LE BREXIT ET L’EUROPE.

Le Brexit sera dans les années qui viennent le problème majeur de l’Europe, autant par ses conséquences directes, que par ses incidences lointaines.

Il était donc indispensable de disposer d’abord d’une analyse sereine et informée, lucide et dépassionnée, d’origine britannique, puisque ce sont les anglais qui ont déclenché le Brexit

Le texte de Keith Richardson est de ce point de vue tout à fait remarquable.

L’Angleterre ne peut que perdre dans le Brexit. La démonstration est très forte et imparable.

L’Europe, et particulièrement son organisation actuelle, l’Union européenne, y perdra au moins autant. Et finalement, il n’y aura que des perdants. Les gagnants ne seront pas en Europe.

L’exemple anglais renforcera d’abord les partis dits « populistes » et « antieuropéens » dans tous les pays : ces partis qui attaquent les Institutions et les politiques européennes vont s’en donner à cœur joie exaltant toutes les formes de nationalisme. Sans se rendre compte que cette stratégie est mortelle d’abord pour leur propre politique : elle fait avant tout le jeu des américains, des russes et des chinois en affaiblissant l’Union par la discorde inévitable entre tous ces nationalismes, ce qui réveillera les vieux antagonismes, que l’Union avait atténués, entre les Etats européens.

Et le désordre sera d’autant plus paralysant que les partis « populistes » ne sont pas d’accord pour rejeter la même Europe : les uns l’accusent d’accueillir trop de migrants, les autres de trop durcir l’accès à son territoire et de ne pas offrir assez de secours aux migrants.

Le texte de Keith Richardson, si lucide sur l’Angleterre, nous incite à la même lucidité sur l’Union européenne et sur chacun de nos pays.

Il est clair que l’Europe, le Monde et chaque Etat qui les compose, comprennent que les Institutions créées entre 1948 et 1958 – les Nations Unies et l’Union européenne- n’ont pas évolué au même rythme que leur Société, et ce décalage est devenu de plus en plus insupportable. Car il n’y a plus de réponse efficace aux problèmes de notre époque. D’où l’exigence de réformes, et l’incapacité de les inventer avant de les mettre en pratique, faute précisément d’un examen lucide et collectif de la situation.

L’accueil des migrants, et la déstabilisation qui en résulte pour nos sociétés déjà aux prises avec des problèmes internes redoutables – l’éducation, la santé, le vieillissement des populations, les diverses fractures sociales – n’ont pas été pris en considération par nos Gouvernements, ni dans leur politique nationale , ni dans leur politique européenne, dont on doit rappeler qu’elle relève aussi d’eux collectivement L’Allemagne et la Suède ont ouvert les vannes aux migrants, sans se soucier des autres pays, et la générosité de Mme Merkel vis-à-vis des populations extra-européennes n’avait d’égal que sa dureté envers les grecs et le « Club Méditerranée ». La France s’installait dans la plus totale hypocrisie, multipliant jusqu’à l’absurde les proclamations humanitaires, pour ensuite prendre dans la pénombre des mesures restrictives envers les migrants, mesures qu’elle n’applique pas… Et l’Italie, aux premières loges, abandonnée aux assauts migratoires par la lâcheté de ses partenaires, les accueille en masse pour les déverser au-delà de ses frontières…

La solidarité multilatérale et négociée est depuis le XVII ème siècle la condition de la Paix en Europe et de la prospérité, au moins relative, de ses Etats et de ses peuples. Il n’ y aura pas d’autre solution à la crise actuelle qu’une Réforme de l’Europe préparée par cette méthode. L’Europe a su trouver des solutions momentanées à ses problèmes économiques, ainsi qu’à son organisation politique, des solutions qui doivent aujourd’hui être modernisées, en renforçant les pouvoirs de l’Union sur tout ce qui concerne l’ensemble des citoyens européens et leur Civilisation, laissant, par la subsidiarité, aux Etats et encore plus aux Régions, ce qui relève des particularismes, agricoles, industriels ou environnementaux. Toutefois ces solutions ont le mérite d’exister. Il faut les mettre à jour. Mais l’Europe n’a jamais su inventer et mettre en pratique une géostratégie. Cette lacune l’a rattrapée. L’affaire des migrants pose à la fois, bien au-delà de ses propres contraintes, le problème aigu de nos relations avec le Moyen Orient, l’Afrique, les Etats-Unis, la Russie, et la Chine. Avec le reste du monde, ces relations sont beaucoup moins explosives.

Il faut donc considérer le Brexit non pas comme un problème anglais, mais comme un problème commun à tous les européens.

Que la négociation, même âpre, entre le Gouvernement anglais et la Commission, ne fasse pas oublier deux réalités qui émergent toujours de l’histoire mouvementée de l’Europe :

  • Elle a toujours fini par trouver la solution qui rétablissait la capacité de vivre ensemble ;

  • Il est inévitable qu’un système européen qui a réussi finisse par devenir inadapté, et par exiger des réformes qui se font toujours sous la pression de la nécessité.

Dès lors, nous devons résister à toute manifestation hostile vis-à-vis des anglais, à ne pas céder aux tentations de l’agressivité, mais nous appliquer à inventer les solutions européennes les mieux adaptées aux problèmes actuels. Pour nous retrouver tous, et tous apaisés. Sortir de l’Europe ? C’est une formule facile. Mais en passant par où ? Et pour aller où ? Sur la lune ?

Gérard Montassier