Dans une frise étaient représentées les vertus cardinales. Tout ceci, aux colonnes torses près, rappelait par sa somptuosité et son étonnante polychromie la clôture de la propre chapelle funéraire du duc encore existante près de l’église paroissiale de Cadillac. Une colonne corinthienne de marbre noir sur un piédestal de marbres polychromes et protégée par une grille de fer forgé s’élevait au centre de la chapelle avec aussi les lettres entrelacées, M pour Marguerite et V pour La Valette, une couronne ducale, des palmes et des lauriers.  Seul vestige de la chapelle disparue, elle se  dresse aujourd’hui discrètement dans un petit square au nord de la cathédrale. Elle est due à Jehan Pageot, l’un des artisans travaillant pour le duc et elle supportait une urne d’argent sculptée de têtes d’angelots et contenant le cœur de la duchesse. Le tableau d’autel richement encadré était dû à un peintre de la seconde école de Fontainebleau, Barthélémy Prieur, et portait les figures de saint Louis, saint Jean l’évangéliste, sainte Marguerite foulant aux pieds un dragon, dominé par une figure de la Trinité en gloire au milieu des anges, le tout signé de l’an 1624. Un saint Pierre et un saint Paul peints à l’encaustique complétaient l’ornementation. Le parement d’autel et la chasuble étaient de velours noir avec des broderies d’or, d’argent et de soie comme il apparaît sur un inventaire de 1663. Tout ce décor, à l’exception de la colonne privée de son socle et de son urne, fut détruit férocement par la Révolution. La chapelle dont l’entrée avait encore grande allure sur une aquarelle de Hatton datant de la première moitié du XIXe siècle n’a pas survécu à l’implacable restauration de Paul Abadie fils au nom de l’unité de style alors en vogue à cette époque. Quant à la colonne abattue à la Révolution et après avoir été longtemps entreposée dans un coin du jardin de l’évêché, elle a été dressée à nouveau vers 1880 à l’endroit où elle avait été placée initialement[14].
Jusqu’en 1793, une messe basse était dite quotidiennement dans cette chapelle  pour le repos de l’âme de la duchesse et chaque matin à six heures un tintement particulier des cloches venait signaler cette célébration et que l’on a appelé « les pleurs ou les larmes d’Epernon ». Chaque année, à la date anniversaire de la mort de la duchesse, l’évêque d’Angoulême devait présider un service solennel, une tradition qui s’est perpétuée jusqu’à la Révolution.
Une rue allant de la place Saint-Pierre vers le collège et lycée Saint-Paul dite jadis du Champ Fada porte le nom depuis 1808 de rue d’Epernon en hommage à la mémoire de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d’Epernon[15].
La colonne de marbre érigée à la cathédrale en 1622, deux échauguettes, rue de Bélat et au fond de l’impasse d’Austerlitz, une muraille surplombant l’impasse Marengo, restes des fortifications édifiées autour du château en 1588, sont tout ce qui subsiste du long séjour du duc d’Epernon à Angoulême. Bien des passants ignorent les tenants et les aboutissants de ces vestiges d’un temps lointain.
Pour conclure, il est tentant de comparer l’intrigant duc d’Epernon au milieu de ses intrigues et de ses manigances à Don Salluste interprété par Louis de Funès aux côtés d’Yves Montand dans le film « La folie des grandeurs »[16] qui reprend très librement et de façon parodique le scénario de la pièce de théâtre « Ruy Blas » de Victor Hugo. Il se trouve de surcroît qu’au physique comme au figuré, le duc d’Epernon ressemble à Don Salluste et donc à Louis de Funès : petit de taille, toujours en mouvement, arrogant, intrigant, fier et imbu de ses prérogatives, tout à fait ce qu’a voulu incarner le réalisateur du film, Gérard Oury, dans le personnage de Don Salluste avec cependant moins de facéties et de drôleries !

[1]    « mignon » est le nom ou la qualité donné à la Cour de France, à partir du XVe siècle, au favori d’un prince. On a même parlé d’ « archimignons » pour les ducs d’Epernon et de Joyeuse tellement ils étaient dans l’intimité du roi Henri III.

[2]    Louis Ier de Bourbon (1530-1569), prince de Condé, duc d’Enghien et prince du sang, principal chef protestant, mort à la bataille de Jarnac en 1569, auquel a succédé son fils Henri Ier de Bourbon, prince de Condé (1552-1588)

[3]    Gaspard de Coligny (1519-1572) converti au protestantisme en 1560, devenu chef de guerre en 1562 auprès du prince de Condé, mort assassiné lors de « la nuit de la Saint-Barthélémy » le 24 août 1572.

[4]    Henri d’Albret, duc de Bourbon (1553-1610) roi de Navarre en 1572, roi de France en 1589, assassiné par l’Angoumoisin François Ravaillac en 1610.

[5]    François d’O, seigneur de Fresne et de Maillebois (1535-1594), conseiller financier du roi Henri III

[6]    Anne de Bartenay et d’Arques (1560-1587) plus tard duc de Joyeuse, amiral de France, tué à la bataille de Coutras.

[7]    François d’Espinay de Saint-Luc (1554-1597), lieutenant-général de Bretagne de 1592 à 1596, grand maître de l’artillerie en 1596, tué au siège d’Amiens le 8 septembre 1597. « Très brave, vaillant et bon capitaine » selon Brantôme.

[8]    On trouve un Jean de Foix (1410-1485) :  fait earl of Kendall, il a renoncé à son titre en Angleterre pour devenir comte de Candale et de Benauges, captal de Buch, vicomte de Castillon et de Meilles, chevalier de la Jarretière, fait prisonnier à Castillon en 1453. Il a épousé en 1440 Margaret Kerdeston de Pole-Suffolk (1428-1485), comtesse de Kendall … Le nom de Candale est donc lié à l’influence anglaise en Aquitaine aux XIVe-XVe siècles.

[9]    En 1660, Bernard de Nogaret de La Valette a vendu le château et les terres de Villebois-Lavalette à Philippe de Montaut-Bénac, duc de Navailles. En 1662, le duc et la duchesse de Navailles, obligés par Louis XIV de s’éloigner de la cour, se sont installés dans l’ancienne forteresse qu’ils ont aménagée. De la nouvelle construction n’en subsiste qu’une partie aujourd’hui bien restaurée, l’autre partie ayant été incendiée et détruite.

[10]    Armand du Plessis (1585-1642), cardinal de Richelieu, évêque de Luçon, conseiller de conscience de Marie de Médicis, temporairement ministre des affaires étrangères en 1616, relégué à Avignon, revenu en faveur à la Cour après 1619, promu cardinal en 1622 et ministre d’Etat en 1624, devenu le principal ministre du roi Louis XIII jusqu’à sa mort en 1642.

[11]    MOUTON (Léo) Le duc et le roi. Epernon-Henri IV-Louis XIII. Librairie Perrin.1924. p.192

[12]    MOUTON (Léo) op.cit. p. 193

[13]    En 1633, le duc d’Epernon s’est retiré en château de Plassac sur un domaine qu’il avait acquis et dont la baronnie a été érigée depuis peu en comté. Tout aussitôt il a fait agrandir une forteresse médiévale à laquelle il a fait ajouter des dépendances. Son fils a vendu le château qui, vidé de ses meubles, est resté longtemps à l’abandon jusqu’en 1755 où il a été repris par la marquise de Montazet. C’est le fils de la marquise, Charles de Montazet qui a fait démolir le vieux château en 1769 pour ne conserver que les bases et les fossés et construire un château neuf – l’actuelle demeure de la famille Dampierre – sur les plans de l’architecte Christophe Macaire. De l’ancien château qu’a connu le duc d’Epernon, il ne reste que « la porte du pèlerin » qui était le châtelet d’entrée, une construction rectangulaire à pilastres flamboyants sur culots figuratifs. Ont été aussi conservés les fossés avec escarpe et contrescarpe.

[14]    DUBOURG-Noves (Pierre) Histoire d’Angoulême et de ses alentours. Editions Privat. 1990. Toulouse. p.179

[15]    BENTZ (Bernard) et RENAUD (Yvette) Les rues d’Angoulême, du passé au présent. Composervices. Réédition 2009. p. 123

[16]    Le film « La folie des grandeurs » dont le réalisateur est Georges Oury et dont les principaux acteurs sont Louis de Funès (Don Saluste) et Yves Montand (Ruy Blas) a été produit en 1971 et connu un grand succès.

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