L’Union européenne

LE 9 MAI 2019

L’Union européenne :

d’où vient-elle ?

où en est-elle ?

vers où doit-elle aller ?

Nous sommes réunis le 9 mai pour discuter de l’Europe et ce n’est pas un hasard. Le 9 mai 1950 est, considéré en effet comme l’acte de naissance de la Construction européenne du 20 ème siècle. Il s’agissait de la « Déclaration Schuman » qui proposait une « Communauté du charbon et de l’acier » (CECA) portée conjointement par la France et l’Allemagne.

Fonder l’Europe sur l’économie industrielle, sur une Union franco-allemande avec des Institutions démocratiques pour la piloter : c’était avec ces trois piliers une novation considérable. 70 ans après quelle évolution constater, et quel jugement porter ? Nous sommes à la veille d’une consultation des peuples européens : c’est une deuxième raison de faire le point.

Mais comment ? Par quelle méthode ? Car il y en a deux :

  • A partir d’une idéologie, c’est-à-dire un choix de système de pensée, une théologie qu’on applique à la réalité. A la réalité d’obéir.

  • A partir des réalités, soigneusement observées et discutées sans parti pris.

C’est la seconde méthode qu’on choisira : on ne sera au départ ni pro ni antieuropéen en fonction d’une doctrine préalable.

On observera en effet que dans les deux cas – pro et anti européen par principe- c’est l’idéologie que l’on juge essentielle et l’Europe secondaire. Mais l’idéologie est fixe, elle ignore le temps : le dogme, qu’il soit chrétien, libéral, socialiste ou communiste ne change pas. Les réalités, elles, évoluent sans cesse, celles de l’Europe comme les autres.

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Elle est d’abord un territoire et ensuite un cadre institutionnel.

Un territoire ? Celui où nous sommes nés et que nous n’avons pas choisi. A l’âge de 1 an, nous sommes universels : ni européens, ni africains ni américains. A l’âge de 5 ans nous sommes européens. Par notre lieu de vie, notre famille, notre langue, notre société. Sortir de l’Europe ? Cela n’a pas de sens. Pour aller où ? Par quelle porte ? Nous sommes européens pour toujours.

En revanche, nous pourrons sortir d’un cadre institutionnel et d’une organisation sociale qui nous précède et qui s’impose à nous. C’est seulement de ce cadre que nous pouvons sortir. Pour aller où ? Deux solutions et pas davantage : revenir en arrière, ou inventer l’avenir, si rien de ce qui existe ne nous convient. Mais alors, nous détacher du passé. Dans les deux cas, la question se pose et reste la même ? D’où venons- nous ?

Notre cadre institutionnel a connu 3 étapes :

1.L’Empire romain, qui s’est dédoublé au IV ème siècle après Jésus Christ entre Rome et Byzance, la Rome latine et Byzance la grecque. C’est la première étape.

2. La deuxième étape, est la Chrétienté, depuis le 4ème siècle. Mais on ne parle toujours pas d’Europe. En revanche, le thème de de l’unité s’est déjà imposé : elle est temporelle et politique, sous l’autorité de l’Empereur, ou spirituelle et religieuse, sous l’autorité du Pape.

3. Puis enfin vient la 3ème étape : c’est l’Europe. Depuis 1453. Pourquoi ? Parce qu’en 1453 les Turcs prennent Constantinople et mettent fin à l’Empire romain d’Orient. L’émotion est alors considérable en EUROPE.

Le Pape Pie II en est le porte-parole, avec le Roi de Bohême Podiebrad. Ils prêchent désormais l’union de l’EUROPE pour faire face à l’assaut des Turcs musulmans. Il faut agir en force et sans délais, car c’est la seconde alerte, après la défaite du Champ des Merles où les turcs ont déjà vaincu les troupes serbes et albanaises. En 1389, 60 ans avant la chute de Constantinople.

L’idée alors est simple : il faut unir ses forces pour survivre tels qu’on est, avec les Institutions et la Société que l’on a instaurées, dont les racines culturelles sont menacées. L’Union de l’Europe est la réplique à une menace extérieure : turque au XV ème siècle, communiste au XXème siècle. Menace mondiale aujourd’hui.

Cette stratégie d’union implique que 3 conditions soient remplies :

-Mettre fin aux guerres intra européennes ;

-Ne pas ignorer le reste du monde et notamment l’Asie ;

-S’organiser pour défendre son territoire contre la rapine et la soumission que subit toujours le vaincu, et préserver sa société, c’est-à-dire ses choix de vie, car le vainqueur impose toujours sa Culture et sa Civilisation. La guerre n’est pas que territoriale, elle est toujours aussi culturelle.

Il faut pour mettre en œuvre cette stratégie d’union inventer 3 novations :

– Comment faire la Paix entre européens ?

-Comment traiter le reste du monde ?

-Quelle structure politique élaborer ? On a longtemps considéré qu’Il n’y avait que trois options possibles : un Empire qui domine l’Europe ; un équilibre européen avec une structure intergouvernementale de nature confédérale ; enfin une Fédération de nature supranationale. Un choix crucial : c’est la structure politique qui est en charge de faire la paix et d’organiser les relations avec le reste du monde.

Ces trois questions sont posées et résolues au XVII ème siècle, le siècle clé de notre histoire. Sous quelle forme ?

-C’est la France avec Henri IV et Sully qui lance la stratégie de séparation de l’Eglise et de l’Etat, confirmée par Richelieu et Mazarin. L’idée d’une « Fédération européenne » est aussi lancée par Sully, et soumise à la Reine d’Angleterre en 1601, qui l’accepte. Une idée reprise par l’Abbé de Saint Pierre qui dans son « Traité de Paix perpétuelle » parle de « Société européenne » et emploie l’expression « d’Union européenne ». C’est en 1713. La Turquie aura son siège au « Sénat européen ».

-C’est la France qui propose un système européen d’organisation de la Paix avec Richelieu et Mazarin, qui ont toujours mis la politique étrangère au-dessus de la politique intérieure. « Le repos du dedans dépend des bonnes mesures que l’on prend au dehors », ce principe posé par Richelieu fut toujours celui de Mazarin. D’où leur préoccupation commune de séparer la Religion et l’Etat, comme préalable à la « paix stable et durable » que voulaient les deux Cardinaux. Et pour cela construire l’Europe selon un plan très élaboré. Alors que Sully et l’Abbé de Saint Pierre en sont restés à l’état de projet, Richelieu et Mazarin ont réalisé leur plan. La première unité européenne.

Ils sont partis d’une réalité que l’on a ainsi décrite : « Il faut considérer que tous les Etats dont l’Europe est composée ont entre eux des liaisons et des commerces nécessaires qui font qu’on peut les regarder comme des membres d’une même République, et qu’il ne peut presque point arriver de changement considérable en quelques uns de ses membres qui ne soit capable de troubler le repos de tous les autres ». Voilà ce qu’on lit chez F. de Callières dans son « Art de négocier avec les souverains » ( 1716), F.de Callières, secrétaire du Cabinet diplomatique de Louis XIV, qui s’appuie ouvertement sur la politique de Mazarin dans ses analyses. Callières n’est pas un théoricien, mais un responsable politique de haut niveau dans le domaine international.

C’est cette « République européenne » qui sera construite patiemment pendant 16 ans, de 1643 à 1659, et qui reposera sur 4 accords intergouvernementaux s’appuyant les uns sur les autres avec un arbitre : le Roi de France.

-Le Traité de Westphalie, signé en 1648 par les 149 Etats de l’Europe d’alors. Seuls à n’avoir pas signé : la Turquie, la Moscovie, et l’Angleterre. L’Angleterre en pleine guerre civile, en retrait de la vie politique européenne, mais qui choisira bientôt son destin. Avec les Actes de Navigation en 1651. Les ports anglais ne doivent être approvisionnés que par des bateaux anglais. L’Angleterre devient une thalassocratie mondiale, comme le propose Hobbes. Et ne pense qu’à diviser un continent dominé par des puissances catholiques et luthériennes, en prenant le parti du plus faible. Mais l’Espagne continue la guerre avec la France, et signe la paix avec les hollandais. Ne sont réglées que les affaires de l’Empire par le Traité de Westphalie.

-La Ligue du Rhin, constituée en 1651, est renforcée en août 1658, par l’adhésion de la France (Traité de Francfort), – compte tenu de ses possessions en Alsace-, au lendemain de l’élection du successeur de l’Empereur Ferdinand III. La Ligue garantit la sécurité du Traité de Westphalie et organise une force armée pour le faire respecter.

-Le Traité des Pyrénées en 1659 qui mit fin à la guerre entre l’Espagne et la France, mais qui est aussi dans ses 180 articles un règlement européen.

-La « Paix du Nord » qui régla par les Traités d’Oliva et de Copenhague les conflits qui déchiraient Danemark, Suède, Brandebourg et Moscovie, en grande partie par l’action médiatrice de Mazarin, selon les principes de Westphalie.

Eclatant succès du multilatéralisme en diplomatie dès son premier exercice. Et c’est une leçon durable à tirer en matière européenne :

1-Les Etats européens sont trop proches pour ne pas s’entendre.

2-Ils sont trop divers pour ne pas devoir négocier en permanence leur accommodement. Croire à une organisation définitive de l’Europe, à quelque moment que ce soit, est une erreur contre laquelle Mazarin mettait en garde. Pas plus aujourd’hui qu’hier l’Europe ne sera fixe et définitive.

En tout cas, en 1660, la Paix règne dans toute l’Europe, et le Roi d’Espagne Philippe IV en rend le juste hommage à Mazarin. Cette paix a un garant, un arbitre et une force armée pour se faire respecter. C’est cette organisation que va détruire Louis XIV qui reviendra, comme Napoléon après lui et Charles Quint avant lui à la politique impériale de domination de l’Europe au profit d’un seul pays.

A la fin du XVIII ème siècle, ce n’est plus l’Europe française qui domine, mais l’Europe anglaise qui s’est imposée entre le Traité d’Utrecht en 1713 et celui de Paris en 1763. Ce dernier met fin sur notre défaite à la Guerre de 7 ans.

L’Europe anglaise est une Europe divisée en Etats souverains qui s’équilibrent et se respectent, d’autant plus qu’aucun ne domine, car l’Angleterre se met aussitôt du côté du plus faible pour faire reculer l’Etat en quête de domination. On la trouvera ainsi auprès de la France face à l’Allemagne unifiée et devenue le principal danger pour la paix en Europe. L’Angleterre en effet, depuis 1651 et les Actes de navigation, a réalisé son plan qui faisait le choix de la mondialisation par la maîtrise des mers, maîtrise commerciale et militaire. La France elle se voit plus comme une puissance continentale avec une double fascination pour l’Asie d’abord, et l’Afrique ensuite.

Enfin, à la fin du XVIII ème siècle, le modèle fédéral fait une percée remarquable. Il se manifeste sous deux exemples durables et spectaculaires : la Suisse avec ses Cantons, et les Etats Unis avec leurs Etats fédérés. Les marques d’intérêt sont immédiates : La Fayette, Chateaubriand, Talleyrand, Tocqueville…Enfin de Victor Hugo à Churchill en passant par Jean Monnet, le thème des « Etats Unis d’Europe », avec un Etat fédéral et supranational, revient périodiquement.

Il revient d’autant plus que l’Union de l’Europe des Etats Nations, fondée sur des systèmes d’alliance à géométrie variable, l ’Europe confédérale, n’a cessé de déboucher sur des guerres périodiques, de plus en plus graves jusqu’à celles de 1914 et de 1940 qui ont mené l’Europe à sa ruine économique et politique, et à ne trouver de solution qu’en faisant appel à une puissance extérieure, les Etats Unis, par deux fois, et même par une troisième pour mettre fin à la guerre de Yougoslavie.

J’ouvrirai ici une parenthèse : Ph. de Villiers, dans un livre récent, attaque la conception fédérale de Jean Monnet qu’il considère comme issue de l’entourage de Pétain et de la volonté des américains, qui voulaient reconstruire l’Europe d’urgence pour résister au communisme russe. Il indique sa source : Couve de Murville.

Certes, Couve était bien placé pour connaître les opinions qui s’agitaient dans l’entourage de Pétain, puisqu’il est resté au service du Maréchal jusqu’en 1943. Il est parfaitement exact que l’idée d’Union européenne avait les faveurs de certains membres du Gouvernement de Pétain : c’était peut-être le cas de Laval, mais à coup sûr celui de Marcel Déat, comme en témoignent ses Mémoires. On retrouve ici des politiciens venus de la gauche socialiste et pacifiste qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain. Quant aux liens de Monnet et des américains, ils étaient publics et proclamés, et il n’est pas douteux que le fédéralisme de J.Monnet est issu de son expérience américaine et au moins tout autant de son séjour en Suisse comme Secrétaire Général adjoint de la SDN. Ph de Villiers dont le parcours politique a été plus que sinueux, se situe maintenant ouvertement dans le sillage de Pasqua et de son équipe, Juillet et Garaud, qu’il cite abondamment, lesquels sont des idéologues du SOUVERAINISME. C’est son droit de les suivre, mais cela ne lui donne nullement le doit de mentir sur Jean Monnet qui s’inscrit dans un courant qui remonte à deux siècles plus tôt. Une fois de plus l’idéologie conduit à tous les égarements.

Mais se pose néanmoins la question de fond : l’idéologie souverainiste peut se tromper, surtout chez ses fanatiques, mais a-t-elle fondamentalement tort ? Peut-on ou non unifier l’Europe sur la base d’Etats rigoureusement souverains ? Faire la synthèse entre l’Europe anglaise et l’Europe américaine ? La souveraineté de chaque nation semble les mettre sur un pied d’égalité. Toutes également souveraines ! C’est malheureusement faux. La Hongrie n’a pas les moyens d’exercer sa souveraineté comme la France ou l’Allemagne. Qui n’ont pas les mêmes moyens que les Etats Unis pour exercer la leur. La souveraineté est une idée juridique, donc fixe. L’ordre international et la diplomatie sont des réalités, donc changeante, soumises aux lois du Temps et de l’Espace.

Reste alors l’autre question de fond : faut-il se rallier à la thèse des « Etats Unis d’Europe » si toutes les autres voies sont impraticables, ou dépassées ? C’est à l’expérience une voie impraticable, elle aussi, car l’Espagne, la France, l’Allemagne ou l’Angleterre ne sont pas susceptibles d’accepter d’être traités comme un Canton suisse, ni même comme le Névada ou le Massachussets. D’autant plus que les Etats Unis eux-mêmes ont failli exploser avec la guerre de Sécession, pour des raisons de politique interne.

La conclusion est claire : l’Europe a une très longue expérience de la quête d’unité. Ce qu’on oublie. Cette expérience est précieuse, car elle nous éclaire sur ce qui ne marche pas, mais ne dit toujours pas ce qui marchera. Cela reste à inventer. Il ne faut pas trop s’en étonner. La vie politique n’obéit pas qu’à la raison et au droit. Elle n’est pas immunisée contre les effets du Temps qui rend caducs les meilleurs instruments. Même si l’Europe de Westphalie valait bien mieux que celle du XIX ème siècle, ce n’est pas une raison pour y revenir. Il faut maintenant se tourner vers l’Europe d’aujourd’hui et de demain.

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L’Europe d’aujourd’hui doit beaucoup à J.Monnet et à Schuman et tout autant à De Gaulle et Adenauer. Ils ont rebâti l’Europe sur la réconciliation franco-allemande entamée avec la création de la CECA. Exemple suivi par Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, puis Mitterrand et Kohl. Avec depuis Chirac, une dégradation lente, sourde et continue, à laquelle il faudra remédier : nous devrons d’abord mettre de l’ordre dans la gestion publique française avant de donner des leçons à nos partenaires. Nous sommes en délicatesse avec nos propres engagements depuis près de 20 ans. Nous n’inspirons plus confiance

L’Europe d’aujourd’hui : comment la juger, succès ou échec ?

Evitons de parler de grandeur pour le succès, et de déclin pour l’échec. La grandeur est derrière nous, quand nous absorbions toutes les richesses du monde, que nous étions à l’origine de son développement technologique et culturel. Cette grandeur ne reviendra plus. Le déclin ? Nullement. Nous sommes plus riches, mieux soignés, mieux dotés d’équipement divers que nous ne l’avons jamais été. Il y a aujourd’hui autant de téléphone portable que de français. Ni triomphalisme, ni désespoir.

Des succès, il y en a trois.

-La paix entre européen depuis 70 ans. Du jamais vu.

– Un grand marché doté d’une monnaie unique, qui a fait disparaître d’un coup 11 monnaies particulières. Un effet unificateur jamais vu non plus. La suppression du contrôle des changes a mis un terme au nationalisme monétaire, renforcé les marchés en supprimant les dévaluations qui perturbent l’économie et sont socialement désastreuses.

Enfin, l’euro donne à l’Europe un statut international face au dollar, alors que l’Europe est dominée dans tous les autres secteurs, économiques, technologiques et militaires par les Etats Unis. Ceux-ci l’ont bien compris : ils ont toujours voulu affaiblir l’Europe sur le plan monétaire et culturel, en y réussissant parfois, hélas ! fort bien. Ce sont les deux secteurs clés de l’avenir.

– Une organisation politique démocratique avec l’Union européenne, mais une organisation qui n’évolue plus. Bloquée.

Et des échecs, il y en a deux : la culture et les Institutions.

1.La culture ? Elle a deux caractéristiques : elle n’est pas issue de la politique et de l’économie- c’est son caractère négatif. Elle a son domaine propre, trop généralement mal défini, mais qui est fondamental. C’est son irréductible singularité.

La culture est l’expression que l’homme d’une époque donne à son interprétation du monde et de lui-même. Qu’est ce que ce monde qui m’entoure, et que suis-je moi-même ? Voilà le champ de la culture.

Elle est composée des apports de la science, de l’art, de la philosophie et de l’histoire, elle nous informe des expériences passées, – elle est inséparable de la tradition- mais tout autant de la modernité. La culture est ainsi le produit sans cesse renouvelé du conflit entre la tradition et la création. Et elle est ainsi à la base de l’Education, laquelle est l’initiation à la société qui nous entoure. Elle est la substance de la vie politique et de la société d’une époque. Dans ce domaine, l’Europe est la plus riche au monde, mais c’est là qu’elle est aussi la plus faible.

La politique de la culture a été absente de l’Union européenne jusqu’au Traité d’Amsterdam (art 151) et depuis lors elle est dans un carcan : décisions prises à l’unanimité, budget très faible- 0,03% du budget total communautaire.

Et surtout l’Europe n’a pas su résister à la pression américaine.

Ceux-ci ont imposé dès la fin de la guerre des restrictions à l’aide financière à la diffusion culturelle. Ils ont compris qu’en dominant les esprits, la culture, s’ils étaient les maîtres de sa diffusion, servirait leur politique générale : l’exportation de leurs produits et de leurs conceptions économiques internationales. Le soft power consiste à la fois à dominer les esprits, la finance et la technologie.

Les Etats-Unis ont réussi à interdire le soutien financier à la diffusion des produits culturels traités comme des marchandises. Libéralisme oblige.

Le résultat, on le voit : un double effondrement culturel celui des Etats Unis et de l’Europe. Marchandisation et banalisation. La création se meurt et la tradition ne survit en France que dans les milieux aisés et cultivés. Ce n’est pas socialement heureux. On voit en outre le résultat : le niveau pitoyable de la plupart des Universités américaines et européennes.

Il faut réagir.

Je reprends ici deux idées de R.Barre : que chaque Ministère français utilise 10% de ses crédits à une action européenne de sa compétence. Même règle pour les Villes et les Régions, de façon à créer un communautarisme culturel européen. Et que le budget de la Culture de l’Union européenne soit porté à 1% aussi du budget total de l’Union.

C’est dans cette perspective que j’ai proposé une Académie européenne de la Culture, dans une Tribune Libre du 21 mars qui figure sur notre site, (www.laconfrerieducognac.org), en commentaire de la « Lettre aux 28 » du Président de la République,- louant l’initiative, mais déplorant la timidité générale, et son absence totale de référence à la Culture, ce qui tranchait bizarrement avec sa frénésie climatique.

Cette Académie européenne de la Culture, dont l’initiative pourrait être prise par notre Région, aurait un triple rôle :

-Sélectionner le patrimoine majeur de la Culture européenne depuis l’origine : les 50 grands films, livres, monuments… à transposer sur Internet et à mettre dans les programmes universitaires pour les diffuser ;

-Sélectionner chaque année les 5 chefs d’œuvre européens :

-Sélectionner et soutenir les 10 festivals annuels européens aux programmes les plus ambitieux dans leurs références mondiales.

Soyons conscients qu’il y a aujourd’hui deux urgences dans notre monde : la culturelle, dont personne ne parle, et l’écologique, avec la lutte nécessaire contre les pollutions et la sauvegarde de la biodiversité. Et les deux urgences sont liées : on ne va pas sauver la planète pour qu’elle soit peuplée de crétins. Et n’y mêlons pas la transition énergétique, qui, elle, est un problème économique et industriel, où les lobbys dominent la scène politique.

2.Les Institutions. C’est le second échec auquel il faut porter remède. On n’entrera pas ici dans le détail du fonctionnement, mais on proposera à la réflexion les principes directeurs que voici :

A. L’organisation politique de l’Europe ne correspondant à aucun modèle politique existant, elle doit s’inventer de manière pratique. Une Constitution européenne sera le dernier acte et non le premier. Construisons l’édifice avant de le codifier. Soyons pragmatiques et toujours démocratiques : les grands changements institutionnels devront être ratifiés par référendum.

B. L’Europe d’aujourd’hui repose sur trois piliers : les Régions et leurs Villes chefs-lieux ; les Etats ; l’Union européenne. Chacun a son rôle.

La vie quotidienne et locale, qui est essentielle, est l’affaire du premier pilier. Le Comité des Régions et celui des Maires des Villes chefs-lieux auront ici le rôle majeur à jouer. Il faut leur en donner les moyens.

La défense et l’évolution du modèle social et culturel national relève des Etats.

La défense des intérêts communs à tous les européens est la vocation de l’Union, avec application du principe de subsidiarité. On y retrouvera les Relations internationales, la défense, la monnaie, l’économie, la culture, l’environnement.

C. Enfin, il reste à régler l’organisation de l’Europe dans le cadre international et plus particulièrement de la mondialisation.

Le réalisme recommande là encore la vigilance pragmatique. On préconisera donc « l’Europe des trois Cercles ». Pas d’Europe monolithique.

On aura donc l’Eurozone, qui sera le noyau, solide, progressif et ouvert. Puis une Zone de Libre Echange et de Coopération, limitée mais organisée. Destinée aux Etats qui, comme l’Angleterre et les Scandinaves, veulent un système mixte, mi-indépendant, mi-communautaire. Cela mettra fin au Brexit, et offrira un choix aux pays ex-communistes qui sont encore en voie de transition. Enfin, un 3ème Cercle, strictement intergouvernemental, offert au choix des Etats issus de l’Europe, qui veulent vivre en toute indépendance, mais garder des liens de Civilisation dans une libre Communauté. Des pays d’Amérique latine ou d’Afrique par exemple. Une ouverture sur la mondialisation.

Pour le reste, une politique de coopération qui n’exclut personne, ni la Russie, ni la Chine, ni l’Inde….

Reste une dernière question sur laquelle on doit s’interroger. Faut-il une Europe de la Défense, et comment l’organiser si elle est jugée nécessaire ?

Soyons de notre époque. Le nombre des troupes ne fait plus la force des armées, et les Etats européens pourraient réduire leurs budgets militaires nationaux à condition de bâtir une défense sur les principes suivants : un armement à la pointe de la technologie et des unités d’élite qui les maîtrisent. Une stratégie de dissuasion, par le nucléaire et les fusées, ainsi que par la rapide efficacité de l’intervention classique. L’excellence du Renseignement enfin. Une Défense coordonnée à celle des américains mais non inféodée dans le cadre de l’OTAN mondialisé.

Pour conclure, je dirai que l’Europe doit naviguer entre deux écueils : vouloir aller trop vite, se fixer un plan d’organisation et n’en plus démordre. Ni précipitation, ni entêtement. Il faut au contraire déterminer des objectifs réalistes et s’y tenir : l’Europe doit viser à être une puissance, à rester une démocratie, à préserver sa liberté créatrice. Inventer et réaliser. Une devise : Paix, Liberté, Solidarité, Progrès.

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