la Nouvelle Aquitaine ``Auteur Jacques Baudet. Historien``

Un raccourci historique de l'histoire de la France du Sud-Ouest

L’Aquitaine – étymologiquement de « aqua », l’eau en latin, d’où  la terre entre les eaux (Garonne, Dordogne, etc.) – a été l’une des grandes divisions administratives de l’ancienne Gaule romaine entre la Loire, les Pyrénées et le golfe de Gascogne. C’est le temps où apparaissent des villes comme Mediolanum Santonum (Saintes) alors capitale de l’Aquitania, Burdigala (Bordeaux), Augustoritum, cité des Lémovices (Limoges), Limonum, cité des Pictaves (Poitiers), Vesona, cité des Petrocores (Périgueux) Aquae, cité des Tarbelli (Dax), Aginum (Agen), Iculisma (Angoulême), etc.

La ville de Saintes, Mediolanum Santonum, la cité des Santons,  a conservé des vestiges importants de l’époque romaine (les arènes, autrement dit un ancien amphithéâtre, l’arc de Germanicus qui ornait l’entrée de la cité, un aqueduc, etc.) comme Bordeaux avait aussi des arènes gallo-romaines dont les restes ont été appelés le « palais Gallien ».

On trouve d’autres vestiges gallo-romains le long de l’ancienne voie romaine, dite la via Agrippa reliant Saintes par Limoges ou Augustoritum à Lyon ou Lugdunum et  qui auraient été des sanctuaires tels ceux de Sernanicomagus, le site actuel du théâtre  des Bouchauds, commune de Genac en Charente, et de Cassinomagus, plus connu sous le nom des « thermes de Chassenon » en Charente limousine montrant le haut degré de civilisation de l’époque romaine. Un peu partout en Aquitaine des fouilles archéologiques ont montré la présence de villas gallo-romaines qui étaient au centre de grands domaines agricoles à l’origine de la viticulture entre autres activités.

Bordeaux ou Burdigala a connu au IVe siècle un illustre écrivain et poète celui que l’on a appelé  en la personne d’Ausone. Decimus Magnus Ausonius ou Ausone (309-394), appartenant à une famille patricienne de la ville, a été élève dans les écoles de Burdigala et de Tolosa (Toulouse) pour devenir rhéteur ou professeur pendant une trentaine d’années avant d’être le précepteur à Trèves de Gratien, fils de l’empereur Valentinien. Il est revenu à Burdigala en 383 à la mort de Gratien pour y finir sa vie. Aujourd’hui, la ville de Bordeaux s’honore d’avoir eu dans ses murs Ausone, « le grand poète du IVe siècle » qui avait animé une école réputée dans tout l’empire.

 

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Au Ve siècle le christianisme a d’abord gagné les villes avant de se répandre dans les campagnes. Parmi les premiers évangélisateurs on trouve Martial à Limoges, Eutrope à Saintes, Ausone à Angoulême, Hilaire à Poitiers, Séverin ou Seurin à Bordeaux, etc. En 351, un ancien militaire, originaire de Pannonie, converti au christianisme, saint Martin, a fondé une communauté religieuse, près de Poitiers à Ligugé, le plus ancien monastère en Occident, à l’origine du monachisme. Si le christianisme s’est d’abord répandu dans les villes, les moines ont largement contribué à évangéliser les campagnes mais plus tardivement aux VIIe-VIIIe siècles.

A l’époque mérovingienne (VIe-VIIe siècles) l’Aquitaine a échappé en grande partie à l’autorité des rois francs. C’est que les Wisigoths occupent alors le sud de la France autour de leur capitale Toulouse. Clovis a bien essayé de les repousser si on tient compte de la prise d’Angoulême par son armée en 508 et avec lui d’autres princes francs obligeant les Wisigoths à se replier  dans la péninsule ibérique autour de Tolède mais ceux-ci ont été bientôt submergés et renversés à leur tour par l’invasion musulmane.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

C’est avec Charles Martel, d’abord débarrassé de son rival gascon par les Arabes, qui pacifie l’Aquitaine à son profit. Pour peu de temps, car le duc Hunaud a repris les armes mais finit par se soumettre. C’est donc durablement avec Pépin de Herstal, dit aussi Pépin le Bref, après avoir vaincu le duc Waifre et fait reconnaître son autorité jusqu’aux Pyrénées, que l’Aquitaine rejoint le royaume carolingien. La province d’Aquitaine  ayant à faire face à l’Espagne musulmane, Charlemagne y établit une sorte de glacis militaire avec la Vasconie. Cette appellation a pour origine le pays des Vascons (cf. l’expression en espagnol : las provincias vascongadas pour désigner la partie espagnole du pays basque), des Basques ou encore des Gascons d’où le nom de Gascogne qui a succédé à celui de Vasconie.  Ainsi au Moyen Age, l’Aquitaine a donc été assimilée en grande partie à la Gascogne et à la Guyenne, cette dernière dénomination étant dérivée selon la prononciation anglaise du mot « Aquitaine » en « Quitania » pour aboutir à « Guyenne ».

De fait au XIe siècle il faut distinguer l’Aquitaine, un territoire qui s’étend de la Loire au sud des départements actuels de la Charente et de la Charente-Maritime, de la Gascogne ou Vasconie qui comprend les terres de l’actuel département de la Gironde jusqu’aux Pyrénées. Ce n’est que plus tardivement que la Guyenne a été le territoire des actuels départements de la Gironde, du Lot, du Tarn-et-Garonne, de l’Aveyron et d’une partie des Landes.

 

Enregistrer

Le remariage d’Aliénor d’Aquitaine (1122-1204), fille de Guillaume X et petite-fille de Guillaume IX le Troubadour, comtes de Poitiers et ducs d’Aquitaine,en 1152 avec Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre, après son divorce d’avec le roi Louis VII,   apporte ainsi toute un partie de l’ouest de la France à ce que possède déjà Henri Plantagenêt à savoir la Normandie, le Maine et l’Anjou. Il en résulte un conflit qui s’étend sur trois siècles où le roi de France essaie de reprendre ce qu’il croit lui appartenir à quoi vient s’ajouter une querelle dynastique qui ne prend fin qu’à la bataille de Castillon au bord de la Dordogne en 1453. En témoignent aujourd’hui encore les puissants châteaux-forts tels que ceux de Biron ou de Castelnaud-Beynac en Périgord à la limite des possessions anglaises et françaises à une époque où les armées du Prince Noir menaient de Bordeaux ou d’Angoulême après 1360 des incursions et des razzias en Limousin et en Périgord relevant de la mouvance française.

Dans le même temps, les moines bénédictins de l’abbaye de Cluny en Bourgogne ont suscité à travers l’Aquitaine les chemins vers Saint-Jacques de Compostelle, des monastères et des églises et à leur suite d’autres ordres religieux dont les Templiers et les Hospitaliers laissant après eux un important patrimoine monumental. En témoignent de nos jours les belles églises de Saint-Eutrope à Saintes, de Talmont au bord de la Gironde ou encore de Saint-Savin-sur-Gartempe aux remarquables fresques. Sous l’impulsion d’évêques influents, les villes se sont dotées de belles cathédrales comme la primatiale Saint-André à Bordeaux ou Saint-Pierre  d’Angoulême.

La longue domination anglaise en Aquitaine a permis l’implantation des bastides. C’est ainsi qu’entre autres bastides Libourne doit son nom à Roger de Leyburn au XIIIe siècle comme Labastide-Clairence en pays basque a eu pour origine le nom d’un Thomas de Lancastre, duc de Clarence (1387-1421). Dans cette France méridionale, les populations soumises à l’autorité du roi d’Angleterre et à ses représentants comme Amaury de Créon, sénéchal d’Aquitaine au début du XIVe siècle pour le roi d’Angleterre, ont parlé peu ou prou les mêmes dialectes d’oc que les populations voisines placées dans la mouvance française. L’antagonisme n’a donc reposé que sur l’appartenance de la noblesse locale placée dans l’une ou l’autre mouvance féodale.

Les Bordelais ont mal accepté de se soumettre au roi de France après la bataille de Castillon en 1453 qui a vu la défaite anglaise au point que Charles VII a fait construire deux forteresses : le fort du Hâ et le château Tropeyte non pas pour protéger la ville mais plutôt pour faire le cas échéant un tir croisé de canonnades sur la population en cas de révolte. De plus les cloches leur ont été enlevées. Il n’y a donc rien d’étonnant si aujourd’hui on retrouve le léopard des ducs de Normandie, devenu l’emblème des rois d’Angleterre, dans les armoiries de la ville de Bordeaux. Plus tard Louis XI, plus magnanime, a redonné les cloches au Bordelais et autorisé la tenue d’un Parlement.

Comme les Bordelais préférant vendre leur vin « le clairet » aux Anglais, les Rochelais ont entretenu aussi de bonnes relations avec les marchands de la Hanse et l’Europe du Nord mais aussi avec les Anglais venant chercher le sel des côtes d’Aunis et Saintonge. Il a bien fallu pourtant aux habitants de l’Aunis d’accepter de prêter désormais allégeance au roi de France comme leurs voisins de Saintonge et d’Angoumois en 1373. Le Périgord, un comté bien distinct, et le Limousin, restés tout le temps de la guerre de Cent Ans fidèles à la couronne de France, ont connu l’un et l’autre les incursions anglaises et ont été des terres âprement disputées entre Anglais et Français. C’est ainsi que la cité épiscopale de Limoges qui s’était ralliée au roi de France a été saccagée par les troupes du Prince Noir. Bien que sous domination anglaise à partir du mariage d’Aliénor en 1152, les nobles limousins avaient pris parti pour la couronne de France.

A la fin de la guerre de Cent Ans dans un diocèse de Bordeaux dévasté par les guerres incessantes, Pey Berland (1370-1458), archevêque de Bordeaux de 1430 à 1456 s’est employé à relever son diocèse, à faire réparer les églises ruinées et à créer une université en 1441 suivant en cela l’exemple de Poitiers qui avait créé son université en 1431. Les provinces de Guyenne, Gascogne, Périgord et Saintonge ont été des pays de droit écrit ou romain autour du Parlement de Bordeaux s’opposant en cela avec leurs voisins du nord (Aunis, Poitou, Angoumois, Limousin) relevant du Parlement de Paris et pays de droit coutumier.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Gascogne a formé une généralité autour d’Auch qui a englobé aussi le Béarn, les Landes et le pays basque, comprenant un pays drainé par les rivières du plateau de Lannemezan (Armagnac, Fézensac, Asturac, Condomois, Lomagne, pays de Lombez) et les vallées des Pyrénées (Comminges, Conserans,Nebouzan, Bigorre, etc.)  Pays pauvre dont le dialecte surtout a fait l’unité et qu’ont rendu célèbre l’irascible fierté et la valeur militaire de sa belliqueuse noblesse : les cadets de Gascogne dont les plus connus ont été Charles Ogier de Batz de Castelmore, comte d’Artagnan (1611-1673) et Jean-Louis de Nogaret, duc d’Epernon (1554-1642).
Quant à la généralité de Guyenne, elle a eu pour métropole la ville de Bordeaux,
à la prospérité  due au commerce maritime et notamment avec les « Isles » (les Antilles et la Nouvelle-Orléans) et au remarquable urbanisme avec des intendants comme le marquis Louis-Urbain Aubert deTourny (1695-1760) intendant de Guyenne de 1743 à 1757.

La Révolution française a voulu délibérément mettre fin aux anciennes provinces en créant en 1790 les départements mais il est vite apparu qu’il fallait faire des regroupements selon les ressorts juridiques, militaires et même ecclésiastiques. En 2016, une nouvelle répartition administrative a réuni trois régions créées en 1972, celles du Poitou-Charentes, du Limousin et de l’Aquitaine donnant ainsi une nouvelle région « la Nouvelle Aquitaine » avec pour métropole Bordeaux. Si une partie de l’ancien Poitou, la Vendée, appelée jadis le Bas Poitou, a été réunie au Pays de Loire, il n’en demeure pas moins que la nouvelle région recoupe peu ou prou les territoires que Aliénor d’Aquitaine avait possédés.

La Nouvelle Aquitaine c’est 84 000 km2 (une surface équivalente à l’Autriche) avec près de 6 millions d’habitants (soit 72 habitants /km2). C’est une région à dominante agricole avec la viticulture à partir de vignobles réputés (Bordeaux, Cognac, Armagnac, Haut-Poitou, Cahors, Bergerac, Saint-Emilion, Jurançon), les fruits (vallée de la Garonne), l’ostréiculture et la mytiliculture (Marennes, bassin d’Arcachon), la production de foie gras (Périgord, Landes), l’élevage bovin et ovin pour la viande, le lait et les fromages. L’industrie y est présente près de Bordeaux, de La Rochelle pour l’agro-alimentaire, à Cognac (tonnellerie, emballages) et dans les Landes autour de Lacq et Parentis avec la pétrochime, la sidérurgie ainsi que l’industrie aéronautique avec Dassault Aviation, le commerce portuaire (Bordeaux, La Rochelle), la porcelaine à Limoges, etc. Enfin le tourisme y est aussi très actif avec les stations balnéaires du littoral atlantique (Royan, Arcachon, Biarritz), des villes pittoresques (Bordeaux, La Rochelle, Poitiers, Angoulême, Pau, Cahors, etc.), un patrimoine monumental important (châteaux, églises, cathédrales) et des sites archéologiques (Saintes, les Eyzies, la vallée de la Vézère, etc.). La ville de Rochefort en Charente-Maritime au-delà d’une belle restauration urbaine autour d’un ancien patrimoine militaire, dont la corderie royale, a su montrer le dynamisme de la région en réussissant le challenge de la construction du bateau L’Hermione, semblable à la frégate du général La Fayette, parti en 1780 de Rochefort pour aller aider les insurgés américains.
La Nouvelle Aquitaine s’honore aussi d’avoir eu de fortes personnalités par exemple comme Aliénor d’Aquitaine (1137-1204), reine de France puis d’Angleterre, le roi François Ier (1494-1547), né à Cognac, ou Henri de Navarre devenu le roi Henri IV (1553-1610), né à Pau, de grands écrivains tels François Rabelais, (1483-1553), l’auteur de Gargantua et de Pantagruel, qui fut un moment le secrétaire de Geoffroy d’Estissac à l’abbaye de Maillezais en Poitou, Marguerite de Valois (1492-1549), née à Angoulême, l’auteur de l’Heptameron, Michel Eyquem, seigneur de Montaigne (1539-1592), l’auteur des Essais, originaire du Périgord, Gabriel-Joseph de Lavergne, comte de Guilleragues (1628-1685), journaliste, diplomate et écrivain, l’auteur des Lettres Portugaises, né à Bordeaux, Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu (1689-1755), l’auteur des Lettres Persanes et de l’Esprit des lois, le romancier bordelais François Mauriac (1885-1970), Francis Jammes (1868-1938), le délicat poète du Béarn et du Pays Basque, mort à Hasparren, des peintres aussi tels que Francisco de Goya (1746-1828) qui mourut à Bordeaux et Eugène Delacroix (1798-1863) qui séjourna quelque temps dans sa jeunesse en Charente et dont un tableau célèbre, « La Grèce sur les ruines de Missolonghi », se trouve au musée des Beaux-Arts de Bordeaux, et des musiciens tel que Maurice Ravel (1875-1937), originaire de Ciboure en Pays Basque.
Au total une vaste région dans une grande variété de paysages, avec de réels atouts économiques, riche de traditions et d’un passé prestigieux, et en même temps ouverte à la modernité.

Enregistrer

Enregistrer