Malgré les difficultés, les superficies en vigne ont bien progressé depuis l’Antiquité. Durant le Moyen Âge, les surfaces plantées gagnent toute la façade atlantique et les îles. La Basse Saintonge et le pays de Saint-Jean d’Angély deviennent un important pôle de production et d’expédition grâce à la Boutonne. Les conflits entre la France et l’Angleterre, les rivalités politiques au sein des familles royales ne favorisent pas le développement économique durant plusieurs décennies. Il faut laisser passer les guerres de religions pour que les échanges renaissent. A la fin du XVIIe siècle, la relative stabilité intérieure de la monarchie et la mise en place de nouvelles structures administratives favorisent l’essor du commerce. A la faveur de la demande parisienne et étrangère, les expéditions d’eaux de vie charentaises s’organisent. Malgré des conditions climatiques difficiles et quelques conflits européens, les ventes progressent. Cognac devient une importante place commerciale grâce à la Charente qui permet d’acheminer les eaux de vie vers les ports d’estuaire : Tonnay-Charente et Rochefort.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l’intérêt du vieillissement des eaux de vie en fûts de chêne est reconnu et mis en valeur. Les négociants pour répondre aux exigences de certains acheteurs proposent des fabrications rassises et de plus en plus de « Champagne » à la place de celles de l’année et de qualité ordinaire. Les terroirs du Cognaçais supplantent ceux de l’Aunis et de Basse Saintonge par la finesse de leurs productions.

La Révolution et l’Empire constituent une rupture dans les expéditions, le marché intérieur européen est loin de s’ouvrir ; le blocus continental et la lutte contre l’Angleterre ne favorisent que la contrebande. Il faut attendre la Restauration et la Monarchie de Juillet pour voir renaître l’essor commercial. En quelques décennies, pour faire face à la demande, des campagnes de plantation se développent, des records d’expédition apparaissent sous le Second Empire avec l’essor du chemin de fer, de la navigation à vapeur et de la signature de traités de commerce. Le vignoble charentais connaît un premier âge d’or seulement perturbé par la guerre franco-prussienne de 1870-71. La richesse se matérialise dans les campagnes viticoles par la construction de belles fermes à cour fermée et de maisons de maître au toit d’ardoises.