LA  JOURNEE  ANNUELLE  DE  LA  CONFRERIE  DU COGNAC    18  ET  19  SEPTEMBRE  2020

 AVEC JEAN CLAUDE TRICHET ANCIEN PRESIDENT DE LA BANQUE CENTRALE EUROPEENNE

Après bien des péripéties exaspérantes dues à notre crise sanitaire, et avec le seul soutien de nos Confrères, de nos fidèles Sympathisants et de nos Conférenciers, que rien n’a pu décourager, nous avons réussi à réaliser une bonne partie de notre programme. Je tiens d’abord à leur rendre hommage et à leur exprimer mon infinie gratitude.

Nous avions prévu une manifestation nombreuse, ouverte au public, à l’auditorium de Jarnac, avec un concert et l’accueil d’un groupe de personnalités belges et hollandaises qui s’étaient inscrites. Pianiste et visiteurs devant être soumis à quarantaine au retour dans leur pays, ils ont renoncé, et vu notre propre réglementation, nous avons réalisé notre projet sous la forme d’une Réunion privée d’une trentaine d’invités dans la belle Salle capitulaire de l’Abbaye de Bassac, qui a bien voulu nous accueillir.

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  • Grâce à la technologie moderne et à Internet, nous pouvons diffuser sur notre site ouvert à tous, un compte-rendu précis et complet de nos travaux. Je rappelle donc notre programme qui, selon notre vocation, comporte toujours un double volet : Tradition et Modernité.

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  1. La Tradition, le 18 Septembre : elle était représentée par Alain Mazère, de l’Académie d’Angoumois, auteur de plusieurs ouvrages (1) sur le sujet qu’il a brillamment traité dans sa Conférence sur le Thème suivant : « La Fronde en Nouvelle Aquitaine ( 1648-1653) » avec une Conclusion que je devais apporter sur l’incidence de la Fronde à l’échelle de la France et de l’Europe au-delà de notre Région. Les deux textes sont ici publiés.

(1) « La Rochefoucauld : le Duc rebelle »

« Gourville le Magnifique »

« Julie d’Angennes et Charles de Montausier ou la Guirlande du Grand Siècle »

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2.La Modernité, le 19 Septembre : elle a fait l’objet d’une brève communication dans laquelle j’ai présenté l’état actuel du principal projet de la Confrérie pour les années à venir une « Académie européenne de la Culture ».

Mais surtout nous avons écouté notre invité, puis dialogué avec lui, Jean Claude Trichet, l’ancien Président de la Banque Centrale européenne, à qui nous avions demandé de nous éclairer sur l’époque actuelle, et notamment sur l’évolution de la Finance moderne, à partir d’une question précise : « L’inflation a-t-elle disparu ? Et si telle est le cas, faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? »

Cette Conférence donna lieu aussi à un long et très intéressant dialogue final entre nos Confrères et notre Conférencier.

INTRODUCTION : P1 et 2

1ère PARTIE : LA TRADITION P3-16

  1. LA FRONDE EN AQUITAINE PAR A.MAZERE P3-11.

  2. LA FRONDE (1643-1658) ET SA DIMENSION EUROPEENNE PAR G.MONTASSIER P 12-16

2 ème PARTIE : LA MODERNITE 😛 16 -33

  1. POURQUOI CE PROJET D’ACADEMIE EUROPEENNE DE LA CULTURE ? P16- 19

  2. L’INFLATION A-T-ELLE DISPARU ? CONFERENCE DEBAT AVEC JC.TRICHET ANCIEN PREDIDENT DE LA BCE P 20-30

CONCLUSION GENERALE : P 30

1.Les problèmes français et leur évolution depuis le XVII ème Siècle

2.La Finance entre inflation et déflation

3.La France à part avec ses particularités

4.Mondialisation et Union européenne

Conférence prononcée le 18 septembre 2020

à l’abbaye de Bassac pour La Confrérie du cognac

 

« Même simplifiée, la Fronde est inracontable, tant sa logique profonde est dissimulée derrière des événements hachés, des intrigues, complots, ruptures d’alliance, coups de théâtre. Son histoire est encore à écrire. » Ainsi s’exprime François Bluche, spécialiste du Grand siècle.

Tentons cependant de la raconter, avec l’indispensable simplification de cet enchevêtrement de luttes intestines menées par des terroristes sans idéologie.

Nous sommes au XVIIe siècle. Le XVIIe siècle, c’est Louis XIII et Richelieu + Mazarin et Louis XIV avec, strictement au milieu, cette période épouvantable pour la France et les Français qui s’appelle la Fronde.

Ce nom de Fronde est tiré du jeu de garnements qui se lançaient des pierres dans les fossés de Paris et qui se dispersaient à la vue du lieutenant de police. La Fronde fut un jeu sanglant de Grands seigneurs nostalgiques de la féodalité qui recommençaient leurs agissements dévastateurs chaque fois que les armées royales les remettaient au pas. 

Le Grand Condé, son frère le prince de Conti, leur soeur la duchesse de Longueville et son amant François de La Rochefoucauld, futur auteur des Maximes, et aussi Paul de Gondi, futur cardinal de Retz, furent les principaux acteurs de la Fronde dont le but était de se débarrasser de l’Italien Mazarin, premier ministre, pour des raisons personnelles sans rapport avec l’intérêt supérieur de l’État. 

Le contexte était, dans une partie de la noblesse, celui d’un sentiment de liberté retrouvée après la dictature de Richelieu qui avait notamment à son programme « d’abaisser l’orgueil des Grands. »

En 1648, le coût de la guerre de Trente ans avec l’Espagne fait vivre au peuple un véritable terrorisme fiscal de la part des fermiers et des intendants ; le Parlement menace le gouvernement de ne plus enregistrer ses édits financiers (prérogative dont il tire sa puissance) et de limiter le pouvoir monarchique par « 27 articles ». La reine régente Anne d’Autriche réagit en faisant arrêter trois parlementaires dont le très populaire conseiller Broussel. La fidèle servante de ce dernier ameuta le voisinage, qui ameuta le quartier qui, de proche en proche, ameuta d’autres quartiers. La nuit, Paris se couvrit de 1264 barricades et on tendit les chaînes dans les rues pour empêcher la circulation de la troupe.

La première guerre civile de la Fronde, qui en comportera trois, venait d’être déclenchée. Cette « Fronde parlementaire » ou « Guerre de Paris » est donc à l’origine une révolte fiscale.

Le conseiller Broussel fut relâché. Mazarin négocia l’apaisement. Mais la reine avait pris peur. Aussi, dans la nuit des rois mages du 5 au 6 janvier 1649, avec son fils Louis XIV âgé de 11 ans et quelques fidèles, elle s’enfuit à Saint-Germain-en-Laye, où elle se mit sous la protection du Grand Condé, premier prince du sang, gloire militaire de Rocroy, qu’elle chargea, avec son armée de 12 000 hommes, d’affamer la capitale pour se venger des Parisiens. Ceux-ci s’organisèrent en milices, mettant à leur tête quelques Grands opposés à Mazarin, en premier lieu La Rochefoucauld qui reprochait au principal ministre de refuser d’entrer dans une combine qui lui aurait permis d’accéder au rang de prince étranger. La Rochefoucauld entraîna dans la révolte sa superbe maîtresse la duchesse de Longueville, qui entraîna son second frère le prince de Conti qui était amoureux d’elle. C’était une atmosphère romanesque digne du roman L’Astrée, le best-seller interminable de l’époque : le cardinal de Retz mentionne dans ses impérissables Mémoires l’accouchement, en plein hôtel de Ville, de l’enfant adultérin de La Rochefoucauld et de la duchesse de Longueville, dans le bruit des trompettes et au milieu du ballet des cuirasses et des écharpes aux couleurs des différents partis.

Les troupes professionnelles de Condé, qui ravageaient tout sur leur passage et jetaient leurs prisonniers nus dans la Seine qui charriait des glaçons, eurent vite le dessus sur les Parisiens qui signèrent, en mars 1649, la paix de Rueil.

Fin de la première Fronde.

Mais le Grand Condé, conscient d’avoir sauvé la couronne, adopta un comportement si insupportable que Mazarin craignit pour son poste et la reine pour celui de son fils Louis XIV. Aussi, le 18 janvier 1650, Condé son frère Conti et son beau-frère Longueville furent arrêtés et emprisonnés au donjon de Vincennes. La mère, la femme et le fils de Condé, le petit duc d’Enghien, furent assignés à résidence sur le domaine de Chantilly.

La Rochefoucauld et sa maîtresse la duchesse de Longueville échappèrent au coup de filet. Ils se réfugièrent, respectivement, au château de Verteuil en Angoumois, à Stenay en Lorraine sous la protection de Turenne. Au moyen de messages que portait de l’un à l’autre Gourville, homme de confiance de La Rochefoucauld, les deux amants organisèrent à distance la deuxième Fronde, dite « pour la libération des princes » ou « Guerre de Bordeaux ».

C’est à partir de ce moment que débute la Fronde en Aquitaine, qui comprendra deux périodes: la deuxième Fronde précitée et la troisième Fronde, dite « Fronde Condéenne » ou « Guerre de Guyenne ».

Les protagonistes principaux de ces Frondes seront La Rochefoucauld pour la « Guerre de Bordeaux », le Grand Condé lui-même pour la « Guerre de Guyenne ».

L’idée de La Rochefoucauld pour libérer les princes de leur prison de Vincennes était de faire pression sur le pouvoir à partir d’une ville rebelle et de moyens fournis par l’ennemi Espagnol en complément de ceux fournis par les Frondeurs en province : La Rochefoucauld en Poitou, Bouillon en Limousin, Saint-Simon en Blayais, La Force en Périgord.

La ville rebelle identifiée fut Bordeaux. Pourquoi Bordeaux ? Parce que la ville était déjà en état de quasi guerre civile avec son gouverneur haï, le duc d’Épernon. À telle enseigne que le roi avait transféré à Agen le parlement de Bordeaux. Mais une faction révolutionnaire, dénommée l’Ormée car elle s’assemblait en un lieu planté d’ormes, s’était constituée dans Bordeaux, faisait régner la terreur et professait des idées républicaines inspirées de la révolution anglaise de Cromwell (en 1649, après la décapitation du roi Jacques 1er, l’Angleterre était une république). Ces idées n’étaient certes pas celles du parti de Condé mais une alliance objective était toutefois envisageable.

La duchesse de Longueville et Turenne négociaient la trahison avec l’Espagne pendant que La Rochefoucauld chargeait son fidèle Gourville d’exfiltrer la famille de Condé du domaine de Chantilly pour la conduire à Bordeaux afin de renforcer les symboles de la résistance au pouvoir central.

L’astucieux Gourville s’acquitta de sa mission avec succès, avec des étapes à Montrond en Berry, puis à Turenne en Limousin où des libations prolongées pendant une semaine gâchèrent la réputation des fuyards auprès de la population locale et de la ville de Bordeaux qui en avait eu des échos. Celle-ci accepta d’accueillir la famille de Condé après que la princesse douairière se fût humiliée, mais refusèrent l’accès à La Rochefoucauld considéré comme infréquentable en raison de ses relations coupables avec l’Espagne. La Rochefoucauld parvint toutefois à s’introduire discrètement et organisa la défense de la ville. Ce fut à nouveau une atmosphère digne de L’Astrée, La Rochefoucauld versant du vin aux combattants, les dames offrant des fruits, le petit duc d’Enghien caracolant sur un poney… tandis que des faubourgs étaient incendiés et des gens tués. Car la Cour avait réagi aux provocations de La Rochefoucauld en faisant descendre une armée vers la capitale d’Aquitaine avec le jeune Louis XIV à sa tête. Sur le chemin, elle rasa les tours du château de Verteuil, premier avertissement pour La Rochefoucauld, puis mit le siège devant Bordeaux. Un détail avait échappé à La Rochefoucauld : la saison des vendanges approchait. Et dans cette circonstance, les Bordelais ne plaisantent plus. Il fallut négocier toutes affaires cessantes un arrêt des hostilités. Un traité fut signé, muet sur la libération des princes…

Louis XIV, douze ans, entra en vainqueur dans Bordeaux le 5 octobre 1650. La Rochefoucauld mit genou à terre pour lui demander pardon. Il fut exilé à Verteuil avec interdiction d’exercer sa charge de gouverneur de Poitou.

Fin de la deuxième Fronde.

Les trois princes du sang restaient emprisonnés et plusieurs pourparlers furent alors engagés en vue de leur désincarcération. De son côté, La Rochefoucauld quitta secrètement Verteuil pour aller négocier, en vain, avec Mazarin que l’on verra descendre la nuit, par un escalier dérobé, bougeoir à la main, à la rencontre de son ennemi déclaré.

À la suite de plusieurs événements (départ de Mazarin en Allemagne, vérification par la foule de la présence du petit roi au Palais-Royal), la reine régente finit par accepter de libérer les princes. Mazarin et La Rochefoucauld portèrent l’ordre de libération au Havre où les prisonniers avaient été transférés. Condé rentra dans Paris sous les vivats, à la lueur des feux de joie. À tel point que l’encens de cette popularité lui monta de nouveau à la tête et qu’il recommença à prendre tout le monde de haut, croisant le carrosse du roi sans s’arrêter. Il se retira en son château de Saint-Maur, entouré d’une cour imprégnée de l’atmosphère romanesque de L’Astrée. Mais le prince se sentait en insécurité. Il vint s’expliquer au Parlement. La séance fut pour le moins houleuse ; La Rochefoucauld tenta d’étouffer Retz en lui coinçant la tête entre deux battants de porte. Peu après, Condé refusa d’assister à la cérémonie de la majorité de Louis XIV, qui venait d’avoir treize ans, âge légal pour les rois de France. La reine régente fut ulcérée. Cette cérémonie avait une autre portée : elle changeait le statut de la Fronde. Désormais, quiconque se rebellerait le ferait non plus contre Mazarin accusé d’usurper le pouvoir, mais contre le roi majeur censé avoir maintenant les rênes en mains. Condé consulta ses proches. Il hésitait à se lancer dans une nouvelle guerre civile visant à instaurer sa dictature. La Rochefoucauld lui-même était tiède, songeant au coût de reconstruction de Verteuil. Mais la duchesse de Longueville, surexcitée, qui avait proclamé qu’elle « n’aimait pas les plaisirs innocents« , envoûta littéralement ses interlocuteurs. Sous sa pression, Condé se résigna à « tirer l’épée« , prévenant qu’il ne la remettrait pas de sitôt au fourreau. Tous ensuite filèrent à Bordeaux, d’où ils entendaient soulever les provinces d’Aquitaine, et actionner des armées qui prendraient Paris en étau.

Ce fut le début de la troisième Fronde, dite « Condéenne » ou « Guerre de Guyenne ». En réponse, le roi se mit à la tête de 4 000 hommes et descendit vers Poitiers.

L’étoile de Condé commençait à pâlir, des signes négatifs s’accumulaient. Déjà Turenne et son frère Bouillon avaient basculé dans le camp royal, estimant que, les princes ayant été libérés, la Fronde n’avait plus d’objet. Progressivement les gouverneurs de province prenaient conscience qu’ils risquaient de scier la branche monarchique sur laquelle ils étaient assis. Condé s’enfonça quand même dans l’impasse et signa un traité avec l’ennemi espagnol. Son plan était de faire prendre Paris par des armées descendant du nord et de l’est, et par des armées montant d’Aquitaine et d’Île-de-France, le tout appuyé sur des moyens espagnols.

Sa déroute commença le long de la Charente. Il était maître des différentes places, sauf d’Angoulême car il redoutait d’affronter son gouverneur, le marquis de Montausier (dont le caractère inspira Le Misanthrope à Molière), et de Cognac qu’il demanda à La Rochefoucauld d’assiéger. La Rochefoucauld étant rien moins qu’un stratège militaire, échoua à prendre la ville et fit les frais d’une grande colère de Condé. La Rochefoucauld jouait de malchance car dans le même temps le roi ordonnait la saisie de tous ses châteaux. Ensuite une course poursuite s’engagea entre les troupes royales et rebelles, chacune d’un côté de la Charente, jusqu’à La Rochelle victorieusement défendue pour le compte du roi par un oncle de La Rochefoucauld, Benjamin d’Estissac. Condé rebroussa chemin, faillit être pris à Tonnay-Charente, perdit Taillebourg, Saintes, descendit en Périgord puis revint à Bordeaux où il décida de se porter au secours de son frère Conti en difficulté à Agen. À la tête de l’armée royale, le comte d’Harcourt, prit Ambleville, La Tranchade, Segonzac, Touzac, laissa une garnison dans Barbezieux, entra en Périgord et descendit lui aussi en Agenais. Après des combats à Astaffort et Miradoux, les troupes de Condé durent même évacuer la ville d’Agen.

Devant cette succession de revers, celui qui fut le Grand Condé changea de stratégie : il résolut de rejoindre sans délai son armée d’Île-de-France, alors théâtre de désastreux désaccords entre les ducs de Beaufort et de Nemours, et de foncer sur Paris pour y tuer tous ceux qui lui avaient manqué.

Le dimanche des Rameaux de 1652, à l’aube, neuf personnes déguisées en domestiques quittèrent discrètement la ville d’Agen. En une semaine, Condé et son valet, La Rochefoucauld et son fils, son fidèle Gourville, son capitaine des gardes Bercenet, plus trois autres fidèles, parcoururent cinq cents kilomètres en dormant trois heures par nuit. Ils vécurent une série d’anecdotes racontées par Gourville dans ses savoureux Mémoires. Condé atteignit son armée près d’Orléans, mais trouva face à lui l’armée royale commandée par un chef militaire de même niveau que lui : Turenne. Celui-ci, très inférieur en nombre, attira Condé dans un défilé à Bléneau, près d’Auxerre. À la fin du combat d’artillerie, chaque partie se retira sans victoire décisive. Condé, au lieu de poursuivre Turenne et de capturer la Cour, ce qui aurait peut-être changé la face du monde, préféra continuer sa route vers Paris. Turenne fut accueilli en sauveur par la Cour réfugiée à Gien, puis se remit sur les talons de Condé. 

L’armée des Frondeurs arriva en banlieue parisienne. Condé se rendit dans Paris pour mesurer sa popularité et ses chances de se rendre maître de la capitale. Le désordre était grand, ses contacts ne donnèrent pas ce qu’il espérait, et il retourna vers ses troupes. Les premières escarmouches avec l’armée royale commandée par Turenne eurent lieu sur le pont de Saint-Cloud. Condé contourna Paris par le bois de Boulogne, voulant se diriger vers Charenton. Au passage, il prit la ville de Saint-Denis. L’affrontement entre les deux armées eut finalement lieu faubourg Saint-Antoine, au pied des tours de la Bastille, le 2 juillet 1652. Turenne allait écraser Condé contre la muraille lorsque, à la surprise générale, la Grande Mademoiselle, fille de Gaston d’Orléans, oncle de louis XIV, fit tourner les canons de la forteresse contre les troupes royales et ouvrir la porte de la ville aux rebelles qui se répandirent dans les rues.

Dès les premiers engagements, La Rochefoucauld fut mis hors de combat par une balle de mousquet entrée dans un oeil et sortie par l’autre. Aveugle, couvert de sang, juché sur un cheval, son fils le tenant par une main, Gourville par l’autre, il fut conduit à l’hôtel de Liancourt, chez son oncle, où il commença à se soigner. Fin de la Fronde pour La Rochefoucauld.

Condé, lui, prenait ses dispositions pour se rendre maître de Paris. Il avait recruté plusieurs centaines de gueux, encadrés par des soldats déguisés en mendiants, qui manifestèrent bruyamment, envahirent l’hôtel de Ville, qu’ils incendièrent après s’être livrés à un massacre. Fatigués de ces exactions, les Parisiens commencèrent à constituer un parti de l’ordre.

Sentant la partie lui échapper, Condé s’enfuit avec trois mille reîtres vers la Flandre où il mit son épée au service du roi d’Espagne. Fin de la Fronde pour lui aussi. En août, le duc de Vendôme battit les navires espagnols qui s’étaient aventurés dans le secteur des Pertuis, entre les îles d’Oléron et de Ré. Le 21 octobre, Louis XIV rentra dans la capitale sous les acclamations ; prudent, il s’installa au Louvre parce que ce palais était « doté de fossés ».

Fin de la troisième Fronde.

Restait toutefois une dernière poche de résistance à neutraliser. Bordeaux était en effet toujours aux mains de rebelles qui désormais se haïssaient (Conti n’avait pas supporté que sa sœur, ancienne maîtresse de La Rochefoucauld, couche avec le duc de Nemours) et de l’Ormée qui faisait régner la terreur dans la ville. En même temps qu’une armée royale était envoyée vers la capitale de l’Aquitaine, Mazarin, qui avait repéré les talents de bons offices de l’ingénieux Gourville (ce domestique de La Rochefoucauld qui deviendra un financier en vue et qui faillit succéder à Colbert) pendant la « Guerre de Bordeaux », confia à celui-ci la mission de négocier la paix avec les rebelles. Gourville sauta sur cette occasion de briller définitivement aux yeux du premier ministre, réussit à entrer dans Bordeaux sous le prétexte de récupérer des meubles appartenant à La Rochefoucauld, puis, allant de l’un à l’autre, parvint à les accorder sur un traité de paix qu’il avait rédigé lui-même et qu’il apporta tout fier au cardinal qui sortait de la comédie. Étonné par cette prouesse, Mazarin accepta les conditions posées par les Grands et un itinéraire de transfert des troupes de Condé vers la Lorraine, apaisa les représentants de la Ville de Bordeaux et neutralisa l’Ormée dont le chef, le boucher Duretête, fut roué et mis en quartier sur les portes de la ville.

La Fronde était enfin terminée.

Son bilan est accablant ; elle fut un immense gâchis,  » la principale catastrophe politique du XVIIe siècle  » selon l’historien Jean-Christian Petitfils, tout en étant un « moment crucial de l’évolution de la France » puisqu’elle accoucha de la monarchie absolue.

Elle fut caractérisée par l’absence de vision politique, d’idée directrice des protagonistes animés seulement d’ambitions personnelles cristallisées par une opposition à Mazarin, désigné comme responsable de tous les maux de la France et qui sera l’objet de cinq mille tracts dénommés « mazarinades ».

La France en sortit dévastée économiquement pour plusieurs années, essentiellement à cause, non des combats, mais de la seule la présence des troupes qui, en Picardie, en Champagne et en région parisienne, pratiquaient la terre brûlée, tuant les habitants, incendiant les maisons, abattant le bétail, détruisant les récoltes, coupant les arbres fruitiers, arrachant les vignes. L’Espagne en profitait pour reprendre des places. La population française régressera de 20 à 18 millions de sujets. C’est l’époque des missions de saint Vincent de Paul luttant contre misère et famine.

Louis XIV tirera leçon de ces années de désordre en supprimant la fonction de premier ministre et en instaurant un pouvoir personnel absolu par lequel il renforcera la monarchie administrative centralisatrice initiée par Richelieu. La noblesse sera domestiquée : l’étiquette de Versailles est sortie de l’anarchie de la Fronde.

Bertière Simone. Mazarin. De Fallois, 2007.

Bluche François. Louis XIV. Fayard, 1986.

Lorris Pierre-Georges. La Fronde. Albin Michel, 1961.

Madelin Louis. La Fronde. Plon, 1931.

Mazère Alain. La Rochefoucauld le duc rebelle. Douin, rééd. 2020.

Mazère Alain. Gourville le magnifique. Douin, rééd. 2020.

Mazère Alain. Charles de Montausier et Julie d’Angennes. Le Croît vif, 2011.

Minois Georges. La Rochefoucauld. Tallandier, 2007.

Montassier Gérard. Mazarin. Perrin, 2015.

Petitfils Jean-Christian. Louis XIV. Perrin, 2008.

« La Fronde » a cumulé dans son déroulement 5 événements majeurs :

  • Une Guerre étrangère, la guerre de 30 ans qui ravagea une partie de l’Europe ;
  • Des Guerres civiles : en France, en Espagne, en Angleterre, en Italie, dans l’Empire austro-hongrois ;
  • Des Changements politiques essentiels : renforcements des pouvoirs monarchiques, consolidation des « Etats » comme structure fondamentale de l’Europe, au détriment de la Féodalité et du pouvoir pontifical ;

  • L’Avènement d’un puissant pouvoir financier, incarné dans l’ascension d’une partie de la Bourgeoisie. Le capitalisme financier a précédé le capitalisme industriel.

  • Le Surgissement d’une vie culturelle et artistique d’une qualité exceptionnelle dans la plupart des Pays européens.

Du jamais vu, et qu’on n’a toujours pas revu. La Fronde fut une Révolution qui marqua un changement d’époque. Les historiens français l’ont très mal étudiée, reprenant les thèses du parti hostile au pouvoir royal qui l’a emporté, parti qui avait, il est vrai, des écrivains éminents, comme le Cardinal de Retz et La Rochefoucauld. Il fallait pour nos historiens glorifier avant tout la Révolution de 1789, qui fut celle qui triompha du pouvoir royal et de la Féodalité et qui instaura une forme de Démocratie. D’où la reprise des thèses et du titre « La Fronde » qui contribuent à faire considérer la Fronde comme un événement uniquement français. Les historiens étrangers de l’époque, comme de la nôtre, et des contemporains comme Bossuet, ont toujours parlé de « Révolution ».

En réalité, la « Fronde » désigne la dimension strictement française d’un bouleversement européen.

On va donc brièvement évoquer les 5 aspects principaux que l’on a signalés.

  1. La guerre étrangère : la Fronde est partie des conséquences d’une guerre européenne où s’affrontèrent pendant 30 ans la puissance dominante -espagnole et autrichienne -, la puissance montante -la France, plus homogène que le très vaste Empire espagnol, la France et son alliée protestante, la Suède, – et l’Angleterre, sans oublier les principales Villes ou Principautés italiennes, et allemandes, ainsi que la Papauté et ce qui est devenu aujourd’hui la Belgique et la Hollande. Une guerre civile, religieuse et sociale tout autant qu’internationale. La France entra ouvertement dans cette guerre en 1635.

Cette guerre exceptionnelle se termine en Europe Centrale dans l’Empire par le Traité de Westphalie en 1648, qui fut négocié pendant 5 ans et signé par 149 Etats. Seuls à ne pas signer : la Turquie, la Moscovie et l’Angleterre, qui se trouvait en pleine guerre civile et ne va pas tarder à envoyer son Roi à l’échafaud. La Fronde a commencé quelques semaines avant la signature de la Paix. Mais la guerre se poursuit avec l’Espagne seule, et continuera au-delà de la Fronde, qui s’achève en 1653, jusqu’à la Paix des Pyrénées en 1659.

Ces guerres sont totales, car elles ne se limitent pas aux opérations militaires, mais elles cherchent aussi la déstabilisation politique intérieure de l’adversaire : les Espagnols soutiennent la Fronde contre le pouvoir royal, à Bordeaux, avec leur flotte, et à Paris, comme à Bordeaux, par leurs subsides, comme nous suscitons la révolte en Catalogne et au Portugal. Et avec les suédois, que nous finançons, nous intervenons dans l’Empire.

Et c’est finalement la Paix des Pyrénées qui, en 1659, mit un terme à cette guerre de 30 ans, qui a bouleversé l’Europe, France comprise. Une Paix dont le Roi d’Espagne crédita Mazarin à juste titre, et qui, complétant le Traité de Westphalie, a créé la première organisation de l’Europe, fondée sur un équilibre entre Etats Souverains indépendants. Celle qui a disparu en 1945, avec la fin de la 2ème guerre mondiale.

La guerre a eu également deux conséquences majeures en France :

  • Faire admettre un pouvoir monarchique fort et centralisateur ;

  • Accélérer la montée en puissance du pouvoir financier.

  1. Le Pouvoir politique : Féodalité ? Bourgeoisie d’affaires avec les Parlements ? Pouvoir monarchique centralisé ? 3 Formes de pouvoir politique s’affrontent.

Il y a eu en effet deux Frondes distinctes sur le plan politique : celle des Parlements, qui voulaient une réforme fiscale, judiciaire et politique, avec une Constitution, sous forme de « Déclaration royale » en 27 articles, qui fut adoptée et signée par la Reine – en larmes- le 22 octobre 1648. Elle prévoyait la suppression des Intendants- les Préfets de l’époque- et celle des Traitants – qui avançaient au Roi le montant des impôts pour les récupérer largement sur les contribuables ; elle introduit le vote des impôts par les Parlements, interdit les lettres de cachet et les arrestations arbitraires et prohibe la création de nouveaux Offices, qui déprécie ceux qui existent. L’autre Fronde était celle des Princes, qui voulaient le maintien de leurs privilèges, la fin de la vente des Offices qui créait une aristocratie de l’argent, et l’alliance avec l’Espagne. Ensemble, ils voulaient protéger les rentiers sur l’Hôtel de Ville de la rapacité de l’Etat qui confisquait les intérêts sur l’argent qu’ils avaient placé. Un Etat qui devait, lui, faire la guerre, et la payer. En 1635, les impôts ont quintuplé.

C’est le pouvoir royal mazarinien qui l’a emporté. Mais après avoir donné libre cours à une explosion de l’opinion publique : 4.000 « mazarinades » au moins ont été recensées qui montrent que quelques centaines d’hommes et femmes cultivés ont pris la plume pour s’opposer au Pouvoir, qui lui aussi a eu recours à ses pamphlétaires, mais pour guère plus de 600 brochures. Le débat politique a été très ouvert et d’une grande intensité.

  1. L’argent : il est réparti entre 5 partenaires :

  • L’Etat et son bras financier, le fisc ;

  • Les Corps privilégiés, Noblesse et Eglise, qui veulent accroître leurs pensions et échapper au fisc ;

  • La Bourgeoisie, qui s’exprime dans les Corps de Ville et les Parlements, dont l’ascension est spectaculaire au point de le disputer à l’aristocratie et au pouvoir royal.

  • Les paysans et artisans, qui se révoltent contre le fisc et les impôts seigneuriaux jusqu’à massacrer les agents de recouvrement ;

  • Les financiers, bourgeois et aristocrates mêlés, receveurs d’impôts et spéculateurs sur la rente.

La Fronde a vu la victoire du pouvoir royal et la montée de la bourgeoisie- le « Tiers Etat » se ralliant au pouvoir royal contre la noblesse et les Parlements.

Désormais, l’argent est au cœur des Sociétés européennes, et notamment de la française, avec cette double connotation : l’argent maudit de la morale chrétienne, et l’argent bienfaisant de la philosophie du progrès, qui commence à avoir des résultats indiscutables, avec les premières Manufactures.

  1. La Culture : elle est à son apogée. C’est le savoir scientifique, philosophique, politique, économique. (1) D’où l’explosion des mazarinades, d’un côté, mais aussi la création de l’Académie française avec Richelieu et du Collège de France avec Mazarin. Ils s’intéressent autant aux Arts qu’aux Sciences. Et c’est aussi ce qu’on trouve en Angleterre, en Espagne, en Italie et dans les provinces germaniques ou scandinaves.

Enfin, Corneille et Molière sont en France au coeur de cette période, comme Retz et La Rochefoucauld, Corneille réservé envers Richelieu, mais enthousiaste envers Mazarin. Ils sont tous les deux d’admirables observateurs de la Société française : c’est en 1632 que Corneille écrit dans « La Veuve » : « Etant riche, on est tout ». Balzac n’est pas loin.

La Fronde est à la fois la créatrice et la résultante de la plus riche période politique et culturelle de la France et de l’Europe. Déjà inséparables.

  • Les sciences : Pascal, Fermat, Descartes, Galilée, Huyghens, Copernic, Harvey qui illustrèrent la Physique, les Mathématiques, l’Astronomie, l’Optique, la Médecine.

  • La Philosophie : Descartes, Spinoza, Gracian, Machiavel, Hobbes…

  • L’économie et la Finance : Mazarin, Fouquet, Colbert, Boisguillebert…

  • – Les Arts : Théâtre ( Elisabéthain en Angleterre, du Siècle d’or en Espagne, Classique en France), débuts du Roman (Cervantès, Quevedo, Scarron, Furetière …), sans oublier peinture, sculpture, architecture, musique, opéra…avec tant de chefs d’œuvre).

1.POURQUOI CE PROJET D’ACADEMIE EUROPEENNE DE LA CULTURE ?

4 Constatations sont à prendre en considération :

1.Nous devons être de notre époque, c’est-à-dire connaître notre passé et préparer notre avenir. Or notre époque est celle de la « mondialisation »au sens premier du terme, nous avons ou nous aurons des partenaires dans le monde entier.

2. Cela implique des formes nouvelles d’alliances ou de regroupements qui seront évolutifs.

3. La politique économique, la politique financière, la politique de défense, la politique culturelle et l’écologie – les 5 piliers majeurs de la vie sociale moderne – sont par nature internationaux. Ils appellent des organisations communes, générales ou spécifiques.

C’est l’Europe et l’Union européenne qui sont les plus avancées dans ce domaine au point d’avoir créé une monnaie unique qui remplaçait d’un coup 11 monnaies anciennes.

4. La base commune à toutes ces stratégies est la proximité.

– Etats Unis – Canada

-Amérique latine et Mercosur

– Chine et ses voisins

-Musulmans sunnites d’un côté et chiites de l’autre, avec finalement une proximité double, géographique et civilisationnelle.

5 La conclusion à tirer de cette analyse est double :

  1. Nous ne connaissons pas bien l’histoire et la culture de nos voisins européens. Ni leurs aspirations actuelles.

  2. Il ne s’agit pas de se figer dans la contemplation de nos passés, mais de faire évoluer de façon coordonnée nos sociétés.

Se connaître pour mieux agir ensemble, voilà l’objectif de l’Académie européenne de la Culture.

  1. Mettre en pratique sa vocation spécifique qui se développera selon 3 axes :
  • La Sélection ;
  • La Diffusion ;
  • La Coordination ;
  1. LA SELECTION :

1.Le Patrimoine : Sélectionner les œuvres fondamentales de chaque pays :

– 5 à 10 Livres par pays ;

– 5 à 10 Films ;

-5 à 10 œuvres plastiques ;

– 5 à 10 Monuments pour l’Architecture ;

– 5 à 10 œuvres musicales et chorales ;

2. La création :

– Sélectionner les 5 à 10 « Chefs d’œuvre » annuels du livre et du film européens :

– Sélectionner les 5 à 10 productions majeures des 10 principaux Festivals européens.

B.LA DIFFUSION :

La diffusion des œuvres sélectionnées se fera à 2 nivaux :

  • Celui général de l’Académie ;

  • Celui sectoriel de chaque pays, dans une Bibliothèque, une Cinémathèque, un Opéra, un Musée, un Orchestre.

Elle se fera par Internet sur celui de l’Académie et sur celui de l’Institution nationale compétente.

L’Académie offrira son Site, chaque pays offrira l’œuvre avec ses droits et les frais de traduction au moins en 8 langues, avec la contribution spéciale pour 50% du pays de chacune des langues choisies qui seront : le français, l’anglais, l’allemand, le russe, l’italien, l’espagnol, le portugais et le chinois.

C .LA COORDINATION :

Elle se fera par un Colloque annuel réunissant les responsables désignés par chaque pays dans chacune des 5 sections et de la section des Festivals.

Le Colloque tournera en Europe en revenant tous les 5 ans dans la « Maison Mère » à Bordeaux. Ce sera le moment de débattre de l’Organisation, des Résultats et des Propositions nouvelles.

  1. LA STRUCTURE ET SON ORGANISATION :

  1. C’est aux autorités régionales de la Nouvelle Aquitaine, puisque c’est à elle que le projet a été présenté, de faire le choix de la Ville support, du Siège – spécifique ou jumelé avec une Institution existante- .

Seront sollicités 30 pays, les 27 de l’Union auxquels on ajoutera la Grande Bretagne, la Russie et la Turquie. C’est notre Histoire qui le suggère, et non les problèmes politiques actuels.

  1. La Structure Centrale en Nouvelle Aquitaine sera composée d’un Président qui sera le Président de la Région ou son Délégué, d’un Vice-Président qui sera le Délégué de la Présidence de la Commission européenne , d’un Coordonnateur ou Directeur, de 2 Chargés de Mission, l’un pour la gestion, l’autre pour la réalisation et le suivi du site internet, enfin 5 Académiciens progressivement choisis : 1 pour le Livre, 1 pour le film,1 pour les Festivals,1 pour la Musique et le Théâtre, 1 pour les Arts Plastiques et l’Architecture, choisis à l’échelle régionale ou nationale.

  2. La Structure nationale comportera pour chaque Etat membre un Coordonnateur et un Responsable par section, sauf s’il est décidé qu’un Responsable pourra couvrir plusieurs Sections et non pas seulement une seule.

  1. LE BUDGET:

On a prévu 500.000 euros pour la première année, 700.000 la seconde, par la France -Région et Etat- et 2 Millions en régime de croisière : Région, Etat, Union européenne.

A démarrer en 2021. 2 années de lancement et régime de croisière la 3ème année.

  1. STATUT JURIDIQUE :

Une Association Loi de 1901 habilitée à recevoir des dons défiscalisés au moins pour les 2 premières années, puis une Fondation, qui sera de droit européen quand leur statut sera établi.

  1. ETAT DU PROJET :

Soumis à l’examen après un bon accueil de la Région, du Ministère de la Culture, et de JC Juncker pour l’U.E. Démarches ralenties par les difficultés de Rencontres actuelles.

Pourrait déboucher sur un « Guide de la vie culturelle européenne » sur Internet, permettant de connaître les programmes des Institutions culturelles des principales villes européennes et des Festivals avec la possibilité de retenir ses places si l’on doit s’y rendre en visite. L’information débouche sur une application pratique. Nos études sont très avancées.

« L’Inflation a-t-elle disparu ?

Et si tel est le cas, faut-il s’en réjouir ou s’en inquiéter ? »

Pour cadrer notre Débat sur ce thème, et ne pas l’engager sur un terrain trop théorique, j’ai commencé par poser 5 questions à notre Conférencier :

  1. L’augmentation massive de la quantité de monnaie mise en circulation par la politique des Banques Centrales n’a pas créé d’inflation, ce qui est un fait nouveau qui dure depuis assez longtemps pour ne pas être accidentel. Pourquoi ?

  2. Les raisons de ce laxisme monétaire sont-elles économiques ou financières ? On a évoqué le soutien à une activité économique en berne, mais quelle activité ? Générale ou particulière ? Et pour quelles raisons, sectorielles, conjoncturelles ou structurelles, cette activité est-elle en crise ? Ou s’il s’agit de raisons purement financières : lesquelles ? Ou faut-il incriminer un mélange des deux ?

  3. La fin de l’inflation est-elle une maladie ou un remède ? Si c’est un remède, en quoi serait-il dangereux ?

  4. Quelles solutions alternatives peut-on préconiser ?

  5. A quel niveau faut-il prendre les solutions ? L’Etat ? Les zones monétaires ? Les regroupements d’Etats ? Une combinaison ?

  1.  

Voici la réponse que nous avons reçue :

« Il est vrai qu’aujourd’hui l’inflation dans les pays développés est très basse. Elle est trop basse. Et c’est une situation qui au bout d’un certain temps finira par être insoutenable, car une inflation trop basse peut déclencher une crise déflationniste qui mènerait à une implosion de l’économie. Comme en 1929.

D’où les initiatives des Banques Centrales, notamment en Europe , au Japon et aux Etats Unis, consistant à fournir les liquidités nécessaires pour empêcher l’effondrement déflationniste, assurer une croissance même si elle reste modeste, et de ce fait, maintenir la confiance.

Nous sommes dans une période profondément anormale, et la pandémie actuelle ne fait qu’ajouter un défi supplémentaire aux économies fragilisées des pays avancés.

Comment expliquer cette situation d’inflation anormalement basse?

Par 5 raisons majeures.

  1. Depuis 2010, la croissance potentielle des pays avancés s’est fortement ralentie. En Europe, elle ne dépasse plus guère 1% par an. Cette croissance plus faible est l’un des facteurs qui explique la faible inflation.

Le faible niveau des investissements depuis la crise de 2008 d’une part et la démographie médiocre d’autre part explique en partie cette diminution de la croissance potentielle qui s’est généralisée dans tous les pays avancés. La diminution de la productivité totale des facteurs a aussi joué un rôle important dans ce phénomène.

  1. En effet depuis 2005, donc même avant la crise des subprimes, la productivité a très significativement baissé dans l’ensemble des pays avancés. Cela explique partiellement la baisse de la croissance potentielle et contribue à l’apparition de la fable inflation.

  1. La Globalisation : elle a intensifié la concurrence qui s’exerce sur les pays les plus avancés et notamment sur les produits manufacturés. Elle contribue significativement au faible niveau d’inflation. Elle a déclenché une mutation industrielle profonde : aujourd’hui dans les pays à l’économie avancée, l’industrie ne représente plus que 20% de l’Economie et les Services 80%. En France, c’est même environ 13% et 87% ! L’Industrie se retrouve et se développe dans les pays émergents hors d’Europe et des Etats Unis, comme la Chine.

  1. La Technologie : elle fait par ses rapides progrès évoluer très vite la structure des systèmes de production de biens et de services. D’où des restructurations importantes qui sont la marque d’une intensification de la concurrence et d’une pesée à la baisse des prix.

Enfin, au niveau de l’ensemble des pays avancés, on observe un changement de paradigme des employés, des syndicats et des employeurs. Dans un contexte d’intensification de la concurrence pour toutes les raisons précédentes, les partenaires sociaux privilégient la consolidation de l’emploi plutôt que les augmentations de salaires même lorsque l’économie concernée est en plein emploi C’est ce qu’on a observé aux Etats Unis, au Japon, en Allemagne, aux Pays Bas, en Suisse….

Brève remarque concernant la France : naturellement, tant qu’une économie n’est pas en plein emploi, il est rationnel que les partenaires sociaux donnent la priorité à l’emploi sur les augmentations de rémunération. Ce n’est malheureusement pas ce que l’on a observé en France, et c’est l’une des raisons pour lesquelles un chômage de masse nous frappe toujours. Quoi qu’il en soit au total, dans l’ensemble des pays avancés, – même au plein emploi- l’inflation a été très basse au cours des dernières années, ce qui a conduit les Banques Centrales à être extrêmement accommodantes en pratiquant des taux d’intérêt très faibles, voire parfois négatifs aux Etats Unis, au Japon, en Suisse, et dans la zône Euro. En outre, les Banques Centrales ont pratiqué des achats très substantiels de valeurs négociables : obligations du Trésor, obligations privées….

C’est dans ce contexte évidemment anormal qu’est intervenue la pandémie qui a exercé sur l’économie des pays avancés et sur l’économie mondiale, aussi bien sur l’offre que sur la demande, une formidable pression négative supplémentaire. Les Etats ont réagi pour la plupart vite et massivement. Les Banques Centrales elles-mêmes ont accentué leur politique monétaire accommodante. Par exemple, la BCE a décidé d’un programme pandémique de 1350 milliards d’euros.

Ces efforts extraordinaires des autorités publiques sont nécessaires dans les circonstances exceptionnelles que nous traversons, mais elles ont-elles mêmes des effets potentiellement négatifs à terme : bulles financières, distorsion des activités économiques par rapport à une situation normale etc. Il est donc nécessaire que tout soit fait pour que l’on retrouve après le passage de la pandémie , un fonctionnement plus normal des économies avec une inflation normale en ligne avec les objectifs autour de 2%. Les Banques centrales font des efforts remarquables, et elles sont en première ligne de défense. Mais les autres partenaires publics et privés doivent assumer aussi totalement toutes leurs responsabilités. Cela sera naturellement difficile. La question se pose au niveau mondial. Or les Etats Unis sont en train de casser les Institutions mondiales qu’ils ont créés. Les anglais suivent. On est à l’époque « d’America first », mais aussi de « China first », de « Russia first », « d’India first »de « Brexit first »…Le nationalisme se généralise et le commerce mondial diminue.

L’Europe, elle, est 2 fois plus ouverte au commerce extérieur que les Etats Unis.et de ce fait une baisse du commerce international pénalise deux fois plus l’Europe que les Etats-Unis.

Face à cette situation, la bonne stratégie est de poursuivre l’Union de l’Europe. Et cessons de croire que l’opinion publique est défavorable à cette évolution. Que constatons-nous ?

  • L’euro est soutenu à plus de 70% par les européens de la zone euro;

  • Les idées d’une défense commune et d’une Diplomatie commune sont approuvées par environ les deux tiers des européens.

  • L’Europe est critiquée parfois parce qu’elle en fait trop sur les petites choses, mais plus souvent et plus véhémentement parce qu’elle n’en fait pas assez : contrôle des frontières, immigration, lutte contre le terrorisme, lutte contre la pandémie, sécurité extérieure…

  • Les dernières élections au Parlement européen étaient annoncées comme devant dégager une majorité hostile au développement européen sous l’influence des sensibilités populistes, protectionnistes et nationalistes. Or le Parlement élu a une claire majorité pro-européenne.

 

2.

Notre Conférencier venait de nous apporter ce que nous attendions : il avait été clair et éclairant. Après l’avoir chaleureusement remercié, je l’ai prié de bien vouloir répondre aux questions que son propos avait suscité dans l’assistance.

  1. J’ai lancé le débat par la question suivante : « la finance verte, qui est en très forte croissance, se justifie-t-elle par la menace de la déflation, et la volonté de sauver l’emploi ? Ou pour d’autres raisons ? L’affectation de crédits considérables par les finances publiques à l’écologie se justifie-t-elle de la même manière ?»

La réponse fut la suivante : « La planète est en modification perpétuelle et permanente. Mais aujourd’hui nous constatons que le changement planétaire s’accélère. La croissance de la population mondiale et le réchauffement climatique dû aux gaz à effet de serre ont une incidence évidente sur l’état de la planète. Aux Etats Unis, il y a un consensus entre les Etats et les Entreprises sur ce point. Même dans un contexte où le Président lui-même est sceptique. L’écologie est un problème majeur, indépendant de la finance. La transition énergétique est défendue par une multitude d’agents économiques et sociaux : il faut une énergie décarbonée, et remplacer le charbon et le pétrole. Un prix du carbone beaucoup plus élevé devrait être mis en place progressivement au niveau européen et mondial.

Il faut aussi améliorer la politique mise en œuvre, notamment en France. Il y a deux aberrations : d’abord, le refus du nucléaire qui ne pollue pas. Il est contradictoire que les écologistes soient hostiles au nucléaire qui ne produit aucun gaz à effet de serre. Hormis Tchernobyl, qui s’expliquait largement par l’effondrement massif de la gouvernance soviétique, ni Three Miles Island.
aux Etats Unis, ni Fukushima au Japon, n’ont provoqué de décès. Une autre anomalie est l’excès de financement public dans certains secteurs : on subventionne massivement des dépenses très peu rentables dans les logements, du moins tant que le prix du carbone est aussi bas ; la réparation subventionnée des vélos est un autre exemple bizarre !

La transition énergétique doit se faire surtout au niveau des ménages et des entreprises.

La Banque Centrale européenne par ailleurs me paraît tout à fait fondée à acheter des titres intégrant les critères « environnementaux, sociaux et de gouvernance » (ESG) »

Il y a plusieurs angles d’approche pour les Banques Centrales. Par exemple,: la Banque d’Angleterre a été la première à mettre l’accent sur la nécessité pour les Banques commerciales de pousser leurs clients dans la direction de la transition énergétique de manière à ce qu’ils évitent de prendre des risques importants préjudiciables à la stabilité financière.

J’ai demandé s’il y avait des commentaires sur ce point. Personne n’ayant soulevé de question, j’ai conclu que nous étions largement convaincus par cette analyse.

Pour ma part, je la partageais totalement. Elle montrait parfaitement ce qui était indiscutable et prioritaire, une transition énergétique progressive mais sans délais vers une énergie décarbonée, le développement du nucléaire et non des imprévisibles et hideuses éoliennes, la gestion des déchets et des pollutions majoritairement par les ménages, les entreprises et la règlementation claire et précise, et non flottante, des Etats, en affectant les finances publiques à autre chose que ces politiques ridicules et démagogiques de réparation des vélos, et d’isolation thermique des caves et des greniers aux frais de l’Etat, quand les hôpitaux manquent de lits.

  1. Une question est posée sur la relation entre stabilité des prix et création d’emplois.

La réponse fut la suivante : « Les européens veulent la stabilité des prix. Des prix stables sont favorables à la croissance et à l’emploi. L’Allemagne et les Pays Bas nous en offrent une démonstration permanente. Mais la Banque Centrale ne peut pas tout. Les Gouvernements, les Parlements et le secteur privé ont un rôle important à jouer. Pour arriver à un plein emploi convaincant, il faut que les entreprises soient compétitives. En France, cette exigence n’est pas suffisamment prise en considération.

Dans notre pays, la culture dominante reste celle d’entreprises ou d’administration importantes non exportatrices, comme la SNCF, le secteur public et l’administration, entités au sein desquelles les français ne voient pas clairement pour leur propre emploi l’intérêt de la modération des coûts et des salaires. Au total le pays tout entier est au chômage de masse parce que l’arbitrage collectif est souvent favorable à des rémunérations supplémentaires plutôt qu’à la lutte contre le chômage. Le Gouvernement doit lutter en permanence contre cette tendance française permanente de privilégier les augmentations de salaires plutôt que de parvenir au plein emploi. »

  1. Question : cette situation serait-elle due au fait que l’Europe communique mal ?

« Ce n’est pas qu’une question de communication. C’est un problème français qui repose sur la contradiction que je viens d’évoquer et qui est due à notre culture dominante. Cette culture plus éloignée de l’économie réelle que celle certains de nos voisins a une autre conséquence : le sentiment général en France est pessimiste, car la culture dominante est protestataire, et elle a tendance à voir peu d’éléments positifs. Et s’agissant de l’Europe pourtant, ce sont les français qui ont fait largement l’Europe d’aujourd’hui. Cette construction a reposé sur un large consensus droite-gauche comme dans tous les autres pays européens. »

  1. Question : faudrait-il une Fédération européenne à l’image de la Suisse ?

« Je suis favorable à un Fédéralisme européen, mais l’Europe n’est pas l’Amérique avec ses Etats, ni la Suisse avec ses cantons. La fierté nationale est en Europe sans équivalent. La quasi-totalité des capitales européennes a été à un moment de son histoire « capitale du monde ». Le modèle américain n’est pas le bon pour nous, la France n’est pas la Floride et l’Allemagne n’est pas le Texas. Le modèle suisse ? Pourquoi pas, mais nous allons évidemment créer un concept réellement nouveau. Ce que l’Europe a tenté il y a 70 ans est sans égal dans le monde. Et aujourd’hui, en Europe, nous avons encore plus de raisons de nous unir qu’en 1950 quand nous étions à la recherche d’un grand marché à la taille de celui des Etats Unis. Car aujourd’hui en sus des Etats Unis, de nombreux pays émergents ( Chine, Inde, Brésil, Mexique, Indonésie, etc…) sont d’immenses marchés uniques à monnaie unique et créent une constellation de grandes puissances potentielles et réelles sans commune mesure avec l’état du monde en 1950.»

J’ai alors ajouté que je partageais très exactement cette analyse. Le Fédéralisme européen devait être spécifique. Il devait reposer sur une large Décentralisation régionale, des Régions dotées de pouvoirs généraux avec toute possibilité de s’associer entre elles, sur le maintien des Etats, pour les affaires concernant l’ensemble des citoyens nationaux, comme la langue, l’Education et la Culture, et la représentation à l’échelle fédérale de l’Union où se traiteront les affaires qui concernent tous les européens : défense, relations internationales, finances, sécurité…

Et J.C. Trichet d’ajouter : « Certes, ce sera difficile, car l’Allemagne ne veut pas encore d’armée…Et pourtant, on y arrive…Personne n’imaginait qu’il y aurait un accord pour que la Commission européenne réalise un emprunt de 750 milliards d’euros. C’est fait. La décision vient d’être prise.»

  1. Question concernant la Jeunesse : « Avez-vous pris connaissance des manuels d’Economie utilisés dans l’Enseignement ? »

« Malheureusement, oui. Les manuels en France sont très orientés vers la macroéconomie, et l’idée qu’une entreprise ou une entité quelle qu’elle soit doit à son échelle être équilibrée, profitable et satisfaisante pour ses salariés, ses clients et ses apporteurs de capitaux est absente ! »

  1. Question : « L’inflation ne génère-t-elle pas de l’espoir ? »

« NON. Je ne crois pas : l’inflation est très dure pour ceux qui ne peuvent pas s’en protéger. Quand on est au bas de l’échelle sociale, on est abattu par l’inflation. Ce n’est pas par hasard qu’elle est extrêmement impopulaire. L’inflation n’est pas une bonne chose ».

3

On trouvera ci-après le texte qu’a bien voulu m’adresser un participant, Jean Glémet, en résumé de notre Session. On le trouvera intégralement car il permettra à chacun de juger comment cette Session a été interprétée en dehors de moi. Deux témoins valent mieux qu’un … Je remercie vivement J.Glémet de son initiative.

« Confrérie du Cognac

Très bonne idée d’entendre des voix autorisées nous parler de la situation économique en France, en Europe … et dans le monde. L’épidémie de coronavirus (toujours en cours), a précipité bien des choses et imposé des mesures d’urgence conséquentes … 

Dans le cadre de la Confrérie du Cognac, Gerard Montassier a choisi Jean Claude Trichet, ancien gouverneur de la Banque de France de 1993 à 2003, et Président de la Banque Centrale Européenne de 2003 à 2011, pour nous parler de cela. 

Ce fut un moment assez extraordinaire et surprenant, pas de langage convenu, ni de « politiquement correct » trop souvent devenu la norme de la communication politique actuelle. Rien de tout cela, mais l’analyse tout à la fois claire, lucide et responsable de la situation.
Il y a de nombreux enseignements à tirer de cet entretien privilégié.

 En quelques phrases, le résumé de l’intervention de Monsieur Trichet : « Confrontés à une situation exceptionnellement grave, des mesures d’urgence utiles ont été prises. L’effondrement a été évité. Le pire n’est jamais certain, mais il reste toujours possible.  Tout reste à faire ». 

Un résumé est toujours partial et parcellaire, on ne retient majoritairement que ce qui nous touche. J’essaierai cependant de rapporter le plus précisément ce que M. JC Trichet  a dit, tout au moins ce que j’ai retenu … 

La situation peut se résumer en 4 points : 

– une crise majeure due à l’arrêt quasi total de l’activité économique mondiale due au coronavirus, 

– des banques centrales accommodantes qui ont répondu à l’urgence par des mesures importantes de circonstances, 

– un climat économique et financier paradoxal, lourdement endetté, où l’on observe pour le moment ni inflation ni déflation. 

– attention, cette situation exceptionnelle n’apparaît pas soutenable à long terme parce l’abondance de liquidités ne garantit pas que les fonds seront bien utilisés. 

L’argent facile dans le cadre d’un endettement accru est justifié par l’urgence, mais ne doit pas être considéré comme une chose naturelle ou normale … 

Il faut prendre en compte le contexte d’avant la crise du corona-virus, caractérisé par un niveau d’activité économique déjà anormalement bas, avec une inflation elle même très basse, des taux d’intérêts extrêmement réduits, voir négatifs, des progrès de productivité restés faibles depuis 2005, bien que les prix aient globalement tendance à diminuer. Cette situation pouvant paradoxalement conduire à un risque non négligeable d’implosion déflationniste, alors de l’afflux de liquidités fait craindre un risque d’inflation. 

Suite à la pandémie du coronavirus, la réaction des Banques Centrales fut quasi immédiate. Un consensus mondial a été trouvé. Cette action commune a permis d’imposer des mesures d’urgence au regard des désordres économiques majeurs observés. Il faut dire que le souvenir du traitement de la crise des subprimes de 2008 a certainement servi à mieux affronter la crise de 2019. 

La situation n’en reste pas moins préoccupante. On note une baisse sensible des progrès de production, et dans un même temps, un niveau anormalement faible des hausses des prix des produits finis, des biens et des services, tout ceci créant la perspective d’une possible matérialisation du risque de déflation.  

La signature des Banques Centrales reste cependant aujourd’hui ultra-crédible. C’est rassurant mais cela ne va pas sans risques. L’émission massive de liquidités, les taux bas, l’économie atone, la politique accommodante, tout cela ne doit pas effacer la dangerosité extraordinaire de l’argent disponible trop facile. Comment cantonner les aides aux seuls investissements productifs ? Comment éviter les aides accordées aux entreprises non compétitives ? Il faut définir des priorités, des zones d’actions, par exemple la lutte contre le réchauffement climatique, mais pas seulement, sachant que rien ne sera jamais suffisant, il faut faire des choix, retenir les mesures les plus utiles, les plus efficaces pour accompagner les politiques européennes définies par la Commission. Contrairement à une opinion répandue, le souci du plein emploi ne s’oppose pas à celui de la stabilité des prix. Aujourd’hui tout le monde crie pour sauver ses avantages particuliers, America First, China First, Turkey First, et pourquoi pas Europa First … mais c’est impossible et dangereux dans une mondialisation où chacun a besoin des autres, et où tous doivent aussi défendre leurs intérêts stratégiques majeurs. On pense à l’industrie pharmaceutique. Dans plusieurs domaines, le Covid a révélé des abandons industriels stratégiques majeurs. Il faut y réfléchir sereinement … 

Question : Vous vantez le caractère pragmatique des ouvriers allemands et condamnez celui revendicatif des ouvriers français … Comment voulez vous qu’il en soit autrement quand les ouvriers français perçoivent en pratique un chômage équivalent à celui qu’ils obtiennent en travaillant ? Les problèmes de l’entreprise ne sont pas les leurs !

Réponse : Bien sûr, il y a responsabilité commune, mais il restera toujours plus facile de négocier objectivement avec des salariés allemands qu’avec des salariés français. C’est une question de culture dominante nationale liée au fait que les moyennes entreprises exportatrices sont beaucoup plus nombreuses en proportion en ALLEMAGNE … On ne le redira jamais assez : La hausse des salaires n’est pas toujours profitable au maintien des emplois. Et cela est difficile à comprendre dans le contexte culturel français

Question : Au sujet du Plan de Relance, vous incitez sur les mesures favorables à l’écologie. C’est une préoccupation importante, mais quel peut-être son impact face à une population mondiale qui ne cesse d’augmenter ? 

Réponse : Je n’ai jamais nié l’importance du problème, je me suis même attaché à le mettre en avant. Il ne doit pas y avoir de sujet tabou et pour bien choisir il faut d’abord bien connaître l’ensemble du sujet. La surpopulation fait courir des dangers majeurs à la planète, il faut le dire et je m’y emploie. 

Question : Vous semblez sévère avec la Grande Bretagne et sans grands regrets pour le Brexit, mais comment l’Europe peut-elle réellement fonctionner sans la Grande Bretagne ? C’est quand même plus essentiel que l’Albanie ou la Macédoine, dont l’Union Européenne continue à faire une priorité en plein Covid, non ? 

Réponse :  N’exagérons pas, l’Angleterre a souvent fait cavalier seul. Mais depuis le départ du Général de Gaulle, l’Angleterre a toujours été bienvenue en Europe ! Et aujourd’hui, tous les pays européens sans exception souhaitent qu’elle reste. C’est elle qui part contre la volonté de tous les pays européens ! Je regrette évidemment ce départ dont les conséquences sont très négatives pour le Royaume Uni et à moindre titre dommageables pour l’Europe dans son ensemble. 

Ma Conclusion sur ces deux journées tient en 4 points :

  1. Elles nous ont éclairé sur les problèmes français et leur évolution depuis le XVIIème Siècle.

Ils étaient locaux, nationaux, européens au XVIIème Siècle. Ils concernaient alors l’organisation de l’Etat-nation indépendant et la conception d’une paix européenne organisée entre ces Etats, avec déjà aussi l’importance de l’argent dans la vie publique et sociale. Le rôle politique de la Religion et de l’Eglise recule, car les antagonismes religieux créent alors la guerre civile et alimentent les conflits internationaux. Un constat toujours valable.

En revanche, c’est la plus grande période de la Culture européenne, pour la science, les arts, et l’exploration de la condition humaine.

Aujourd’hui, ce qui domine, c’est la mondialisation, qui est double. Elle est à la fois un fait, incontestable, car notre vie dépend dans la plupart de ses aspects de relations avec un espace mondial, et non plus seulement local et européen, et s’organise par rapport à cet espace. Et la mondialisation est une forme d’organisation récente – après 1945- et pleine de troubles, plus ou moins avancée selon les secteurs, le secteur financier étant sans doute le plus mondialisé.

  1. Ces deux journées nous ont également montré le rôle éminent de la finance à notre époque et notamment ce jeu fondamental et complexe entre inflation et déflation.

Il implique à la fois le monde de la finance, celui de la production et celui de la Politique des Etats. On y retrouve l’investisseur, le banquier, et le gestionnaire public. On y constate le rôle éminent de la technologie en rapide évolution, qui devra concilier progrès et rentabilité, et le rôle non moins éminent de la main d’œuvre, partagée, elle, entre souci de l’emploi et lutte pour le pouvoir d’achat.

Il est clair que les Banques Centrales et les Gouvernements ont pris les mesures adaptées à la situation actuelle pour éviter un effondrement économique et social dans une situation déjà fragile et bouleversée de surcroit par la pandémie. Mais aujourd’hui il est évident que la vigilance doit s’exercer envers le risque de déflation qui ruinerait la confiance en l’avenir de l’économie, et qui risquerait de conduire à la suspension des financements accordés aux économies les plus fragiles, comme on l’a vu en 2008-2009 quand la Grèce, le Portugal et l’Irlande n’ont plus trouvé de prêteurs pour financer leurs emprunts. On risquerait alors une crise pire qu’en 1929.

3.La France est à part aujourd’hui sur quelques points essentiels dans ce monde.

– Elle a préféré la hausse des salaires – du pouvoir d’achat- à la création de l’emploi. D’où un chômage supérieur à la moyenne.

– Elle n’a pas veillé à la rentabilité de ses entreprises.

– Elle n’a pas su préserver et développer ses points forts : la politique de recherche dans le domaine de la santé, d’où le fait qu’on se trouve bien démuni face au Covid 19 ; le nucléaire, qui nous approvisionne régulièrement en électricité sans pollution, d’où la faute que constitue la fermeture de Fessenheim, et la menace qui pèse sur notre industrie aéronautique : il faut moins d’avions.

Nous avons à juste titre pris conscience de l’urgence de la transition énergétique, mais en gaspillant beaucoup de ressources dans des dispositions démagogiques, comme la prime à la réparation des vélos ou à l’isolation des caves et des greniers. Et en accueillant les ignobles éoliennes, largement importées, peu efficaces, destructrices des paysages, et malfaisantes pour la faune locale.

  • Elle a enfin abandonné son rôle de pôle culturel mondial. Paris était encore dans les années 50 le premier marché de l’art au monde, supplanté par Londres à partir de 1960, en raison de l’interdiction faite aux grandes Sociétés étrangères de vente aux enchères d’exercer sur le territoire métropolitain. Jusqu’en 1980, notre capitale a été l’un des principaux foyers d’accueil et d’illustration des grandes productions mondiales et de leurs créateurs, et Cannes le plus grand Festival mondial du film. La crise culturelle liée à la pandémie marquera le point le plus bas de notre effondrement.

Le tournant pris par Lang en 1981 nous a valu la perte des Festivals Internationaux de Royan et La Rochelle, de réputation mondiale, remplacés par les Francofolies et la Fête de la Musique, le show business remplaçant les arts trop élitistes. Certes le show business a parfaitement droit de cité, mais pas aux dépens de la Culture. Et Lang a mis fin à la politique contractuelle entre l’Etat, les Régions et les Villes qui reposait sur des « Chartes culturelles » et le FIC (Fonds d’intervention culturel) qui ont été supprimés. On ne s’est pas relevé, comme on le voit.

Un espoir a été relancé quand sont apparues les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). La culture allait trouver d’autres formes, puissantes, de diffusion ce qui attire toujours les créateurs. Et l’Europe avait les Sociétés capables de soutenir une stratégie de développement technologique, ne serait-ce qu’avec Alcatel et Siemens. Mais Sarkozy et Fillon ont cédé à la CGT qui attaquait les novations informatiques, sous le prétexte qu’elles détruisaient des emplois ! Nous devons maintenant passer sous les fourches caudines des GAFA. Ce qui a ruiné sous mes yeux un projet de Guide de la vie culturelle européenne réalisé à 80%.

Il ne semble pas que l’on prépare un grand effort pour redresser la situation. Nous sommes au point mort. Quand le Président de la République adresse une Lettre aux chefs d’Etats des 27 membres de l’Union européenne, pour la relance du projet européen, la Culture n’est même pas mentionnée. Le mot a même disparu !

Et pourtant la Culture est fondamentalement l’exploration approfondie de la réalité passée et présente, pour la comprendre et la faire évoluer, par les différentes formes d’art

et de savoir. On ne peut s’en passer : l’Europe l’avait compris au XVII ème Siècle.

D’où notre projet d’Académie européenne de la Culture ici développé, qui peut être un moyen majeur de ranimer à partir de la France la culture européenne.

  1. Finalement dans une période où la mondialisation s’affirme en multipliant les conflits à son échelle, en se fracturant entre puissances ou mouvances nationalistes et agressives – Chine, Etats Unis, Turquie, Puissances islamistes, Inde, Brexit…- avec des tentatives de déstabilisation par tous les moyens, et dans tous les domaines, économique, financier et culturel- il est clair que c’est dans la poursuite de la construction d’une Union européenne que se trouvent notre avenir, la solution de nos problèmes nationaux et la protection contre les défis que nous propose la mondialisation, qu’elle soit heureuse, comme on l’a cru un moment, ou dangereuse comme on la voit aujourd’hui, mais en tout cas inéluctable.

La mondialisation, en effet, sauf à tourner au suicide, devra inventer une forme d’organisation politique, économique, financière et culturelle, après notre période de fractures et de conflits.

Dans ce domaine, c’est l’Union européenne qui montre la voie, avec une organisation inédite qui a assuré la paix après des siècles de conflits. Du jamais vu. L’Union doit donc se renforcer sans cesse et se garder aujourd’hui de trois dangers : l’immigration islamiste, la Chine et sa prédation technologique, et les Etats Unis, principalement, avec leur effondrement culturel et social, qui les conduit à toutes les formes d’agressivité, envers les européens notamment, qui en font aujourd’hui les principaux adversaires de l’Union. On le voit dans leur stratégie du Brexit et de division de l’Europe en voulant négocier avec les Etats, et non l’Union, pour profiter de leur supériorité écrasante envers chacun de nos Etats pris séparément, mais non de l’Union dans son ensemble. A ne jamais oublier.