A Bassac, le 28 juin 2020

Chère Annie, cher Gérard, mesdames, messieurs, chers amis,

Comment vous remercier de l’initiative de ce quizz ! Y répondre fut pour moi un rare aspect positif de ce confinement qui, pour reprendre une expression du professeur Péronne, nous a été imposé par cette remarquable conjonction de l’arrogance et de l’incompétence qui caractérise, entre autres, notre politique de santé, sans oublier la corruption pour faire un tryptique. Nous savons tous qu’un Cognac bien tassé est le meilleur antiviral, et qu’un Cognac Schweppes contient des traces de quinine, dont la molécule active est présente dans un célèbre anti paludéen la Nivaquine, prise des milliards de fois par des voyageurs tropicaux, avant d’être classé « produit dangereux » en janvier dernier. J’espère ne pas être dénoncé pour cette infraction à la loi Evin dont, rappelons-le, le conseiller s’appelait Cahuzac. J’avoue avoir aggravé mon cas en diffusant une prise d’écran de CNN rappelant que l’alcool était efficace contre le coronavirus.

Ce quizz fut donc une excellente motivation pour des révisions scolaires faites avec plaisir, plus quelques découvertes. Certaines réponses permettaient en outre de se rapprocher soit de l’histoire de Cognac, soit du contexte sanitaire. Un lien avec Cognac m’a d’ailleurs conduit à une réponse ambigüe, car elle n’est pas celle du jury, de plus j’avais mentionné ce lien dans un livre sur la fin de l’Empire romain d’occident paru en 2007, revu et réédité en 2014. Cela étant j’argumenterai en disant que la recherche d’une citation est un exercice parfois un peu flou, car certaines phrases ont pu être prononcées par bien des auteurs ; pour citer un vieil ami, « je ne sais pas si cette phrase est de Lénine ou de Félix Potin ». Il y a quelques années, partant du principe que la « géographie commande l’histoire », j’ai cru en pensant que « l’histoire serait une géographie du temps » avoir une idée originale avant de m’apercevoir qu’Elisée Reclus l’avait déjà écrit. Soit dit en passant, j’ai constaté depuis bientôt un demi-siècle que la lecture de sa Géographie Universelle est toujours pertinente, y compris sur le Cognac.

La recherche de la dernière citation sur la ville de cognac m’avait conduit à rechercher dans les « poètes du terroir » et à retenir un texte d’Octavien de Saint-Gelais, mais ce n’était pas tout à fait cela, et finalement c’est par le site de la « Confrérie » que je suis arrivé à Etienne Pasquier ; j’ai demandé à mon bouquiniste préféré de me procurer ses « Recherches sur la France ». Félicitons là encore les auteurs du quizz, cet Etienne Pasquier de la Renaissance autant que son homonyme du XIXe siècle mériterait d’être plus connu, notamment par ses réflexions politiques.

La citation de Talleyrand sur la dégustation du cognac est célèbre mais m’a conduit à de longues recherches, pour en arriver à la conclusion qu’elle est très certainement apocryphe, à moins peut-être qu’elle ne se fut appliquée à une dégustation du vin de Haut-Brion, dont Talleyrand fut brièvement propriétaire sous le Consulat ; point de vue bordelais, à ne pas négliger.

L’histoire du Cognac reste un sujet. Le cognac est un produit spéculatif ce qui emporte parfois des épisodes fracassants. Dans une vision chabrolienne, il n’est pas fortuit que Cognac soit le lieu d’un festival du film policier. Ainsi, dans une émission de Stéphane Bern consacrée à Marie-Antoinette, j’ai pu voir présenter un intervenant, titré « comte », comme descendant d’un ministre de Louis XVI dont il est notoire que les fils n’ont pas eu de postérité, mais qui me faisait penser irrésistiblement à un fait divers retentissant du Cognac des années 1930. Récemment, dans une encyclopédie du Cognac une rubrique consacrée aux propriétaires-récoltant commence avec justesse par notre amie Annie dont la production est mondialement connue et appréciée, mais l’article se termine par une pure imposture, le domaine auquel il est fait référence ne remonte pas à 1665 (après Jésus-Christ certes) par un Louis qui en l’occurrence ne vaut pas un kopek, mais à un achat de 1937, tout cela a aujourd’hui disparu dans un tir de chevrotine qui me fait dire qu’à Saintes on pourrait faire des expertises balistiques dans des urnes funéraires … cela s’est passé quasiment sous mes yeux dans mon terroir de bons bois. Le photographe ne fait pas l’historien, trop de complaisance devient complicité.

Je conseille tout bonnement l’annuaire des marques de vins et eaux de vie publié il y a quatre-vingt ans par l’INAO. Pour rester dans une histoire sérieuse le dernier numéro de la Saintonge littéraire est à lire. Aymeric de Montault y retrace l’histoire des Cognac Rouyer-Guillet avec sérieux et objectivité en la resituant bien dans son contexte général. A ce titre cet article est exemplaire, et de plus d’une lecture agréable.

En alliant avec beaucoup de justesse le Cognac, l’Histoire et la Littérature, ce quizz pourra fonder de solides et sérieuses réflexions pour mieux aborder un avenir éclairé par la connaissance de notre passé, pour reprendre la formule d’un grand amateur de Cognac que vous avez tous reconnu… c’est mon petit quizz final.

A Bassac, le 28 juin 2020

Georges-André Morin