Le château de Bouteville

Bouteville ( Botonae villa en 1089 et Botavilla en 1097, selon les plus anciennes chartes)

armoiries

Armoiries de Bouteville

Bouteville ( Botonae villa en 1089 et Botavilla en 1097, selon les plus anciennes chartes)  était jadis le siège d’une importante seigneurie signalée dès la fin du XIe siècle. Son château était l’un des plus remarquables de l’Angoumois.
Un premier château semble avoir été édifié vers l’an mil, à la suite probablement des invasions normandes. Cette construction placée au sommet d’une colline, à l’emplacement d’une ancienne villa gallo-romaine, répondait à des intérêts stratégiques pour surveiller la contrée et arrêter toute invasion en liaison avec d’autres châteaux-forts tels ceux de Merpins et de Châteauneuf-sur-Charente.
C’était alors une puissante forteresse qui a compté jusqu’à trois enceintes. Au début du XIe siècle, Bouteville appartenait à Geoffroy Taillefer, fils de Guillaume IV, comte d’Angoulême. Il détenait ce fief par son mariage avec Pétronille, fille de Maynard le Riche, seigneur d’Archiac. Geoffroy et Pétronille fondèrent le prieuré de Bouteville en même temps qu’ils encouragèrent la construction de l’église commencée par Hildegarde, la mère de Pétronille. Puis, à la suite du remariage d’Isabelle Taillefer avec Hugues de Lusignan, le château et le fief de Bouteville passèrent aux Lusignan pour être réunis avec tout l’Angoumois en 1308 à la couronne avec Philippe Le Bel.
Bouteville fut alors attribué successivement à Jeanne de Navarre, mariée à Philippe d’Evreux, puis à Amaury de La Rochefoucauld qui, en raison des services rendus lors de la guerre contre les Anglais,  reçut cette terre des mains du duc de Berry, lieutenant général du roi en Languedoc. Pendant la guerre de Cent Ans, le château devint une place forte dans la mouvance anglaise qui ne fut reprise qu’en 1392 pour devenir l’apanage de Jean de Valois-Orléans, appelé « le bon comte Jean », frère du roi Charles VI. Il passa ensuite à son fils, Charles de Valois, comte d’Angoulême, marié à Louise de Savoie. Charles de Valois-Angoulême et Louise de Savoie eurent pour enfants Marguerite qui devint reine de Navarre et François qui devint roi de France en 1515 sous le nom de François Ier à la mort de Louis XII. Dès son accession au trône, François Ier érigea le comté d’Angoulême en duché-pairie en faveur de sa mère, Louise de Savoie, devenue ainsi duchesse d’Angoulême.

ChateauEn 1540, à court d’argent, François Ier dut aliéner la terre et le château de Bouteville, sans faculté de rachat, à Claude de Montmorency, seigneur de Fosseuse, lieutenant général de la Marine. Ce dernier transmit Bouteville à son fils François qui, le premier, prit le titre de seigneur de Montmorency-Bouteville. Pendant les guerres de religion dans la seconde moitié du XVIe siècle le château fut tour à tour occupé par des garnisons protestantes ou catholiques. Pourtant en 1550, le roi Henri II avait engagé la châtellenie de Bouteville moyennant 26 577 écus à Galeas Pic de La Mirandole un seigneur italien qui avait rendu de grands services à l’armée royale. En 1593, le roi Henri IV ordonna la revente du domaine de Bouteville qui fut mis aux enchères et acquis par Bernard III du Béon de Massez pour la somme de 50 377 écus 53 sols. Marié en secondes noces à  Louise de Luxembourg, il fut conseiller du roi en ses conseils d’Etat et privés, lieutenant général des armées et gouverneur des provinces d’Angoumois, Aunis et Saintonge.

 

 

 

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On sait qu’à cette époque avec la fin des guerres de religion et la paix retrouvée après l’édit de Nantes, Henri IV a encouragé les grands seigneurs à se faire construire de superbes demeures peut-être pour encourager l’économie locale mais plus encore pour les détourner de leurs velléités guerrières. C’est ainsi que dans le même temps l’intrigant duc d’Epernon s’est fait construire le puissant château de Cadillac près de Bordeaux

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On  doit en effet à Bernard du Béon de Massez la construction du château actuel de Bouteville commencée déjà en 1594 et restée inachevée puisqu’il mourut en 1607. Sa veuve, Louise de Luxembourg, eut à cœur de poursuivre à son tour la réalisation du gros œuvre. La terre de Bouteville demeura plus d’un siècle dans la famille du Béon de Massez. Le 31 janvier 1726, elle fut acquise par Henri de Hautefort-Bruzac, major des gardes du roi, qui dut rembourser une forte somme aux héritiers Béon du Massez et verser 60 000 livres au Trésor royal.  A sa mort en 1751, le domaine de Bouteville fut transmis à son neveu Jean-Louis de Hautefort.

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En 1787, il revint dans l’apanage du comte d’Artois, possesseur de l’Angoumois, frère du roi Louis XVI et futur Charles X. Le château de Bouteville devenu bien national à la Révolution fut acquis le 5 vendémiaire an XII (1804) par Antoine Marcombe, marchand, pour la somme de 13 500 francs. Sa famille a conservé le château de Bouteville jusqu’en 1913 qui est ensuite passé successivement à une dame Toutée, à René-Richard de Segonzac en 1928 et à la famille Joyet en 1935. Depuis 1984, l’ensemble du château est protégé grâce à son inscription à l’I.S.M.H. ainsi qu’à son acquisition par la commune de Bouteville qui est en train de le restaurer patiemment avec l’aide de la caisse des Monuments Historiques et de la communauté de communes.

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A la fin du XVIe siècle et au début du siècle suivant, le château de Bouteville se trouvant en partie ruiné, Bernard du- Béon de Massez s’était engagé à le faire reconstruire. Une gravure de Claude Chastillon datant de 1604 montre l’aile est du château achevée alors que l’aile sud n’est pas encore terminée. A cette époque, il présente un plan en L : le corps de logis est flanqué de deux tours tandis que l’autre partie est en pleine reconstruction

Entre 1726 et 1736, soit les dix années pendant lesquelles Henri de Hautefort vécut au château, le château subit de nouvelles transformations. Les deux galeries de l’aile nord furent démolies de même que le pavillon en tiers-point avec son pont-levis, les écuries, etc. Henri de Hautefort fit remplacer ces bâtiments par d’autres selon le goût de l’époque. A la veille de la Révolution, le château était en fort mauvais état : la grosse tour était fissurée, sa toiture menaçait de tomber et les murs des écuries risquaient de s’écrouler. Entre 1788 et 1789, le comte d’Artois y fit entreprendre des réparations  et de nombreux aménagements mais il n’eut pas le temps de continuer la réhabilitation de l’édifice suite aux troubles et aux émeutes révolutionnaires. Après la confiscation de Bouteville à la Révolution puis sa revente, a commencé alors une longue période d’agonie pour le château progressivement démoli. Dans le même temps un grand nombre d’éléments décoratifs ont disparu : on en retrouve au logis de Flaville et au château de Bourg-Charente où a été remontée la cheminée monumentale de la grande salle. Fort heureusement depuis quelques décennies, sous l’impulsion de la municipalité de Bouteville, d’importantes restaurations ont été opérées avec succès et, peu à peu, le château retrouve sa majesté d’antan dans un cadre magnifique surplombant une vaste plaine couverte de vignobles.

Châteaux, manoirs et logis de la Charente. Editions Patrimoine et Médias. 1993. Texte de Lydie Foulon. p. 198-199 et 440.

 

GAILLARD (Jean-Paul) Conférence sur l’histoire du château de Bouteville donnée au GREH à Segonzac  le 25 janvier 1991.

 

GAILLARD (Jean-Paul) Le château de Bouteville. Notes pour quatre siècles d’histoire. Saintes. 1992.

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