Les contemporains continuent à s’émerveiller de notre patrimoine cognaçais et le magnifient… René Tallon (1910-1992), écrivain charentais dans « Monsieur Artaud ou Les prestiges du Négoce » (1982)

« Par cette soirée de fin d’été, lourde encore de chaleur, mais grisante de lumière et de pureté, ce petit coin de campagne si anodin, si tranquille, s’entourait d’une force prenante : celle d’une terre généreuse étalant sa richesse profonde, durable, éternelle. On ne pouvait d’instinct que songer à l’incessant travail de la nature, à cet appel d’une sève mystérieusement puisée dans un sol privilégié, et montant par les ceps noueux pour venir gonfler et sucrer la pulpe des raisins. Qu’imaginer à la suite le temps proche de la récolte et le spectacle coloré et animé des vendanges, avec les coupeurs emplissant et basculant leurs baquets, et les porteurs d’hottes, jusqu’à l’étroite échelle dressée tout là-bas au bord du chemin, entre les grandes roues immobiles de la charrette désattelée. »

Henri Pouzol (1914-2000), écrivain et poète charentais.

« En matière de symbole, Jarnac, c’est d’abord pour moi le mélange de deux odeurs particulièrement représentatives que je retrouvais chacun des soirs de mon enfance : celle du « cognac » imprégnée dans les vêtements de ma mère, à sa sortie des chais, celle du bois de chêne, accrochée, elle aussi, aux larges velours et à la vareuse de mon père ; palpable parfum de santé et de travail, et qui communiquait ses vertus à la famille entière comme à la cité ».

Claude Roy né en 1915, charentais, décrit les paysages de Charente et particulièrement entre Chateauneuf et Jarnac.

« Je vivrais à Marancheville, comme l’avait rêvé mon père, cultivant ma vigne et mon jardin, veillant à ma vielle mère, et donnant à ma femme la paix et « le bon air », une calme convalescence verte. Je revêtis avec une conviction de néophyte la défroque qui jadis m’avait effrayé si fort, celle du bon propriétaire terrien, qui sait faire vieillir sagement le cognac dans de bons fûts de chêne, et de l’écrivain qui, au lieu de se « disperser » va lentement faire mûrir en silence la récolte de ses pensées… » « Aussi nous nous promîmes de beaux hivers de feux de bois, de contemplation douce ; beaux printemps de labours ; beaux étés de zénith, et la vendange de septembre. »

Louise de Vilmorin (1902-1969), femme de lettres voyageant beaucoup et notamment en Charente.

« A présent, je revis en pensée les belles promenades que j’ai faites dans ses domaines de Grande et de Petite Champagne. Je revois le vaste ciel, si particulier à cette région de France, et mon regard se perd sur l’océan des vignobles dont les houles bien alignées se répète jusqu’aux confins de l’horizon. Je me rappelle qu’un vent léger passant par moment, sur ces vagues régulières faisait trembler les feuilles qui se dressaient et parfois s’envolaient semblables à des parcelles d’écume, verte ou blonde, à la crête de ce monument végétal. »

Pierre Boujut, poète jarnacais et animateur de La Tour de Feu, revue internationaliste de création poétique (1913-1992) nous parle de la barrique indispensable au vieillissement du cognac.
« Or, je considère l’invention du fût comme l’une des plus inspirées de tous les temps. Je veux dire l’une des plus inattendues, presque une pure création de l’esprit. Une invention qui ne tombait pas sous le sens ; qui relevait de l’imagination, non de l’imitation, puisque la nature n’en donnait aucun exemple (à part, peut-être, la rose dont les pétales resserrés ressemblent quelque peu aux douelles assemblées.

Andrée Marick, ( 1914-2016), membre de l’Académie d’Angoumois.

… « Plus fier de lui Qu’on ne l’est même d’un roi, Digne trésor du pays de Charente Le cognac est poésie Et toute notre terre qui chante ! Bernard Lavalette né en 1926, auteur, chansonnier, comédien au théâtre, au cinéma.

« Bien sûr nous commencions à le goûter, ce raisin; On ne résiste pas à ces gros grains « bleu-noir » gonflés de sucre et de soleil. Mais rapidement, notre honnêteté l’emportait sur notre gourmandise et les sécateurs se mettaient en marche. La main droite attaquait la lourde grappe à la base, tout en haut, tandis que la main gauche en guidait la chute jusqu’au panier. Et comme les grappes étaient énormes, il n’en fallait) » pas plus de trois ou quatre pour que le panier fût plein ».

Madeleine La Bruyère (1853-1933) et René La Bruyère (1875-1951) ont écrit dans « Ces Messieurs de Julhiac le Coq » un roman faisant partie à la fois de la légende et de l’identité charentaise sur la naissance du cognac aux alentours de 1650.  « Ce disant, le jeune homme recueillait dans une écuelle, utilisée en guise de preuve, une demi-pinte environ d’un liquide incolore. Il agita fortement ce liquide, tout en bouchant le vase. Les bulles d’air, en remontant à la surface, ne laissaient pas d’écume. Il reconnut qu’il avait affaire à ce que l’on désignait sous le terme d’esprit fort. Il y trempa ses lèvres : c’était bien de l’eau de Vie… de l’eau de vie plus subtile et plus délicate que toutes celles qui avaient été distillées jusque-là…. Je viens, pour mon coup d’essai, d’obtenir un alcool incomparable auquel je prédis une glorieuse destinée ».

Yves VIOLLIER, écrivain, né en 1946 en Vendée, décrit la migration de paysans vendéens en Charente en quête d’une vie meilleure. Dans « les Pêches de Vignes » paru en 1994.

« …Ils mettent de l’or en fût avec leurs alambics. Quand on vendange, on ne fait que la moitié du travail, le moins rentable. Si on avait une distillerie, je distillerais le vin et j’offrirais de distiller pour les autres. » – « Sens comme c’est parfumé ! On y retrouve déjà des odeurs de fleurs que le bois des fûts fera mûrir. Les narines d’Angélique frissonnèrent. Il plongea un verre dans l’eau-de-vie, activant encore les parfums, et le lui tendit. – Goûte ! Elle prit le verre du bout des lèvres, fit la grimace, et puis s’épanouit d’un large sourire. – Hum, souffla-t-elle. C’est brûlant comme du feu. – C’est encore de la blanche, il faut qu’elle vieillisse. Elle contempla le filet de liquide qui coulait lentement du tuyau de cuivre, tourna dans la distillerie imprégnée de senteurs vineuses. »