MAI 68 : POUR QUI SONNE LE GLAS ?

                                                                                                                             Gérard Montassier

« La vérité est fille du temps » selon Siri, l’historien italien du XVII ème siècle. Tel est en effet l’apport irremplaçable de l’histoire qui recueille les événements, toujours difficiles sinon impossibles à interpréter, sauf quand le temps a permis d’explorer les événements antérieurs- qui ne sont pas toujours des causes- et les événements postérieurs – qui ne sont pas toujours des conséquences- mais qui donnent toujours un éclairage et parfois un sens.

UN EVENEMENT MEDIATIQUE SANS MESSAGE CLAIR

Mai 68 fut d’abord un événement médiatique. Le reportage photographique et ses relais à la télévision se sont imposés dans les esprits et les mémoires : on a vu les étudiants face aux CRS, et les barricades apparaissaient sur les écrans à l’heure du dîner dont elles venaient rompre heureusement la monotonie. Nous n’avons pas de reportage du 10 août 1792, ni des Trois glorieuses de 1830. Nous avons des photos de Cohn Bendit, pas des révolutionnaires que Victor Hugo nous décrit dans les « Misérables », ni des morts de la Commune en 1871. Mai 68 nous renvoyait d’abord à quelques pages héroïques de notre histoire, et nous nous laissions entraîner par ce rêve d’autant plus que nous ne pouvions pas avoir mauvaise conscience : nous n’avons eu qu’à déplorer 5 à 7 morts, mais plus de 30.000 en 1871, et des centaines de milliers lors de la Révolution de 1789. Mai 68 n’a pas été une guerre civile comme les Révolutions précédentes. On voyait même sur les barricades des fils d’ouvriers au coude à coude avec des fils à papa du XVIème, et faire un tour sur les barricades, en robe du soir, après une fête, n’était pas pour déplaire à quelques jolies femmes, avant de retrouver leur lit, seules ou pas. Sous les images dont se rassasiaient les médias et leur public, y avait-il un message ? Il n’était pas clair.

Sous les images, quelle réalité cachée ?

UN CRI D’ANGOISSE ET DE SOUFFRANCE DEVANT UN CHANGEMENT DE SOCIETE

Mai 68 fut d’abord un événement médiatique. Le reportage photographique et ses relais à la télévision se sont imposés dans les esprits et les mémoires : on a vu les étudiants face aux CRS, et les barricades apparaissaient sur les écrans à l’heure du dîner dont elles venaient rompre heureusement la monotonie. Nous n’avons pas de reportage du 10 août 1792, ni des Trois glorieuses de 1830. Nous avons des photos de Cohn Bendit, pas des révolutionnaires que Victor Hugo nous décrit dans les « Misérables », ni des morts de la Commune en 1871. Mai 68 nous renvoyait d’abord à quelques pages héroïques de notre histoire, et nous nous laissions entraîner par ce rêve d’autant plus que nous ne pouvions pas avoir mauvaise conscience : nous n’avons eu qu’à déplorer 5 à 7 morts, mais plus de 30.000 en 1871, et des centaines de milliers lors de la Révolution de 1789. Mai 68 n’a pas été une guerre civile comme les Révolutions précédentes. On voyait même sur les barricades des fils d’ouvriers au coude à coude avec des fils à papa du XVIème, et faire un tour sur les barricades, en robe du soir, après une fête, n’était pas pour déplaire à quelques jolies femmes, avant de retrouver leur lit, seules ou pas. Sous les images dont se rassasiaient les médias et leur public, y avait-il un message ? Il n’était pas clair. Sous les images, quelle réalité cachée ?

UN CRI D’ANGOISSE ET DE SOUFFRANCE DEVANT UN CHANGEMENT DE SOCIETE

Mai 68 a-t-il fait partie du folklore français ? Un charivari médiéval d’étudiants complété par une grève ouvrière classique depuis l’entrée dans la société industrielle ? Mais alors si nous sommes dans le folklore, pourquoi distinguer à ce point Mai 68 par rapport aux événements du même genre ? Parce que Mai 68 est révélateur d’une souffrance et d’une angoisse devant un changement de société qui n’est pas compris et, à plus forte raison, qui n’est pas maîtrisé.

« La France s’ennuie » titrait dans « Le Monde », celui qui sera son très remarquable rédacteur en chef, Pierre Viansson Ponté. C’était vrai. Mais l’ennui n’était qu’un symptôme préliminaire à l’angoisse. On s’ennuie de la monotonie d’un monde qui offre beaucoup, de plus en plus de produits à consommer, mais qui refuse l’essentiel : des perspectives d’avenir. D’où l’angoisse devant ce monde très opaque. « No future » est aussi un slogan de Mai 68. Dès lors le dilemme est simple : ou cette société offre à sa jeunesse la possibilité de s’y faire une place, ou il ne reste plus à cette jeunesse que la voie de la révolte. C’est en cela que Mai 68 est profondément différent des autres manifestations du folklore français. Et il y avait de quoi s’angoisser. On nous parlait de la grandeur de la France ; le chef de l’Etat nous rappelait que l’héroïsme de nos pères avait conduit la France à se retrouver parmi les vainqueurs de la dernière guerre mondiale. Mais on voyait plus, dans ce pays victorieux, les

traces et les ruines de la guerre que les fruits de la victoire, et nous avions vu nos parents travailler dur à la reconstruction. Or les guerres n’étaient pas finies : la décolonisation avait pris le relais. Dans ces nouvelles guerres, on pouvait difficilement parler de victoire : les uns disaient à la jeunesse qu’on avait lâchement bradé notre Empire et notre grandeur, les autres, que les abominables guerres coloniales nous avaient discrédité dans le monde. Mais dans les deux cas, la même conclusion réaliste s’imposait : il ne fallait plus rêver d’une carrière outre-mer.

D’autre part, dans l’entreprise de modernisation de la France, le Gouvernement, à partir de 1960, a mis à l’ordre du jour une profonde réforme de l’Education nationale : on allait entrer dans l’époque de l’Education de masse. En 1960, 11% d’une classe d’âge avait passé le bac. 50 ans après, étape par étape, on vise 80%. Mais a-t-on construit les collèges, les lycées, les Universités pour accueillir cette nouvelle vague d’élèves issue des générations plus nombreuses ? A-t-on recruté les enseignants en nombre suffisant ? Les a-t-on formés pour enseigner à des publics de jeunes qui ne trouvaient pas, en famille, les adultes susceptibles de répondre à leurs questions ? Dès lors la jeunesse s’est divisée en trois groupes : ceux qui étaient protégés par leur famille sur le plan culturel et financier, ceux qui réussissaient dans les filières d’excellence menant aux grandes écoles, ceux qui ne se voyaient pas d’avenir dans des amphithéâtres bondés, où ils ne peuvent pas poser de question, où les professeurs, à de rares exceptions près, dévident leur cours puis s’en vont. Ceux qu’on a parfois fort injustement traités de « mandarins ». Il y a là toute une jeunesse, issue du peuple mais aussi du XVI ème, qui ne se voit aucun avenir dans cette galère. A la Sorbonne en 1968, l’échec était pour beaucoup inévitable. Et à Nanterre ? Ce sont les étudiants en sociologie et en psychologie qui ont mené la révolte. Ils sentaient bien que la sociologie qu’on leur enseignait ne comprenait rien à la société, que la psychologie qu’ils étudiaient ne comprendrait jamais rien à l’être humain, sociologie et psychologie issues du scientisme du XIX ème siècle et de ses idéologies. Et il était surtout clair que les employeurs ne se précipitaient pas pour recruter les diplômés de ces filières. Le savoir aussi était en crise. Etudier pour comprendre le monde et trouver un emploi, mais échouer dans les deux cas : il y avait de quoi devenir « enragés ». C’est ainsi qu’on a d’ailleurs appelé ces jeunes révoltés.

La révolte universitaire eut aussi sa dimension sociale et sexuelle. Sociale ? Tout être humain souhaite un minimum de respect, sinon plus. Le cadre veut le respect de ses ouvriers ; le patron de ses cadres ; et l’ouvrier de son travail ; le grand bourgeois de ses codes et de son milieu ; le petit bourgeois tient encore plus à marquer ses différences qu’il les sent menacées. D’un côté, l’exigence hiérarchique, de l’autre, l’exigence de considération. Dans une période de mutation l’affrontement était inévitable. Il a donc eu lieu avec une forte revendication égalitaire.

Et sur le plan sexuel…Il y avait les mêmes distances. Les filles de la bourgeoisie avaient toujours la ressource d’aller se faire avorter à l’étranger, si les précautions d’usage avaient échoué. La hantise de la fille mère rejetée, chez les femmes, et source d’ennuis sans fin chez les garçons, cette hantise a porté la révolte sexuelle, qui proclamait à la fois la liberté de l’amour pour tous, et le droit à la contraception- la fameuse pilule- et à l’avortement. Il fallait également changé les lois dans ce domaine. Et la jeunesse ouvrière ? Elle venait des campagnes, qui se dépeuplaient, pour vivre dans des villes où ces jeunes ne trouvaient pas le même environnement familial, où leur logement était déprimant, et les conditions de travail parfois affreuses. La sidérurgie dominait alors le monde industriel. J’ai visité quelques usines sidérurgiques en 1965, au Creusot, par exemple. C’était l’enfer de la chaleur et du bruit. A l’époque les trains étaient ponctuels : ils avaient du mérite. La machine à vapeur au charbon était loin d’offrir le confortable cockpit des TGV. Le monde ouvrier avait aussi ses motifs de révolte : à l’époque, ils paraissaient moins proches des problèmes étudiants qu’ils ne paraissent aujourd’hui. Alors les deux révoltes ne se sont jamais vraiment rejointes. En fait, c’était la même absence de perspectives d’avenir.

LE DESARROI ABSOLU DU MONDE POLITIQUE

En démocratie, le monde politique comporte au moins deux camps : le Gouvernement et l’opposition, laquelle se fragmente souvent en clans irréconciliables. C’est ce que l’on a vu tout particulièrement en Mai 68. Avec des conséquences jusqu’à aujourd’hui. D’où cela vient-il ?

Mai 68 n’a pas été un météore surgi par surprise du fond du ciel.

En 1963, la grève des mineurs avait secoué la France, et fortement ébranlé le prestige du Général de Gaulle : la réquisition des grévistes était restée lettre morte. Lors de l’élection présidentielle de 1965, De Gaulle avait été mis en ballotage au premier tour à la grande surprise du monde politique. En 1967, les élections législatives n’avaient donné qu’une courte majorité au Gouvernement. Le malaise était pesant, et le slogan « 10 ans, c’est trop » l’exprimait sans ambiguïté. L’entrée de Jean Moulin au Panthéon et le discours de Malraux nous renvoyaient à une autre époque. Et la politique étrangère du Général- l’orfèvre en la matière et le garant de notre rôle dans le monde- cette politique étrangère ne paraissait plus recueillir de grands succès.

En Europe, les difficultés s’accumulaient. Le Traité de l’Elysée de 1963 qui scellait la coopération franco-allemande avait été doté unilatéralement par le Gouvernement du nouveau Chancelier Ehrard, d’un préambule atlantiste à la grande fureur du Général. La Grande Bretagne frappait à la porte de l’Union, que le Général refusait d’ouvrir. Et à Luxembourg, il avait pratiqué la politique de la « chaise vide ». Finalement, la politique européenne n’offrait pas – ou pas encore – de réelle solution alternative au malaise national. C’était trop tôt. Dès lors, la politique européenne ne fut pas en première ligne dans les événements de Mai 68. Ce fut probablement une chance pour elle.

Enfin, la France se retirait de l’organisation militaire de l’OTAN, ce qui tendait nos relations avec les Etats-Unis et les plus atlantistes de nos partenaires européens. La grandeur s’exprimait de plus en plus dans la solitude. Et dans l’aveuglement face à une société en souffrance.

En mai, ce Gouvernement fut pris par surprise, au point d’être plusieurs jours sans réaction devant les désordres étudiants et la grève ouvrière. Plus grave encore : il se liquéfia. J’avais entamé ma carrière au Quai d’Orsay en 1967 à la Direction des Affaires politiques, en charge de la Suisse, de l’Autriche et de la politique étrangère de l’Allemagne fédérale. En mai 68, pendant plusieurs jours, pas de Ministre, pas de Secrétaire Général, pas de Directeur des Affaires politiques…leurs bureaux étaient vides et les portes ouvertes. Une Administration abandonnée à elle-même. La disparition du Gouvernement a précédé celle du Chef de l’Etat le 29 mai.

Et dans l’opposition, que se passe-t-il alors?

Elle organise le meeting de Charléty avec Mendès France, et Mitterrand se propose à la succession du Général. Aucune suite.Quant aux révoltés…C’est le règne de la discorde. La CGT et le Parti Communiste poussent à la grève, mais pas au changement de régime. Les maoïstes, eux, veulent une Révolution. Elle devra être libertaire, tiers-mondiste et marxiste. Mais ils dénoncent sans arrêt « les crapules staliniennes ». Les communistes de stricte obédience dénoncent, eux, « la racaille maoiste » ou «la racaille  trotskiste ». Certes, ils se rassemblent autour du slogan « Révolution », qui recouvre trois idées identiques: la fin du capitalisme, la destruction de la « société bourgeoise » et la lutte contre « l’impérialisme américain ». Mais chacun a son propre modèle et sa tactique particulière. Et surtout, ils n’ont pas su gagner l’opinion à leur cause. Ils voulaient la fin de « l’argent Roi » mais proposaient la « dictature du prolétariat ». La France n’a voulu ni Roi ni dictateur. La « Révolution » resta un slogan. La disparition, 20 ans plus tard, de l’Union soviétique et de la société communiste, la transformation de la Chine en une dictature qui s’accommode parfaitement des pratiques capitalistes, et qui n’hésite pas à écraser sous les chars toute manifestation, même étudiante, ces événements ont mis fin à vingt années de mythe révolutionnaire. Et de fait, les leaders de la Révolution marxiste, quelle que soit leur origine, n’ont jamais fait la moindre carrière politique ou administrative, en France, sauf à renier leurs idées, et à devenir les courtisans zélés de la République bourgeoise qui, une fois rétablie, leur a offert des emplois, et des postes, essentiellement dans l’Université, dans la politique, dans les médias, et dans la nébuleuse des professions de « chercheurs », « experts » et « intellectuels » divers.

Que reste-t-il de l’aventure?

UNE SOCIETE AUX FRACTURES TOUJOURS OUVERTES

La gauche qui a dominé les événements de Mai 68 en est sortie divisée en factions haineuses, dont beaucoup sont en voie de disparition, ou très affaiblies. Mais la droite ne s’en est pas tirée plus glorieusement.

Un an après le triomphe électoral de juin 68, le Général de Gaulle quitte le pouvoir sur un référendum perdu relatif à une organisation plus décentralisée des Institutions. Il est remplacé par le désastreux Pompidou. Sous l’influence de Juillet et de Garraud, les nouveaux Concini, nous avons assisté à la mise en orbite de Chirac, et au renvoi de Chaban, qui, avec Delors et Nora, avait compris le drame social que vivait la France, d’où sa proposition d’une « Nouvelle Société ». Comme ce fut l’idée maîtresse de la politique de Giscard, après Pompidou, Giscard, réformant la France pour faire converger « deux français sur trois » dans une Démocratie française apaisée et proeuropéenne. Enfin, pour couronner son mandat, Pompidou installe Messmer à Matignon, ce qui nous valut deux ans d’immobilisme, sans oublier l’entrée mal négociée de la Grande Bretagne dans l’Union européenne.

Depuis lors, la droite est allée de trahison en trahison, scindée entre deux clans, les pompidoliens plus ou moins souverainistes et antieuropéens, avec Chirac, Pasqua, Seguin, Fillon, et leurs adversaires, Chaban, Duhamel, Giscard, Lecanuet, Barre… plus ouverts aux réformes de société, et proeuropéens.

Le monde politique sort exténué de ces 50 dernières années.

On ne pense plus qu’à dépasser à la fois la gauche et la droite, ce qui a fait le succès de Macron, lequel se révèle un excellent liquidateur des uns et des autres. Mais il faudra ensuite un reconstructeur pour relancer la France et l’Europe ensemble, dans la diversité de la mondialisation. Tout reste à faire mais la voie est tracée.

Le grand chantier toujours ouvert et fort incertain est de nature sociétale.

Mai 68 nous a valu quelques dérives loufoques. On a remplacé le « baise main » par le « Baise moi », on nous a conseillé : « aimez vous les uns sur les autres », mais cela a conduit à « balance ton porc », on a libéré la parole, d’où le déferlement du bavardage, et la parole donnée à ceux qui sont incapables de parler. La Sorbonne, l’Odéon, Nuit debout : les exemples ne manquent pas.

Plus sérieusement, on a progressé vers une égalité devant la loi, indispensable, mais on parle aussi aujourd’hui de « l’égalité réelle », idée aussi confuse qu’impraticable dans un monde humain où les différences naturelles, culturelles et sociétales sont à préserver avec discernement, quand elles nous sauvent de l’enfer du modèle unique, du « tous ensemble et tous pareils ». On voit surgir un autre risque : la création d’un « ordre moral », toujours inacceptable, avec les lois mémorielles, la lutte par la loi contre « la haine », le communautarisme, la « mixité sociale » sous la contrainte de la loi, tout comme se pratiquait la « ségrégation », au lieu de privilégier la liberté et l’indispensable respect mutuel…Et de s’attacher à l’invention d’un nouvel art de vivre, qui correspondrait à la fois à notre tradition et à notre époque. Un volet de l’éducation. Bien mieux que la loi, son tribunal et ses juges. Et plus grave encore : la « redistribution » systématique, au profit des « défavorisés » et des « démunis », formules très vagues, qui n’identifient ni les causes ni les effets, indéfendables ou non, faute de critères adéquats, de ces situations évidemment préoccupantes. On observera que la « redistribution » est une pratique autant des gouvernements de droite que de gauche. Pourquoi préfèrent-ils recourir à la «  redistribution » au lieu de veiller à redresser les rémunérations, en bas de l’échelle, et à réguler celles qui sont parfaitement abusives, en haut ? Ces politiques de redistribution ont la couverture de la sociologie américaine, et de sa théorie de la « discrimination positive », qui est pourtant aussi condamnable que toutes les autres formes de discrimination. Mais surtout elle convient parfaitement à nos Gouvernements toujours à l’aise dans le bourbier fiscal et les magouilles tarifaires.

Toutes ces dérives, comiques ou graves, proviennent d’un effondrement de nos valeurs culturelles. Cet effondrement a une double origine : il s’est produit quand on a identifié la « culture de masse » avec la « créativité », arbitrairement attribuée à chaque individu, la créativité, jugée plus importante que les exigences de la création. Et, en second lieu, quand on a prôné « l’antiélitisme », exigeant partout la baisse de niveau pour permettre l’accès des moins préparés à ce qui n’a plus rien à voir avec la culture. En oubliant simplement qu’en matière de culture, la plus haute qualité n’échappe à personne, même aux moins initiés, alors que le savoir, lui, n’est pas accessible sans étude, et ne sera jamais familier à tous. Le savoir a ses maîtres, ses élèves, et ses nuls. La culture, elle, a ses créateurs et son public.

Toutes ces impasses léguées par Mai 68 doivent disparaître.

Le problème du XXI ème siècle sera celui de l’argent, de sa provenance et de son usage, de la pauvreté, qui n’est pas uniquement financière, du travail et du chômage, de la pollution, de l’éducation et de la santé, de l’organisation des grands ensembles politiques regroupant les Etats liés par une communauté de Civilisation, dans le cadre de la mondialisation, inévitable, et à négocier. On aura changé d’époque. Mai 68 sera définitivement derrière nous. Sans nous avoir préparés à sa succession.

Gérard Montassier