La vie romanesque d'un diplomate doublé d'un séducteur

Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie (1705-1759)

Signatur:D:JobRoot7924499preprozessPORT_00105427_01-20.03.2007

« Auteur Jacques Baudet. Historien »

Aux origines de cette étude

« L’an mil sept cent vingt-un j’ai fait construire la sacristie et percer la muraille de l’église pour entrer dans le sanctuaire où sont les magnifiques et nombreux ornements donnés à la paroisse par Messire Joachim Trotti de La Chétardie, prêtre, curé de Saint-Sulpice de la ville de Paris, personne recommandable tant par sa noblesse, science, piété et vertu qu’il a eu l’honneur de recevoir différents brefs de Clément XI, pape, louant et approuvant plusieurs de ses écrits qu’il avait présentés à Sa Sainteté, honoré et estimé de Louis le Grand, quatorzième du nom, [lequel] avait présenté et nommé à l’évêché de Poitiers, [il] remercia par des sentiments d’humilité.

   L’inventaire des dits ornements a été passé par Annet Daignas, notaire à la principauté de Chabanais, demeurant à la Maison Rouge de cette paroisse, contrôlé à Chabanais et enregistré au greffe de l’officialité de Limoges. »

Ont signé : F. Delagrange
Prêtre prieur d’Exideuil 
 et Quillet,
prêtre vicaire
 ORATE PRO NOBIS

 

C’est une copie de ce document émanant de la paroisse d’Exideuil en Charente, près de Chabanais, et se trouvant maintenant aujourd’hui aux archives départementales de la Charente, que m’a remis au début des années 1990 l’abbé André Tardieu, curé des paroisses de Chabrac, Chirac, Exideuil et Saint-Maurice-des-Lions en me demandant de faire des recherches sur ce personnage. C’est ainsi que j’ai commencé à m’intéresser à un ressortissant du château de La Chétardie qui, un peu à l’écart dans un beau cadre de verdure, surplombe la commune d’Exideuil. En effet, à sa mort en 1714, Joachim de La Chétardie, né à Exideuil en 1636, avait légué à sa paroisse natale et à l’église, où il avait été baptisé, des ornements, des devants d’autel tissés au petit point[1] célébrant saint André, patron de la paroisse, et des vases sacrés, le tout aujourd’hui bien conservé et soigneusement protégé constituant ainsi un patrimoine remarquable pour la commune. On comprend que l’abbé André Tardieu, curé de cette paroisse ait cherché à en savoir davantage. J’ai donc répondu à sa demande et fait des recherches du côté de l’histoire ecclésiastique où j’ai trouvé en définitive beaucoup de renseignements. Quelques années plus tard en effectuant d’autres recherches sur un autre sujet, j’ai découvert tout un fonds d’archives sur les La Chétardie dont leur généalogie et j’ai donc pu aller au-delà de l’abbé Joachim, curé de Saint-Sulpice, pour étudier ce qui avait concerné son neveu le marquis Jacques-Joachim Trotti de La Chétardie, contibuant ainsi à sortir de l’anonymat une famille aristocratique jusqu’alors plutôt oublié[2].

Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie (1705-1759)

Chateau actuel  de la Chétardie

 

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L’histoire de cette famille est intéressante à suivre car c’est celle d’une ascension sociale lente, patiente mais ô combien efficace et somme toute typique de la société d’Abcien Régime.

 En 1487, un certain Jean Trotti, originaire d’Alessandria en Piémont, dans la vallée du Tanaro, affluent du Pô, à 80 km au sud-est de Milan, arrivait en France  à la suite de Louise, fille du duc de Savoie, qui épousa Charles, comte d’Angoulême en 1488. Les actes notariés datant du XVIIIe siècle précisent que Jean Trotti était maître d’hôtel de la comtesse d’Angoulême.Il épousa en 1500 Marguerite Chastard. Comme celle-ci était la filla aînée d’une famille qui n’avait pas de postérité masculine, obligation fut faite à Jean Trotti d’ajouter à son nom celui de « La Chétardie » auquel était lié le fief des Chotard ou Chestard et d’associer les armoiries des deux familles dans le même blason. Ce qui devint en termes héraldiques : écartelé aux I et IV d’azur à trois gerbes d’or au chef d’or chargé de trois pommes de pin de sinople (qui sont Trotti) , aux II et III de sable à deux chats d’argent passants (qui sont La Chétardie). Les documents relatifs à la généalogie établie par le marqui ambassadeur  (A. D. Charente J 1563) donnent pourtant une variante de cette description du blason : écartelé aux I et IV d’azur à trois épis d’or, au chef d’argent chargé de trois olives de sinople ; aux II et III de sable à deux chats d’argent passant l’un sur l’autre. La symbolique dans les deux cas est très proche et semble vouloir rappeler les origines méditerranéennes des Trotti d’Alessandria sur les rives du Tanaro.

Jean Trotti et Marguerite de La Chétardie eurent quatre enfants, trois filles et un garçon Joseph, né en 1510 et mort en 1583. Ce dernier, marié deux fois, eut de ses deux mariages cinq fille et un garçon, Gabriel (né en 1559 et mort en 1615), qui lui se mariant trois fois fut à l’origine de trois branches familales. De son premier mariage avec Hélie de Coulonges en 1583 il eut une fille, morte jeune, et un garçon Charles qui constitua ainsi la branche aînée par ses enfants et qui nous intéresse essentiellement. De son second mariage avec Jacqueline de Nossay en 1590, Gabriel de La Chétardie n’eut qu’un garçon, Gabriel II, seigneur du Bureau et de La Péruse. Celui-ci marié deux fois également eut quatre filles et un garçon que les actes notariés ont appelé Joachim VI né en 1675 mais qui, mort sans postérité, vit ainsi s’éteindre la seconde branche. De son troisième mariage avec Françoise de Reclesne en 1602, Gabriel eut trois enfants : Joachim qui, né en 1604, fut prieur de Saint-Cosme près de Tours et le parrain de Joachim, curé de Saint-Sulpice à Paris, Françoise, abbesse de La Magdeleine d’Essey en Normandie et François, né en 1603, le seul à se marier et avoir des descendants et donc à perpétuer ce qu’il est convenu d’appeler la troisième branche. De son mariage en 1629 avec Catherine Picquaute, il eut onze enfants, six filles et cinq garçons. Trois des filles furent religieuses avec leur tante abbesse à l’abbaye d’Essey en Normandie, une autre fille se fit religieuse chez les Ursulines de l’Isle-Bouchard. Un des garçons, Jacques, fut abbé de Balerne au diocèse de Besançon. Quant aux autres garçons ils rejoignirent l’armée comme enseigne aux Gardes Françaises pour Gabriel IV, né en 1635, ou comme colonel du régiment de Beauce pour Philippe. Le dernier-né, Jean-François IV, chevalier, fut peut-être le « littérateur » qui laissa deux ouvrages : « Instructions pour un jeune seigneur ou l’idée d’un galant homme », publié en 1683, et « Instructions pour une jeune princesse ou l’idée d’une honnête femme » publié en 1684. Ce dernier semble avoir vécu chez son cousin l’abbé Joachim, curé de Saint-Sulpice et que Beauchet-Filleau a confondu un peu hâtivement avec le frère du « littérateur », l’aîné pour la troisième branche. Quant à celui-ci, le comte Joachim V, né en 1640 et mort en 1705, commandant dans le Brisgau puis gouverneur de Landrecies, marié à Marie-Claire de Montalet de Villebreuil en 1703, il n’eut qu’un fils, ambassadeur en Prusse et en Russie, favori d’Elisabeth Petrovna, tasarine de l’empire russe de 1741 à 1762, mort à Hanau, près de Francfort-sur-le-Main en 1759.

Revenons à la branche aînée. Nous avons vu que Gabriel I marié trois fois avait eu de son premier mariage avec Hélie de Coulonges en 1583 un fils Charles né en 1584 et une fille morte jeune en 1586. Ce fils Charles s’est aussi remarié deux fois. Vraisemblablement Diane d’Harambure sa première femme dut mourir en couches avec l’enfant qui  bien que né en 1611 semble être mort presqu’aussitôt sa naissance. Deux ans plus tard en 1613, Charles se remaria avec Charlotte de Nesmond[3], fille de Jean de Nesmond, seigneur de La Grange, paroisse de Chassenon, et dont il eut quinze enfants ! Il est vrai que sur les quinze, quatre moururent jeunes. Cela nous donne une idée de la démographie à cette époque et de la forte mortalité infantile. Les naissances des quinze enfants La Chétardie-Nesmond (dix filles et cinq garçons) s’étendent de 1615 à 1641. Joachim, le futur curé de Saint-Sulpice, né en 1636 fut le treizième enfant issu de cette union. Il reprit d’ailleurs le prénom de l’un de ses frères, né cinq années plus tôt mais déjà décédé. Il est intéressant par ailleurs de noter que sur les onze enfants restés vivants, sept filles entrèrent en religion : Anne à Sainte-Claire de Nontron, Jeanne à Sainte-Claire d’Aubeterre, Charlotte et Suzanne à Sainte-Claire de Clermont où Charlotte fut abbesse, Olive au couvent de Saint-André d’Angoulême, Catherine à la Visitation de La Rochefoucauld. Si l’on y ajoute  Joachim qui, après cinq années d’études en Sorbonne, entra à l’âge de 21 ans au séminaire de la Compagnie de Saint-Sulpice, il est aisé de voir que la famille des Trotti de La Chétardie a été passionnément attachée à la cause de l’Eglise catholique. Nous avons déjà trouvé dans cette même famille des religieuses telle l’abbesse d’Essey en Normandie auxquelles il convient d’ajouter Charlotte qui fut la Grande Prieure de l’abbaye de Jouarre, en Brie, de Gabrielle qui fut la Grande Prieure de l’abbaye de Fonteevrault et de Louise, abbesse de Farmoustier en Brie, toutes les trois filles de Joseph de La Chétardie, arrière-grand-père de Joachim et de sept sœurs religieuses. L’exemple de ces demoiselles de La Chétardie dont la plupart furent en religion  ne semble pas avoir été la seule référence. On trouve en effet un autre fils de Joseph de La Chétardie et de Guyonne de Chauvigny, Jean, qui fut capitaine des gardes du duc de Montpensier,né en 1564 et mort en 1589 à l’âge de 25 ans, chevalier de l’ordre de Saint-Michel, ayant eu à commander un détachement armé des troupes royales, sur les instances d’ailleurs du duc de Montpensier contre ceux de « la Religion Prétendument Réformée » ou RPR, « en hayne de quoi précisent les textes la maison de la Chétardye a esté bruslée mais il en coûta plus de mille livres aux complices … »  Cela revient à dire que lors des guerres dec Religion, les La Chétardie participèrent aux côtés des catholiques dans la mouvance sans doute des Monluc, princes de Chabanais, aux luttes armées contre les Protestants. C’est encore un autre point d’ancrage de cette famille du côté catholique. Signalons aussi en conséquence la destruction de la maison  des La Chétardie, à la fin du XVIe siècle, que le plan rectangulaire et la structure de l’édifice à un étage datent pour l’essentiel du début du XVIIe siècle, époque à laquelle le château actuel fut reconstruit. Les deux tours un peu à l’écart du principal corps de bâtiment avec des fenêtres à meneaux devaient appartenir à l’ancien château. En mauvais état à nouveau, au début du XVIIIe siècle, le château fut restauré pour prendre son aspect actuel. L’avant-corps arrondi sur la façade nord, opposé à l’entrée, doit également dater du XVIIIe siècle.

Nous avons évoqué les religieuses, sœurs de Joachim de La Chétardie et de l’exceptionnelle contribution de cette famille à la cause catholique mais il nous faut aussi rappeler le souvenir des trois autres enfants restés « laïcs » à savoir Marie, Joseph-André et Jean-François, tous les trois frères et sœur de Joachim. Marie, l’aînée, née en 1615, la seule fille à ne pas entrer en religion, se maria avec Olivier du Pont, seigneur de Saint-Laurent, et en secondes noces avec François de Polignac. Comme les frères n’ont pas eu de postérité, Joachim s’étant fait prêtre, Joseph-André étant mort prématurément en 1658 à l’âge de 25 ans sans être marié, c’est Jean-François, né en 1622 et marié à Catherine de Beaumont en 1651, qui devint le chef de famille.

Mais lui aussi n’ayant pas eu d’enfant, la branche aînée des Trotti de La Chétardie risquait de s’éteindre au début du XVIIIe siècle. Nous le voyons bien dans un acte daté du 11 janvier 1700 où le curé de Saint-Sulpice à Paris, Joachim de La Chétardie fit don d’une partie de ses revenus des dîmes de la paroisse d’Exideuil à son neveu, Claude, comte de Polignac. Vraisemblablement, c’est en direction de l’un des membres de cette famille Polignac que le marquis Jacques-Joachim, écrit de Berlin en 1738 souhaitant « nouer connaissance avec sa branche aînée ». En fait, il n’y a plus de branche aînée même si aux yeux de Jacques-Joachim, ambassadeur puis « maréchal des armées du Roy », la famille Polignac en tenait lieu. La preuve en est que la généalogie établie par lui le désigne sous le nom de Joachim VII né en 1705 « le seul qui reste » est-il bien précisé. Il semble bien que cette généalogie s’achève avec lui car nous ne lui connaissons pas de postérité.

Château de la Chétardie

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En 1998, dans les bulletins et mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente[4], une étude  a été publiée sur Joachim Trotti de La Chétardie (1636-1714), curé de Saint-Sulpice à Paris, relevant d’une vieille famille seigneuriale aux confins de l’Angoumois et du Limousin, avec des terres à Exideuil et à La Péruse. Après des études de philosophie et de théologie, il avait été admis en 1657 dans la Compagnie de Saint-Sulpice pour être ensuite successivement curé de Montermoyen dans le diocèse de Bourges, directeur du séminaire de Bourges en 1683 et enfin curé de la paroisse Saint-Sulpice en 1696, paroisse en partie occupée par le très aristocratique faubourg Saint-Germain. En 1709, il avait été choisi pour être le confesseur et le directeur de conscience de Mme de Maintenon, épouse morganatique du roi Louis XIV.

Ce prêtre, très influent à Paris et à la Cour, auteur d’ouvrages religieux, polémiste à l’occasion, créateur de plusieurs écoles de quartier et de dispensaires pour les pauvres de sa paroisse, ecclésiastique tout à fait dans l’esprit de la réforme catholique voulue par le concile de Trente, a tout de même pris le temps de penser au devenir de son fief et de son château de La Chétardie ainsi qu’à la paroisse d’Exideuil comme le prouve son legs testamentaire. Avec son cousin Jacques Trotti de La Chétardie, abbé commendataire[5] de l’abbaye de Balerne, en Franche-Comté, il s’est inquiété aussi de l’avenir de la famille Trotti de La Chétardie. C’est qu’en effet, la famille risquait de s’éteindre. Pendant quelque temps, le curé de Saint-Sulpice a pensé à un neveu, Claude de Polignac, fils de sa soeur Marie et de François de Polignac, qui pourrait devenir l’héritier de la famille et du fief de La Chétardie. Il lui a fait octroyer un part des dîmes de la paroisse d’Exideuil ce qui peut être considéré comme un premier pas vers la reconnaissance de ce cadet de famille pour lui faire reprendre peu à peu le nom et le fief de La Chétardie. De son côté, Jacques Trotti de La Chétardie, l’abbé de Balerne, avait plutôt pensé à François Regnauld de l’Age, fils de Françoise de La Chétardie qui avait épousé Louis Regnauld, seigneur de l’Age de Chirac. Et d’ailleurs de 1701 à 1719, le château de La Chétardie a été habité par François Regnauld de l’Age et par son épouse Eléonore du Rousseau de Ferrières.

Sans doute après de nombreuses tergiversations entre les deux ecclésiastiques, il a été décidé  que le seul ressortissant de la famille, encore célibataire et non eclésiastique, le chevalier de La Chétardie, frère de l’abbé de Balerne, bien que relativement âgé, devrait se dévouer en pensant au mariage pour procréer et trouver ainsi un héritier pour perpétuer le nom des Trotti de La Chétardie. Ce fut chose faite le 1er mars 1703 : le chevalier Joachim Trotti de La Chétardie, âgé de 63 ans, ancien gouverneur militaire des forteresses de Breisach et de Landrecies[6], épousa contre toute attente, la jeune Marie Claire Colette de Montalet de Villebreuil « fille mineure », est-il précisé dans l’acte de mariage … De cette union est né deux ans plus tard, le jeune Jacques-Joachim Trotti de La Chétardie comme en témoigne son acte de baptême à Saint-Sulpice le 3 octobre 1705 ! La lignée des La Chétardie qui était près de s’éteindre était donc assurée. Le baptême a été célébré par

« Monsieur le Curé de Saint-Sulpice, cousin germain paternel » du père de l’enfant. Le parrain a été « Messire Jacques de La Chétardie, prestre, abbé de Balerne, oncle paternel de l’enfant ». D’où les prénoms de l’enfant : Jacques et Joachim, respectivement celui du parrain selon l’usage à cette époque et celui du baptiseur ou/et du père. La marraine a été « Dame Antoinette Christine de Soreau, grand-mère maternelle de l’enfant ».

Mais il n’est pas fait mention du père dans l’acte de baptême. Les documents généalogiques indiquent sa mort en 1705 sans précision. De toute évidence, c’est une naissance posthume dans la mesure où le père est décédé quelque temps avant la naissance. Cette situation d’une très jeune veuve d’un vieux gouverneur, mère d’un enfant quelque temps après la mort de son mari, a suscité peu à peu une légende dont on rtrouve les répercussions dans les « Mémoires » du duc de Saint-Simon et chez divers généalogistes comme Beauchet-Filleau. Voyons le récit qu’en a rapporté un certain marquis J.L. Dugast de Saint-Just et qu’il a publié dans un ouvrage intitulé : « Paris, Versailles et les provinces au XVIIIe siècle » avec en sous-titre la mention : « Anecdotes sur la vie privée de plusieurs personnages connus sous les règnes de Louis XIV et Louis XV ». Soit pour éviter les inévitables ennuis découlant de ses indiscrétions, soit parce qu’à cette époque un homme de qualité ne se commettait pas à publier sous son propre nom selon les conventions de l’Ancien Régime, l’auteur a préféré conserver l’anonymat en utilisant un pseudonyme et en signant : « un ancien officier des Gardes Françaises ».

Voici sa version des faits :

« Je placerai ici une anecdote fort extraordinaire et peu connue, quoique bien authentique. Le comte de La Chérardie, âgé de quatre-vingts ans, habitait chez son frère, curé de Saint-Sulpice, et vivait avec lui dans les exercices de la plus haute dévotion. Un matin il entre dans le cabinet de son frère et lui dit que malgré les austérités auxquelles il se livre, le démon de la luxure le poursuit tellement qu’il faut absolument, pour sa santé et le salut de son âme, qu’il se marie. Il le prie en conséquence de lui chercher une femme à laquelle il ne demande autre chose que d’être jeune et d’une honnête naissance, craignant s’il s’en rapportait à lui-même, de ne pouvoir résister à la tentation qui l’engagerait à faire quelque choix indigne de lui. Toutes les représentations du respectable curé furent inutiles, il fallut céder et, pour éviter les inconvénients qu’on faisait redouter, il promit de s’occuper promptement de cet objet. Il s’adressa en effet à l’abbesse d’un monastère dont il dirigeait la conscience  et lui fit part des intentions de son frère qui assurerait un sort avantageux à celle qui aurait la complaisance de devenir sa compagne. L’abbesse lui parla alors d’une pensionnaire de quinze ans, mademoiselle de Monastrol que ses parents voulaient destiner à la vie religieuse parce qu’elle était sans fortune et qui paraissait ne pas avoir la vocation de cet état. Le curé demande à voir cette jeune fille. Il fut enchanté de sa personne et de son maintien, alla trouver les parents avec lesquels il fut bientôt d’accord et la demoiselle sortit du couvent pour le moment de la cérémonie du mariage. La noce se fit au presbytère. Les époux se retirèrent à neuf heures du soir dans l’appartement du comte.

Mais à peine y étaient-ils depuis un heure que les convives qui s’étaient mis à table pour souper entendirent sonner avec la plus grande précipitation. On courut du côté de la chambre des époux d’où venait le bruit et la consternation fut générale en apercevant le mari expirant auprès de sa femme. On lui prodigua en vain tous les secours possibles. Il mourut deux heures après. La jeune femme, après une scène aussi cruelle, voulut être ramenée à son couvent où elle rentra le lendemain matin. Elle refusa constamment de porter le nom qui lui rappelait son malheur, garda celui de Monastrol, et tout le monde se prêta à une fantaisie qui paraissait bien fondée. Cependant, ce qu’il y eut de singulier , c’est qu’au bout de neuf mois elle accoucha d’un fils qui, de nos jours, sous le nom de marquis de La Chétardie, a joué un si grand rôle dans son ambassade en Russie, étant devenu l’amant chéri de l’impératrice Elisabeth, qu’il aurait probablement épousée, si son étourderir et ses maladroites indiscrétions n’eussent dessillé les yeux de cette souveraine ».     

Certes il est permis de penser que les transports amoureux du gouverneur militaire, ragaillardi face à une jeune épouse de moins de 20 ans, aient eu raison de sa santé et peut-être plus particulièrement de son système cardiaque … Si non é vero, é bene trovato !  Mais de là à imaginer que sa mort ait eu lieu le soir même de ses noces, c’est peut-être aller vite en besogne !  Les actes de  mariage d’abord et de baptême ensuite démentent cette légende mais confirment quelques faits avérés : la jeunesse de la mère, l’âge avancé du père (63 ans et non 80 ans!) et sa mort au moment de la naissance de l’enfant. Mais le père n’avait pas le titre de comte mais seulement celui de chevalier. Quant au nom de « Monastrol » (ou Monastérol) pour la jeune épousée ce n’est pas son nom de jeune fille mais celui de son second mari qu’elle épousa en 1708.

Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie (1705-1759)

Château La Chétardie actuel

 

Le comte Ferdinand Solars de Monastérol, d’origine piémontaise – comme les Trotti de La Chétardie – fut ambassadeur de l’Electeur de Bavière auprès du roi de France. Quand on sait que le cardinal de Fleury au nom du roi de France Louis XV avait encouragé la candidature de l’Electeur de Bavière sur le trône du Saint Empire Romain Germanique contre les prétentions de Marie-Thérèse de Habsbourg, impératrice d’Autriche qui lui préfère la candidature de son mari François de Lorraine, on comprend que le comte de Monastérol avait alors un rôle important à Versailles. C’est sans doute là une dimension à prendre en compte pour situer le cadre familial du jeune marquis  Jacques-Joachim Trotti de La Chétardie qui, en la personne de son beau-père, reçut un appui important dans les milieux diplomatiques.

Le duc de Saint-Simon a aussi évoqué dans ses « Mémoires » « la veuve d’un vieux La Chétardie, gouverneur de Thionville, frère (en réalité cousin germain) d’un curé de Saint-Sulpice, directeur de conscience de Madame de Maintenon ». Selon les dires du célèbre mémorialiste, « cette dame de La Chétardie était faite à peindre et grande, fort belle, sans esprit mais très galante et fort décriée, grande dépensière et fort impérieuse : elle subjugua  Monastérol qui fit la folie de l’épouser et qui fut après bien honteux de le déclarer ». On comprend par conséquent que la beauté de la jeune femme ait pu fasciner en 1708 le comte de Monastérol, qui, devenu fort amoureux, épousa la jeune veuve. Quant au nouvel époux, il ne trouva pas davantage grâce sous la plume acérée du duc qui nous a laissé le portrait suivant : « Monastérol, envoyé de l’Electeur de Bavière, tout à fait dans sa confiance, qui recevait ici (c’est-à-dire en France) ses subsides, gros joueur, grand dépensier et fort dans les belles compagnies, était un homme fort agréable, toujours bien mis, souvent paré, d’un esprit très médiocre mais doux, liant, poli, cherchant à plaire, fort galant, qui en fêtes, en chère, en meubles, en équipage et en bijoux, vivait dans le plus surprenant luxe et jouait le plus gros jeu du monde. Sa femme, encore plus splendide, augmenta encore sa dépense et mêla un peu sa compagnie qui auparavant n’était que du meilleur de la cour ou de la ville. On ne pouvait comprendre comment un homme de soi si peu avantagé de biens et ministre (c’est-à-dire ambassadeur) d’un prince si longtemps sans Etats  pouvait soutenir en tant d’années, un état si généralement magnifique. Il payait tout avec exactitude et passait pour un fort honnête homme ».

  Bien que très sévère et sans complaisance cette description ainsi que les faits énoncés sont vraisemblables puisqu’en juillet 1763, le comte de Monastérol, pressé par ses comptes d’aller en Bavière pour se justifier, préféra partir seul en laissant son épouse à Paris. Mais accablé, effondré et se sentant perdu, crut se tirer d’affaire en se donnant un coup de pistolet un matin dans sa chambre à Munich. L’Electeur de Bavière qui l’avait toujours estimé, pour étouffer l’affaire, fit courir le bruit que Monastérol était mort subitement. Quant à l’épouse du malheureux comte, désormais sans ressource, déconsidérée à la suite de cette pénible affaire et par les dettes énormes laissées par son mari, elle demeura à Paris mais avec un train de vie désormais des plus modestes et finit dans l’oubli le plus complet. Telle est la fin misérable de ce couple très mondain, la mère et le beau-père de Jacques-Joachim Trotti de La Chétardie qui d’ailleurs n’en eut pas connaissance puisqu’il mourut en 1759.

Très curieusement, nous retrouvons chez le marquis bien des traits de caractère communs avec ses parents : même goût du luxe, même volonté de plaire, de séduire, d’étonner même, et qu’il affirma tout au long de sa carrière diplomatique. En fait, ces traits de caractère ne sont-ils pas au XVIIIe siècle ceux de la haute aristocratie française et plus particulièrement des milieux diplomatiques vivant au contact des cours royales et des chancelleries. Il est certain que les relations mondaines du couple Monastérol ainsi que leur entregent aussi bien « à la Cour qu’en ville » (c’est-à-dire à Versailles et à Paris) pour reprendre une expression du duc de Saint-Simon, ont été utiles au jeune marquis de La Chétardie tout au moins à ses débuts car ensuite ses qualités, son intelligence et son sens de l’opportunité firent le reste pour lui permettre en définitive une belle ascension tant dans les armées du roi que dans la diplomatie.

Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie (1705-1759)

Château La Chétardie actuel

 

       Nous avons bien peu d’éléments sur l’éducation du jeune marquis. En 1707, Jacques de La Chétardie, abbé commendataire de Balerne et parrain de l’enfant, a été nommé « procurateur » pour le jeune Jacques-Joachim, alors âgé de deux ans. Plusieurs actes notariés à partir de cette date montrent ainsi l’ecclésiastique prenant à cœur les intérêts de son filleul et protégé, s’attachant à faire remettre en état le château de La Chétardie et les domaines dans les paroisses d’Exideuil, de La Péruse et alentours. De 1701 à 1719, le château a été habité par François Regnaud de l’Age et son épouse Eléonore du Rousseau de Ferrières. Jacques de La Chétardie, abbé commendataire de Balerne, vécut avec les Regnauld de l’Age jsqu’à sa mort en 1722 après avoir veillé à la gestion du domaine. Un acte signé au château de l’Age indique que, très âgé (77 ans), il s’était retiré auprès de ses cousins pour laisser le château de La Chétardie à son jeune filleul qui, à l’âge de 16 ans, pouvait faire valoir ses droits dans sa seigneurie.

          Nous savons donc davantage de choses sur le tuteur que sur le jeune homme et son éducation. Pourtant on peut penser que le jeune marquis Jacques-Joachim Trotti  de La Chétardie reçut sa formation de jeune noble, indépendamment de quelque précepteur, auprès de son beau-père le comte de Monastérol apprenant à être distingué, mondain, raffiné et à bien se tenir dans les salons à Paris et à la Cour. Il fut instruit vraisemblablement dans l’art diplomatique et aussi dans l’art militaire. Il aurait écrit, à l’âge de 16 ans, un traité sur les fortifications ce qui lui aurait attiré un moment de célébrité. Peut-être avait-il repris en partie les archives de son défunt père qui avait été gouverneur de plusieurs places fortes dans l’Est et dans le Nord de la France : Vieux Brisach, Thionville et Landrecies, autant de villes fortifiés sur les frontières du royaume sous le règne de Louis XIV par les soins de Louvois et de Vauban.

La même année de la publication de ce traité sur les fortifications, c’est-à-dire en 1721, il fut nommé lieutenant au régiment de Touraine. Cette nomination au grade d’officier, même subalterne, à un si jeune âge peut nous surprendre aujourd’hui. Elle n’a pourtant rien d’étonnant quand on la compare à la situation d’un jeune Corse, Napoleone de Buonaparte, lui aussi issu de la petite noblesse, nommé lieutenant à 17 ans en 1786 après ses études à l’école de Brienne et une année à l’Ecole Militaire de Paris. C’est donc une carrière militaire très classique qui s’ouvrait devant le jeune marquis, dernier rejeton d’une vieille famille de la noblesse d’Angoumois.

  

En considération de la monotonie de la vie de garnison, de la rudesse et de l’inconfort des camps, on comprend que le jeune lieutenant  ait pu garder quelque nostalgie des brillantes réceptions à Paris ou à Versailles aux côtés de sa mère toujours belle et élégante et de son beau-père le séduisant et sémillant comte Ferdinand Solars de Monastérol, représentant de l’Electeur de Bavière auprès du roi de France.

En effet, vraisemblablement à l’instigation de l’ambassadeur de l’Electeur de Bavière dont l’influence allait grandissant à la Cour,le jeune officier fut appelé à quitter de temps à autre l’armée royale pour des missions  diplomatiques à l’étranger  et de toute façon toujours au service du roi. Les archives du ministère des Affaires Etrangères mentionnent qu’il fut envoyé successivement en Anglaterre, en Hollande et à partir de 1732 en Prusse. De 1733 à 1738, il fut officiellement ministre plénipotentiaire de la France auprès du roi de Prusse, Friedrich-Wilhelm (Frédéric-Guillaume), surnommé le « roi-sergent »[7]. Cependant, simultanément et conformément aux usages de ce temps, il n’en continuait pas moins à mener de front ses missions diplomatiques et sa carrière militaire.

Promu en 1739 aide-major au régiment de Touraine, on le retrouve en 1733 dans l’armée d’Italie aux sièges de Fizzighetone et de Milan et en 1734 aux sièges de Serravalle, de Novara[8] et de Tortona[9]. Avec la guerre de succession de Pologne, la France, alliée à l’Espagne, à la Sardaigne et à la Bavière, s’oppose à l’Autriche, alliée à la Saxe et à la Russie. Louis XV soutenant la candidature de son beau-père, Stanislas Leczynski au trône de Pologne, cet appui de la France a entraîné une intervention militaire austro-russe en faveur de la candidature d’Auguste III de Saxe[10]. Dans ce conflit européen qui a duré de 1733 à 1738, la guerre s’est aussi portée de l’Europe Centrale et des bords du Rhin en Italie du nord où Sardes et Espagnols espéraient obtenir des domaines au détriment de l’Autriche. C’est donc à la faveur de la guerre de Succession de Pologne[11] que le marquis Jacques-Joachim Trotti de La Chétardie combattait les armées autrichiennes dans les rangs de l’armée française aux côtés des Sardes et des Espagnols.

Il semble bien qu’à partir de 1734, le marquis de La Chétardie ait tout à fait opté pour la carrière diplomatique jusqu’à la fin de la guerre de Succession de Pologne en 1738. Cela s’explique à la fois par sa nouvelle fonction diplomatique puisqu’il était devenu ministre plénipotentiaire du roi de France auprès de la Cour de Prusse et aussi par la neutralité de la Prusse à ce moment-là. Ainsi les missions militaires alternant avec des missions diplomatiques, c’est la diplomatie qui finit par l’emporter. L’influence du beau-père diplomate, « ministre de l’Electeur de Bavière en France » a supplanté la tradition militaire du père, ancien gouverneur de forteresse. A la rude vie des camps a succédé l’ambiance élégante, raffinée et feutrée des Cours et des Chancelleries. 

En 1732, notre diplomate français en poste à Berlin avait 27 ans. Sa présence et son action semblent avoir été assez bien appréciées puisque Voltaire se servait du représentant français pour favoriser ses relations avec le prince royal Frédéric[12], installé au château de Rheinsberg. Dans une lettre à Thiériot[13] datée du 21 octobre 1736, Voltaire supplie son correspondant d’écrire à « Monsieur de La Chétardie » : « Je n’ay nulle envie d’aller en Prusse mais je veux y être aimé et vous en avoir l’obligation ». Dans une autre lettre adressée au marquis d’Argenson [14] en date du 8 mai 1739, Voltaire reprend son insistance pour que l’ambassadeur de France parle au prince héritier du trône de Prusse, le Kronprinz, en sa faveur d’autant plus que le « philosophe »  avait alors quelques ennuis avec Versailles pour ses écrits jugés trop sulfureux : «  Je reçois, écrit Voltaire, une lettre d’un prince dont vous seriez le premier ministre si vous étiez né dans son pays : il a pris tant de pitié des vexations que j’essuie qu’il a écrit à M. de La Chétardie en ma faveur. Il l’a prié de parler fortement. Mais il me mande point à qui il le prie de parler. J’ignore donc les détails du bienfait et je connais seulement qu’il y a des cœurs généreux. Vous êtes du nombre et « in capite libri » Je vous supplie donc de vouloir bien parler à M. de La Chétardie et de lui dire ce qui conviendra car vous le savez mieux que moi ».

Est-il bien connu dans l’histoire de la littérature française que le marquis de La Chétardie s’est trouvé momentanément à la Cour de Versailles le défenseur  du prestigieux « philosophe » Voltaire ? C’est pourtant ce que laisse entendre le passage de cette lettre du grand écrivain. Ayant été averti des vexations que devait subir Voltaire – vraisemblablement son éloignement de la Cour – le prince Frédéric de Prusse a promis son aide au « philosophe » : « Je suis indigné du peu d’égard qu’on a pour vous et je m’emploierai volontiers pour vous préserver et du moins vous trouver quelque repos. Le marquis de La Chétardie à qui j’avais écrit est malheureusement parti de Paris mais je trouverai bien le moyen de faire insinuer au cardinal de Fleury ce qu’il est bon qu’il sache

au sujet d’un homme que j’aime et que j’estime ».

C’est qu’en 1739 le représentant du roi de France à Berlin n’était plus le marquis de La Chétardie mais un certain marquis de Valori[15]. Le prince héritier de Prusse regrettait alors l’ancien ambassadeur. N’avait-il pas écrit dans une autre lettre à Voltaire quelques années plus tôt : «  le marquis viendra la semaine prochaine, nous aurons du bonbon ». En d’autres termes, nous aurons une conversation agréable, malicieuse, avec des nouvelles récentes de France, des salons parisiens et de la Cour, dans un esprit bien français où l’ironie se mêlait au badinage. Ainsi le marquis de La Chétardie était bien dans l’esprit du temps, homme aimable et brillant causeur  ce que n’était pas son remplaçant Valori, comme le rappelait le prince Frédéric dans une une lettre à Voltaire en date du 17 octobre 1739 : « Nous attendons cette semaine le marquis de La Chétardie duquel il faudra prendre encore un triste congé. Je ne sais ce que c’est que ce M. de Valori mais j’en ai ouï parler comme d’un homme qui n’avait pas le ton de la bonne compagnie. Monsieur le Cardinal aurait bien pu se passer de nous envoyer cet homme et de nous ôter La Chétardie qui est en tout sens un très aimable garçon ».

Peut-être le cardinal de Fleury[16] et son secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, Amelot[17], trouvaient-ils le marquis trop inféodé aux intérêts de la Prusse et par conséquent un peu oublieux des intérêts français. Devenu trop « prussien », La Chétardie s’était vu confier une nouvelle mission diplomatique cette fois-ci en Russie à Saint-Petersbourg. Par ailleurs, le prince héritier du trône de Prusse, le Kronprinz, Frédéric, alors âgé de 27 ans, était en passe de succéder à son père, le vieux Frédéric-Guillaume dont l’âge et la santé déclinante annonçaient la fin imminente.

Le départ de La Chétardie de Berlin n’était donc pas fortuit. Dans une autre lettre à son ami Voltaire en date du 4 décembre 1739, Frédéric exprimait toute son amertume et ses regrets devant le changement à Berlin du représentant de la France : « Ce Monsieur de Valori si longtemps annoncé par la voix du public, si souvent promis par les gazettes, si longtemps arrêté à Hambourg, est enfin arrivé à Berlin. Il nous fait beaucoup regretter La Chétardie. Monsieur de Valori nous fait apercevoir tous les jours ce dont nous avons perdu au premier. Ce n’est à présent qu’un cours théorique des guerres du Brabant, des bagatelles et des minuties de l’armée française et je vois sans cesse un homme qui se croit vis-à-vis de l’ennemi et à la tête de sa brigade. Je crains toujours qu’il me prenne pour une contrescarpe ou pour un ouvrage à cornes et qu’il me livre un malhonnête assaut. M. de Valori a presque toujours une migraine. Il n’a point le ton de la société. Il ne soupe point »… Les deux personnalités des diplomates français, à l’évidence, étaient diamètralement opposées !

Après cette description assez spirituelle mais sans indulgence de Valori, voici ce qu’en a écrit  Albert Vandal[18] dans une étude sur Louis XV et Elisabeth de Russie à propos du marquis de La Chétardie : « Il était le type du mondain au XVIIIe siècle se faisant remarquer en quelque lieu qu’il se trouvât. Bonne mine et galanterie lui attirèrent de nombreux succès. Intelligence prompte et déliée, esprit vif, jugement faux, frivole, aventureux, sûr de lui, bouillant, irréfléchi, sacrifiant tout à son désir de briller et de jouer un rôle, se lançant dans les plus téméraires entreprises, sans en prévoir  la suite, il perdait par étourderie le fruit de son adresse. Hautain, jaloux de son rang, attaché à ses prérogatives, obstiné sur tout ce qui concernait le cérémonial, il traitait avec sérieux les futilités et les affaires avec légèreté.  Il passa maître dans l’art de se ruiner en grand seigneur. » Certes ce portrait sans complaisance d’Albert Vandal valait la peine d’être rapporté. Gardons nous pourtant d’être aussi sévères par rapport à ce que nous savons de la noblesse, des salons parisiens et de la vie mondaine au XVIIIe siècle en France. Le marquis de La Chétardie était en fait un produit conforme de sa caste sociale, la noblesse, et le résultat de l’éducation qu’il avait reçue de ses parents, couple très mondain déjà décrié par le duc de Saint-Simon dans ses « Mémoires ».

Quoiqu’il en soit, pour laisser de tels regrets tant auprès du prince héritier que de la Cour de Prusse, cela signifiait que la mission diplomatique à Berlin du marquis de La Chétardie avait connu un plein succès. Qu’attendait-on de la Prusse à Versailles ? Le gouvernement français et en particulier le cardinal de Fleury, le principal ministre du roi Louis XV, souhaitaient que la Prusse exerçât en face de l’Autriche une sorte de contre-pouvoir. Traditionnellement depuis plusieurs siècles, au moins depuis le règne de François Ier, les rois de France se méfiaient des Habsbourg par crainte de l’encerclement du royaume de France par leurs possessions territoriales. Malgré le passage du royaume d’Espagne aux Bourbons au début du XVIIIe siècle, Versailles continuait en 1740 à rester hostile aux Habsbourg et à leur représentant à ce moment-là : l’impératrice Marie-Thérèse. A Paris le parti anti-autrichien se déchaînait autour de militaires comme le maréchal de Belle-Isle et des « philosophes » comme Voltaire : ceux-ci voyaient dans l’empire d’Autriche l’incarnation d’une conception du pouvoir qu’ils haïssaient et, à la suite de Voltaire qui venait de corriger « L’Antimachiavel », un ouvrage dans lequel le prince héritier de Prusse réfutait les idées de Nicolas Machiavel, reconnaissaient dans Frédéric de Prusse le protecteur des idées nouvelles, les « Lumières ». Les clameurs du parti rencontraient alors un plein écho dans l’opinion publique, entretenue depuis la guerre de Succession d’Espagne dans ses sentiments anti-autrichiens par toute une littérature pseudo-historique. L’hostilité que rencontra bien plus tard la reine Marie-Antoinette ne venait elle pas du seul fait qu’elle était « l’Autrichienne », une princesse Habsbourg, fille de l’impératrice Marie-Thérèse[19].

De toute évidence, le marquis de La Chétardie appartenait à ce parti anti-autrichien par ses relations amicales avec le prince Frédéric de Prusse, devenu le roi Frédéric II en 1740, avec Voltaire  et avec le marquis d’Argenson  qui accéda au poste de secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères en 1743 à la mort du cardinal de Fleury. Ce sentiment anti-autrichien était même une conviction profonde chez La Chétardie rejoignant les recommandations en ce sens du gouvernement de Louis XV jusqu’à l’arrivée au pouvoir à Vienne du chancelier Kaunitz[20], ancien ambassadeur d’Autriche en France, et qui contribua au renversement des alliances à partir de 1753.

L’ennui pour La Chétardie, comme pour beaucoup de ses contemporains et en particulier l’intelligentsia parisienne, c’est qu’il avait une confiance aveugle dans la personne de Frédéric II alors que celui-ci, par opportunisme et par cynisme n’avait en considération que les intérêts de la Prusse et de sa propre couronne, ne renonçant à aucun moyen compromettant comme la trahison ou le mensonge pour parvenir à ses fins. Le cardinal de Fleury qui avait vu juste aurait un jour confié à l’ambassadeur du Portugal à propos de Frédéric : « C’est un malhonnête homme et un fourbe !» En quittant son ambassade de Berlin, Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie, était loin d’avoir de telles pensées à l’égard du prince héritier de Prusse en qui il ne voyait qu’un homme cultivé, sage et résolu, ami des « philosophes » et des savants, un véritable homme d’Etat en somme en même temps qu’un allié indéfectible à la France !

Pour le nouvel ambassadeur de France à Saint-Petersbourg, il fallait faire en sorte que la Russie abandonnât l’alliance avec l’Autriche pour rejoindre une alliance avec la France. Immense tâche, difficile et périlleuse qui ne semble pas avoir rebuté notre diplomate mais bien au contraire  l’ait exalté et enthousiasmé. L’aventure qui s’ouvrait devant lui le stimulait et l’enchantait tout à la fois !

 

 

Quand le marquis de La Chétardie arriva en 1739 en Russie pour présenter ses lettres de créance à la tsarine Anna Ivanovna, la situation intérieure du pays était tendue et une velléité de révolte couvait dans l’opinion publique. Il y avait déjà neuf années que régnait Anna Ivanovna, la fille du tsar Ivan V, veuve sans enfant du duc de Courlande, arrivée au pouvoir suite à une conjuration des nobles et qui avait ramené avec elle toute une bande favoris. Il était de notoriété publique que la tsarine préférait les Allemands et divers autres étrangers et qu’elle se méfiait de la noblesse russe. La souveraine s’était révélée tout à fait incapable de gouverner et, du reste, elle n’avait aucun désir de s’occuper des affaires de l’Etat. Certains ministères comme les Affaires Etrangères dirigées par Ostermann[21] ou l’Armée, avec Münnich[22], avaient prospéré grâce à des Allemands compétents, semblables à ceux dont s’était entouré Pierre le Grand mais la plupart des favoris, nullement qualifiés pour occuper leur poste, n’agissaient que pour leur intérêt personnnel affichant une ignorance stupéfiante de la Russie et un mépris pour tout ce qui était russe.

Ernst-Johann Biren[23], l’amant de la tsarine, venait aussi de Courlande. Ayant reçu les plus grands honneurs et aussi d’énormes émoluments, il était devenu le personnage le plus haï  et le symbole même du régime. La « Birenovstchina », en d’autres termes, l’administration de Biren, désigne tout particulièrement cette période de persécutions policières et de terreur politique qui entraînèrent l’exécution de plusieurs milliers de personnes et la déportation en Sibérie de vingt à trente mille autres. Cette cruauté du règne de la tsarine Anna Ivanovna qui n’était certes pas exceptionnelle dans l’histoire de la Russie avait réussi à enflammmer l’imagination populaire avec la volonté plus ou moins avouée de se débarrasser à tout prix des profiteurs et des persécuteurs allemands ! Sentant le gouvernement de la tsarine fort impopulaire et peu ou prou en passe d’être renversé, le marquis de La Chétardie espérait qu’à la faveur de changements politiques ou de quelque révolution de palais, les relations franco-russes pourraient ainsi évoluer.

C’est que jusqu’en 1739, la politique étrangère de la Russie était assez proche de la stratégie du damier : la Russie était, en gros l’ennemie de ses voisins et l’ami des voisins de ses voisins  et le reste de ses relations se modelait sur ce système. La France était alors ressentie comme un adversaire durable de la Russie parce que dans sa lutte pour la suprématie sur le continent, elle comptait sur l’empire turc-ottoman et les royaumes de Pologne et de Suède pour l’aider à encercler ses ennemis de toujours, les Habsbourg, alors que la Russie avait combattu à maintes reprises ces trois alliés est-européens de la France.

L’Autriche des Habsbourg apparaissait en revanche comme l’alliée la plus sûre de la Russie, ayant des intérêts communs en Pologne. De plus l’Autriche et la Russie se trouvaient toutes deux opposées au parti pro-français, notamment dans la crise de la succession de Pologne. Le premier traité d’alliance entre les deux grandes monarchies  d’Europe orientale avait été d’ailleurs signé très officiellement en 1726 et devait pour longtemps servir de référence aux relations diplomatiques austro-russes. La Prusse, autre grande puissance de langue allemande, était pour la Russie une menace par son accession récente au rang de puissance territoriale et militaire et aussi par son alliance avec la France.

La situation diplomatique était donc loin de donner satisfaction au nouveau représentant de la France en Russie et qui, de plus, avait l’inconvénient de venir de Berlin où son action diplomatique avait été fort appréciée et où il avait su gagner l’amitié du prince héritier ! En conséquence, on pouvait supposer que l’ambassadeur français avait toutes les chances d’être reçu très froidement à la Cour de Russie. En fait, il n’en fut rien sinon ce serait oublier les talents de charme et de séduction du marquis de La Chétardie qui sut impressionner la tsarine Anna Ivanovna et sa Cour par une arrivée fastueuse, digne du prestigieux royaume de France qu’il était en charge de représenter mais dont la mise en scène était à rapprocher des « Mille et une nuits » ! …  Tous les historiens russes du règne d’Anna Ivanovna  et d’Elisabeth Petrovna  se sont attardés et extasiés sur la description de « l’entrée », comme on disait alors, du marquis de La Chétardie à son ambassade à Saint-Petersbourg. Nous n’avons donc que l’embarras du choix dans les témoignages et les récits de cette arrivée triomphale.

Très sûr de lui, conscient de ses titres et de ses qualités d’ambassadeur, de « ministre extraordinaire et plénipotentiaire du Roi Très-Chrétien », Louis XV, le marquis de La Chétardie voulait arriver en Russie comme un grand seigneur. Dans un imposant cortège de carrosses et de berlines, conduits par des écuyers et des officiers, se trouvaient douze secrétaires, huit chapelains, six cuisiniers et cinquante pages et valets de chambre en grande livrée. Très impressionné lui-même par tout ce faste, l’envoyé prussien en Saxe, le comte Manteuffel[24], écrivait à son souverain à propos du représentant français : « Ses habits sont tout ce que la Russie aura vu de plus magnifique et de moins entendu. Il fera voir aux Russiens en tout sens ce qu’est la France ». En effet, la France n’était-elle pas le plus beau des royaumes et le fameux adage « Dieu vit en France » toujours en vogue aujourd’hui en Europe centrale, ne date-t-il pas de cette époque où la France régentait la culture, les activités de l’esprit, les arts, la mode et le goût dans toute l’Europe ?

Pour honorer l’envoyé du roi de France dès son entrée dans l’empire russe, la tsarine Anna Ivanovna envoya à sa rencontre un officier de sa maison impériale pour l’accompagner de Riga à Saint-Petersbourg. L’attention était délicate et on peut supposer que la fierté de l’ambassadeur en fut  flattée. Aussi l’arrivée à Saint-Petersbourg de la délégation française annoncée longtemps à l’avance, attendue, espérée, n’en fut que plus solennelle et fastueuse. C’est dans le carrosse même de la tsarine  – autre aimable attention ! – suivi de tous les membres de la délégation française et de tous les personnels de l’ambassade de France ainsi que d’un important détachement des troupes russes en uniforme de parade déployant bannières et étendards, que le marquis de La Chétardie se rendit au palais impérial pour présenter ses lettres de créance à la tsarine Anna Ivanovna.

L’accueil de la souveraine ne pouvait être qu’en conformité du cortège somptueux du diplomate français. C’est donc assise sur son trône, en grand habit de cérémonie, le front ceint de la couronne impériale, entourée de la Cour au complet que la tsarine reçut le représentant du roi de France avec tous les égards réservés au prestigieux souverain français. Nullement impressionné par les fastes de la Cour de Russie et par la solennité de la circonstance, le marquis de La Chétardie, après s’être longuement incliné, monta les marches du trône pour baiser la main d’Anna Ivanovna comme à Versailles. Revenu au pied des marches du trône impérial, il fit son compliment en français où il ne manqua pas de rappeler l’amitié entre les souverains de France et dec Russie et de leurs peuples et de souhaiter une alliance plus étroite entre les deux couronnes … L’élégance de La Chétardie, ses bonnes manières, sa belle allure, son air assuré et altier à la fois, firent sensation. L’ambassade en Russie de Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie, commençait donc sous les meilleurs auspices.

Si le représentant français fit une impression favorable à la Cour impériale de Russie, ce ne fut pas réciproque pour La Chétardie qui en fit état dans sa correspondance avec Versailles. La vulgarité et la rudesse des courtisans russes ainsi que l’allure hommasse de la tsarine alors âgée de 46 ans mais atteinte par la maladie de la pierre, le déçurent considérablement. Il n’en laissa bien sûr rien paraître à Saint-Petersbourg. On était bien loin décidément des réceptions splendides et raffinées de la Cour de France et des mœurs aimables et policées des courtisans français.

Informé par ses services des intrigues de la Cour de Russie, l’ambassadeur français tout entier à sa mission d’une véritable et durable alliance franco-russe et sentant bien que les jours du gouvernement d’Anna Ivanovna et de Biren, son âme damnée, étaient comptés, chercha immédiatement à connaître qui pourrait succéder à la tsarine en place. Il fut donc très vite renseigné sur les problèmes dynastiques russes. Il apprit ainsi qu’Elisabeth Petrovna, fille de Pierre le Grand et de Catherine Skavrouski, sa seconde épouse, aurait pu être tout aussi bien impératrice de Russie si un complot d’une camarilla de nobles d’esprit allemand n’avait porté au pouvoir en 1730 Anna Ivanovna, fille du tsar Ivan V, frère de Pierre le Grand et représentant en fait de la branche Brunswick de la famille Romanov.

Sans plus attendre, La Chétardie s’arrangea à rencontrer la princesse Elisabeth, officiellement pour lui présenter ses respects  mais très officieusement et très prosaïquement pour savoir quel parti il pourrait en tirer. Après avoir présenté ses lettres de créance à Anna Ivanovna, la méthode était pour le moins dangereuse mais bien dans l’esprit de La Chétardie qui avait au plus haut point le sens de l’intrigue. L’ambassadeur de France fut tout de suite séduit. Elisabeth Petrovna avait alors 30 ans. Elle était ce qu’il est convenu d’appeler au XVIIIe siècle une belle femme, grande, aux yeux bleus, d’un naturel enjoué. Son éducation, ses goûts, l’avaient tourné favorablement vers la France. Au village d’Ismaïlovo où elle avait été élevée avec ses cousines germaines, contrairement à celles-ci  qui avaient reçu une éducation traditionnelle, elle avait eu une gouvernante française, une dame Latour, suppléée par plusieurs précepteurs dont un Français encore, un certain Rambour. Elle parlait aussi un peu d’italien, d’anglais et passablement l’allemand. Sa connaissance de la langue française l’avait même incliné à faire des poèmes ce qui montre bien sa prédilection pour cette langue indépendamment de la langue russe. Pour Elisabeth, le marquis de La Chétardie incarnait à ses yeux le fin du fin de l’esprit français. La sympathie fut donc réciproque dès ce premier entretien. Dans l’esprit du diplomate français, séduit par la beauté physique et le charme de cette princesse slave, dut sans doute germer l’idée qu’elle ferait une impératrice bien plus agréable d’autant plus qu’elle affichait une grande estime pour tout ce qui était français.

Du côté d’Elisabeth Petrovna, vraisemblablement, cet ambassadeur de 34 ans et donc à peine plus âgé qu’elle, élégant, brillant causeur, de belle prestance, serait bien agréable à rencontrer dans les longues et inévitables réceptions de la Cour impériale. Cela ne manqua pas de se produire quelques jours plus tard à l’occasion d’un bal à la Cour où le sémillant diplomate français eut l’audace d’ouvrir le bal avec elle, sans toutefois manquer aux convenances puisque la tsarine ne dansait pas. La Chétardie n’en manquait pas pour autant de vue l’objectif essentiel de sa mission et pour se faire quelques alliés, il multipliait les réceptions. N’avait-il pas les meilleurs cuisiniers, les meilleurs vins et les plus somptueuses réceptions de Saint-Petersbourg dans une ambiance très française qui laissait ses hôtes sous le charme ? Le champagne se substituait alors aux vins de Hongrie ce qui était peut-être présager l’éviction de l’Autriche au profit de la France !  Dans son conflit latent entre la Russie et la Suède pour des questions territoriales, Anna Ivanovna comptait sur la France pour apaiser les tensions entre les deux Etats espérant que Versailles saurait obtenir de son allié à Stockholm des garanties pour la paix. C’était une situation intéressante et nouvelle pour La Chétardie.

Mais le mardi 27 octobre 1740, la tsarine Anna Ivanovna mourait des suites de la maladie de la pierre. Peu de temps avant sa mort, elle avait désigné un bébé de deux mois Ivan Antonovitch pour lui succéder sur le trône. Le petit Ivan était l’arrière-petit-fils d’Ivan V et le petit-fils de la sœur aînée d’Anne, Catherine, qui avait épousé en 1716 le duc Charles-Léopold de Mecklembourg. Une fille issue de ce mariage, Anna Leopoldovna, devint l’épouse duc Anton-Ulrich de Brunswick-Bevern-Lunebourg. Le nouvel empereur était le fils d’Anna Leopoldovna et d’Anton-Ulrich. Pourtant malgré la présence de ses parents à la Cour de Russie, l’impératrice mourante désigna Biren comme régent. Compte tenu de l’impopularité de ce dernier, cet état de choses ne pouvait durer ! Un mois plus tard, le 28 novembre 1740, Biren était renversé par Münnich et envoyé en Sibérie pour y finir ses jours avec quelques-uns de ses comparses. Anna Leopoldovna était enfin régente. Malgré le renversement si souhaité de Biren, le gouvernement de la régente n’était pas pour autant populaire car elle continuait à s’appuyer sur ce que les Russes appelaient « le parti allemand ».

Dans cette atmosphère trouble de guere civile larvée et d’instabilité du pouvoir politique, l’ambassadeur français crut déceler une situation favorable pour les intérêts français et son goût de l’intrigue s’en trouva stimulé. De plus pour La Chétardie, il était urgent d’agir. D’abord Anna Leopoldovna ne venait-elle pas d’engager des pourparlers avec l’Angleterre contre la France pour que le roi Georges II[25] à Londres et au-delà la dynastie de Hanovre appuient les prétentions dynastiques  de la famille Brunswick au trône des tsars de Russie ? Ensuite et surtout parce que la régente qui connaissait les relations suivies de l’ambassadeur français avec la princesse Elisabeth Petrovna lui manifestait de plus en plus une hostilité déclarée ce qui rendait sa mission très compromise à Saint-Petersbourg.

Il était pourtant bien évident qu’Elisabeth Petrovna devenait chaque jour davantage  aux yeux des Russes la seule souveraine légitime du pays alors que le porteur présumé de la couronne impériale, le très jeune tsar Ivan, était seulement l’arrière-petit-fils d’Ivan V, le frère de Pierre le Grand et le fils d’un père allemand. Malgré la surveillance de plus en plus étroite que la régente et Münnich faisaient exercer sur les allées et venues d’Elisabeth et de ses proches, le peuple et la garde impériale ne cessaient de manifester à Elisabeth leur sympathie de plus en plus insistante ainsi que leur impatience à se débarrasser d’un régime odieux. Belle et intelligente mais de nature nonchalante et quelque peu paresseuse, Elisabeth Petrovna n’avait aucun goût pour l’intrigue et encore pour le pouvoir. Mais la méfiance de la régente s’accompagnant d’une surveillance policière de plus en plus étroite et d’une restriction très forte des pensions qui lui étaient versées, il lui fallait agir. Sans les tracasseries de la régente Anna Leopoldovna, elle se serait sans doute contenté de son train de vie du temps d’Anna Ivanovna et de son cercle d’amis.

La Chétardie, pour détromper la surveillance de la régente et pour égarer les agents d’Anna Leopoldovna, espaça peu à peu ses rencontres avec la princesse pour ne plus la voir du tout. En fait, il était parvenu à circonvenir – il est vrai avec quelque argent ! – un certain Lestocq[26], chirurgien de son état, Hanovrien d’origine française, qui avait surtout la qualité d’être admis parmi les proches d’Elisabeth Petrovna. Par Lestocq, La Chétardie cherchait à convaincre la princesse d’agir, étant actif lui-même de son côté. Pour La Chétardie, la situation était favorable pour renverser « le parti allemand » (en fait pro-autrichien aux yeux de la diplomatie française), encore fallait-il que la princesse entraîna elle-même la Garde impériale à se révolter Ce furent donc pendant plusieurs semaines tergiversations et lettres secrètes, rendez-vous secrets et gestes convenus, tout ceci dans une atmosphère de conjuration !

Informé de l’évolution de la situation, Versailles voyait avec inquiétude l’ambassadeur français se mêler d’un peu trop près des affaires russes. Cependant on jugea préférable de ne pas « décourager » la prétendante au trône impérial, La Chétardie ayant fort bien plaidé contre le projet d’alliance de la régente avec la couronne d’Angleterre au détriment de la France. Interprétant à sa façon les mises en garde prudentes du cardinal de Fleury et d’Amelot, secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, La Chétardie préféra « encourager » la princesse en lui apportant une missive de Versailles comme quoi « la France mettait à disposition ses trésors, son crédit et ses conseils. Que même le roi l’aurait vue elle-même et céderait aux sentiments qu’elle était bien capable d’inspirer, il ne pourrait s’occuper davantage de ce qui l’intéresse ». Elisabeth était donc rassurée. Pour donner le change, Versailles fit planer la menace de rupture diplomatique au sujet des incidents sur la frontière suédoise. La régente ayant besoin de l’arbitrage français préféra rappeler l’ambassadeur La Chétardie à la Cour. Le représentant français revint donc à Saint-Petersbourg après s’être retiré à la campagne et il obtint de présenter à nouveau ses lettres de créance mais non à la régente mais au jeune tsar car ainsi quoi qu’il arrivât le représentant de la France ne pouvait être pris en défaut !

Il n’empêche que l’ambassadeur se prenant au jeu d’une conjuration très compliquée se mit à diriger les opérations. Pourtant l’intrigue de La Chétardie et l’agitation qui existait dans la Garde impériale commencèrent à éveiller les soupçons du gouvernement. Ostermann prévint la régente de ce qui se tramait et la Cour d’Autriche envoya également des avertissements. Mais Anna Leopoldovna se borna à faire part naïvement à Elisabeth des soupçons qui pesaient sur elle. Elisabeth se décida alors à agir sans retard d’autant plus que la Garde impériale devait être bientôt envoyée pour combattre les Suédois.

Dans une sorte de conseil privé tenu le 5 décembre 1741, toutes  les personnes de l’entourage d’Elisabeth qui avaient été déjà circonvenues par La Chétardie insistèrent sur la nécessité de la mise en exécution immédiate du coup d’Etat projeté. Elisabeth s’inclina et résolut de se mettre à la tête des soldats qui lui étaient dévoués. Dans la nuit du 5 au 6 décembre  (du 24 au 25 novembre dans la calendrier julien en vigueur en Russie jusqu’en 1918), Elisabeth se présenta à la caserne de la compagnie des grenadiers du régiment Preobrajenski[27]. Les soldats la suivirent avec enthousiasme et le coup d’Etat fut accompli. La régente et toute sa famille furent arrêtés au Palais d’Hiver et transférés au palais d’Elisabeth. Ostermann, Münnich, Löwenwolde[28], Golowkine[29] et tous les membres du gouvernement furent arrêtés à leurs domiciles respectifs et enfermés à la forteresse Pierre et Paul. Malgré la glaciale nuit d’hiver, les rues de Saint-Petersbourg furent parcourues par une foule en liesse. C’est que la nouvelle impératrice était une souveraine foncièrement russe dont l’avénement signifiait la chute définitive du régime allemand détesté. Naturellement pendant tout ce temps, au palais de la légation française, La Chétardie ne manquait pas de suivre les événements, heure par heure. Quand le succès du coup d’Etat fut écvlatant, il partit immédiaement présenter ses compliments à Elisabeth Petrovna. Fait significatif que plusieurs témoignages ont confirmé : les soldats du régiment Preobrajenski se bousculaient pour baiser les mains de l’ambassadeur français en l’appelant leur père et leur sauveur !

Il était manifeste que le plan de ce coup d’Etat avait eu non seulement l’appui de l’ambassade  de France mais en plus était en quelque sorte l’oeuvre du chef de la délégation française : le marquis de La Chétardie. Reconnaissante, Elisabeth envoya un message de remerciements au roi Louis XV. Pour La Chétardie, c’était le triomphe complet : à Versailles, on se louait de son audace et l’alliance tant espérée avec la Russie allait donc aboutir. A la Cour de Russie, désormais, l’ambassadeur avait ses grandes entrées mais on chuchotait déjà qu’il avait eu aussi ses petites entrées dans les appartements privés de l’impératrice étant admis parmi les proches et amis fidèles d’Elisabeth Pterovna. Le lendemain du coup d’Etat n’avait-elle pas envoyé six messages  le même jour à l’ambassadeur de France pour lui exprimer sa gratitude ? Lors de l’entretien avec l’ambassadeur, la nouvelle impératrice était allée jusqu’à demander conseil au marquis de La Chétardie  sur l’avenir du tsar Ivan III, redevenu en la circonstance « prince de Brunsswick ». La Chétardie n’hésita pas : « On ne saurait, répondit-il, apporter trop de moyens pour effacer jusqu’aux traces du règne d’Ivan III ». De fait, l’infortuné enfant fut enfermé à la prison au nom allemand de Schlüsselburg (Schlüssel désignant la clé et Burg la forteresse en allemand… tout un programme!) où il devint fou et mourut assassiné sur l’ordre de Catherine II en 1764.

Participant  à l’arbitrage dynastique de la Russie, le marquis de La Chétardie croyait avoir atteint des hauteurs dont il ne redescendrait plus !

 

 

 

 

 

 

 

Dans les jours qui suivirent le coup d’Etat, tout un chacun eut à constater la présence assidue du diplomate français auprès de la nouvelle impératrice, l’accompagnant dans tous ses déplacements au point de monter à côté d’elle dans le carrosse impérial ! Si nous connaissons tous ces détails c’est que les diplomates étrangers en poste à Saint-Petersbourg et notamment Mardefeld[1] pour la Prusse

et Botta[1] pour l’Autriche dans leurs rapports à leurs gouvernements respectifs ne manquaient pas de raconter ce qui se passait à la Cour de Russie  disant leur désappointement devant l’extrême faveur dont jouissait le reésentant français.

Si Botta ne craignait pas d’afficher son dépit, par contre Mardefeld qui n’appréciait pas Elisabeth, faisait semblant d’être satisfait sur ordre de son nouveau souverain, le roi Frédéric II de Prusse, au point d’être « le page » de l’ambassadeur de France auprès d’Elisabeth, au nom de l’alliance franco-prussienne. Botta, l’ambassadeur d’Autriche avait bien de quoi être dépité : la Prusse ne venait-elle pas de s’emparer  militairement de la Silésie avec l’accord de la France et à la faveur de l’arrivée mal assurée au pouvoir de Marie-Thérèse sur le trône de Vienne en 1740 ? Une nouvelle guerre, celle de la succession d’Autriche venait de s’ouvrir et apparemment le marquis de La Chétardie avait toutes les chances de parvenir à faire entrer la Russie dans une alliance avec la Prusse et la France, profitant de ses bonnes grâces auprès de la nouvelle tsarine qu’il avait contribué à mettre au pouvoir !

Dans ses missives au gouvernement de Londres, le diplomate anglais Finch  allait jusqu’à assimiler La Chétardie à Biren, l’ex-amant d’Anna Ivanovna, s’inquiétant de voir un  tel cumul de fonctions : ambassadeur d’une grande puissance et en même temps favori et principal ministre ! Il est aisé de penser que naturellement les diplomates hostiles à La Chétardie ne se contentaient pas d’analyser la situation et que simultanément eux et leurs services intriguaiant pour mettre fin à cet état de choses ! De son côté, le marquis de La Chétardie bien qu’informé à la fois des sentiments et des intrigues de ses ennemis ne trouvait pas pour autant matière à s’inquiéter, tout à son triomphe, soucieux avant toutes choses de contenter la souveraine, satisfait des honneurs qu’on lui rendait à la Cour de Russie et finalement pas mécontent du tout de faire enbrager ses adversaires !

Fut-il l’amant de la tsarine ? Tout porte à le croire et la plupart des historiens  russes de cette période s’accordent à le penser. Leur liaison, dont le début remontait au moment où Anna Ivanovna était encore au pouvoir, s’en était trouvée en quelque sorte stimulée par le complot contre Anna Leopoldovna. Quand l’ambassadeur  avait cru bon de quitter momentanément Saint-Petersbourg et de prendre quelque distance avec la Cour de Russie, la princesse, bravant tous les dangers, était venue  le rencontrer en secret, à la nuit noire, dans un bateau, cachée sous d’épaisses fourrures pour obtenir un rendez-vous ! Un tel comportement ne relevait pas seulement de la politique mais aussi de la passion amoureuse. Il est vrai que pour notre marquis c’était une façon bien délicieuse de joindre l’utile à l’agréable …

Le lendemain du complot, le 6 décembre 1741, six messagers avaient été envoyés  par Elisabeth au marquis de La Chétardie. Six messagers en une seule journée ! Cela relevait davantage des billets doux que de la diplomatie ! Et enfin cette présence constante de l’élégant ambassadeur français à tous les plaisirs de la souveraine : bals, chasses, cérémonies diverses, etc. ne pouvait  laisser personne dans l’ignorance de leurs relations intimes. Ne faisons pas pour autant du romantisme ! Pour l’un comme pour l’autre, ces amours impériales n’étaient que des passades. Pour La Chétardie, la nouvelle impératrice était certes une fort belle et bien agréable personne  mais connaissant son caractère indépendant, altier et dominateur, en digne fille de Pierre le Grand, il savait que cette liaison serait sans lendemain. Et il n’était pas non plus le seul à bénéficier des faveurs de l’impératrice. Mais sans doute se disait-il qu’il y avait quelque chose à gagner précisément pour sa carrière diplomatique. Et s’il eut toutefois d’autres ambitions, très rapidement des événements ultérieurs se chargèrent de l’en dissuader.

Quand à Elisabeth Petrovna,  si l’on en croit l’historien Waliszewski, elle savait  « établir un frontière ingénieusement tracée, vigilamment gardée entre ses sentiments, ses passions mêmes et ses intérêts. La façon dont elle en usa avec le marquis de La Chétardie, prodiguant des témoignages d’amitié et de gratitude presque excessifs à ce compagnon des mauvais jours, lui gardant même en public et dans l’intimité une situation privilégiée, alors que dans le domaine de la politique,  elle se livrait et le livrait aux pires ennemis que lui et la France eussent en Russie, peut passer pour un modèle du genre ». Et Waliszewski d’ajouter : «  Ses ressources de dissimulation étaient

considérables. On remarqua qu’elle ne se montrait jamais plus aimable pour les gens qu’au moment  précis où elle se disposait à consommer leur disgrâce ou leur perte. Mais ceci rentre dans le domaine de l’éternel féminin… »

A l’évidence, le marquis de La Chétardie n’était donc qu’une charmante distraction que la souveraine s’empresserait d’oublier après l’avoir savourée… Il semble bien que le marquis ait su exercer quelque emprise sur les sens d’Elisabeth puisqu’après l’avoir délaissé à plusieurs reprises, elle le rappela à chaque fois auprès d’elle jusqu’à suplier le roi de France de lui renvoyer  le marquis comme ambassadeur. Cependant et même dans les moments des plus grandes faveurs, La Chétardie n’en demeurait pour autant qu’un amant parmi d’autres. Citons parmi ceux-ci le cas le plus connu, celui d’Alexis Gregorievitch Razoumovski. A partir de 1742, il aurait été l’époux morganatique d’Elisabeth. Son ascension est une variante précoce mais authentique celle-ci du conte d’Andersen : « la princesse et le cocher » . A l’origine, ce simple cosaque qui gardait le troupeau  de son village  dans son Ukraine natale avait été distingué à cause de sa voix magnifique en 1731 – il avait alors 23 ans – pour faire partie des choeurs de la chapelle impériale. Elisabeth, l’ayant remarqué au cours des offices religieux sous le règne d’Anna Ivanovna, en tomba éperdument amoureuse et lui resta attachée jusqu’à ce qu’elle mourut. Cet homme, à sa façon, était un sage car il sut, avec beaucoup d’application, passer son temps à éviter les affaires d’Etat, faire semblant d’ignorer la vie sentimentale tumultueuse de sa maîtresse et surtout de ne montrer aucune jalousie . C’est à ce prix qu’il put demeurer tranquillement le maître du palais impérial avec les titres de général feld-maréchal et comte du Saint Empire Romain Germanique, limitant ses seules ambitions  à favoriser sa famille, ses proches ou des gens de sa province : l’Ukraine. La Chétardie, lui-même, dans une lettre au secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères à Versailles, Amelot, datée du 12 juillet 1742, a raconté longuement cette histoire ce qui montre bien qu’il n’ignorait  rien de la liaison  du beau chanteur et de l’impératrice.

Quoiqu’il en soit, pour conserver la faveur d’Elisabeth, voire peut-être pour en gagner l’exclusivité, il aurait fallu que La Chétardie perdit  la qualité de diplomate. En effet, la position de la France dans la guerre de Succession d’Autriche[1] était de plus en plus mal ressentie en Russie. La  Prusse, pourtant alliée de la France, menait un double jeu. Ayant appris que La Chétardie  avait conseillé au général suédois Loewenhaupt de retarder son attaque contre les troupes russes en vue de pourparlers entre les pays et ce sur les instances d’Elisabeth. Mardefeld, l’envoyé de la Prusse en Russie, avait fait savoir à la Suède qu’elle avait tout à gagner au contraire dans son combat avec la Russie, vu qu’il y avait des mutineries dans l’armée russe et l’absence de volonté de se battre. Loewenhaupt ne sachant plus que penser se plaignit auprès de l’ambassade de France  en Suède  des renseignements contradictoires fournis par La Chétardie. En fait pendant ce temps-là, Frédéric II de Prusse préparait une paix séparée avec l’Autriche. Dans cet imbroglio diplomatico-militaire, La Chétardie n’eut pas le beau rôle tant du côté de Versailles pour avoir osé tempérer l’ardeur du général suédois, la Suède étant alliée à la France, que du côté russe où l’on reprochait à l’ambassadeur français d’être le représentant de « la Cour la plus intrigante de l’univers »… Si le ministère russe, en particulier le vice-chancelier Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine[2], se plaignit du double jeu de la France et de l’ambiguïté du marquis de La Chétardie, Elisabeth  faisait mine de ne rien voir continuant à donner au représentant français de grandes marques d’amitié.

         Si Elisabeth se plaisait à rappeler que jadis sa mère avait songé à la marier à Louis XV, elle avait été sensible au projet de mariage que lui avait présenté La Chétardie en faveur du prince de

Conti[1]. Ce projet s’il réussissait devait aboutir nécessairement à une alliance entre la France et la Russie et par conséquent la seule éventualité d’un mariage de la tsarine avec un prince français suffisait à affoler les diverses chancelleries européennes d’autant plus qu’on était en pleine guerre …

C’est au milieu de telles perspectives que, en mars 1742, le marquis de La Chétardie suivit Elisabeth à Moscou pour son couronnement. Le lendemain même de son arrivée dans l’ancienne capitale de la Russie mais demeurée métropole religieuse et siège du Patriarche de l’Eglise russe, l’horizon radieux qu’avait connu jusqu’alors La Chétardie s’assombrit. Il sentit que l’impératrice l’évitait et cherchait tous les prétextes pour ne pointle recevoir. Que s’était-il donc passé ? Le ministre des Affaires Etrangères et bientôt  tout puissant Chancelier de l’empire russe, Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine, opposant par ailleurs catégorique à toute alliance française, avait réussi à intercepter un message du secrétaire d’Etat à Versailles Amelot au comte de Castellane, ambassadeur de France à Constantinople. Dans cette dépêche, le ministre du « Roi Très Chrétien » exprimait l’idée que l’avénement d’Elisabeth était destiné à faire retomber la Russie au néant et que La Porte (l’empire turc-ottoman) devait en profiter pour agir de concert avec la Suède et reprendre ses avantages. Une telle missive était pour Bestoujev-Rioumine la confirmation du bien-fondé de ses suspicions et le triomphe de ses idées. Dès lors, il n’aurait de cesse d’abattr l’ambassadeur français mais à la façon du chat, d’abord patte de velours pour donner finalement le coup de griffe fatal !

Ne comprenant pas ce qui lui arrivait et acceptant mal d’être relégué parmi le corps diplomatique à toutes les réceptions officielles et ne parvenant plus à obtenir « les entrées libres » qui exaspéraient tant les autres diplomates des puissance étrangères, La Chétardie perdit la face et au cours d’un bal masqué, il s’avisa de « bousculer » la souveraine pour lui faire une « scène » avec de vifs reproches lui parlant d’ingratitude et lui annonçant son prochain départ : « Dans deux mois, j’espère que vous serez débarrassée de moi lorsque quatre mille verstes[2] (soit près de 4 000 kilomètres) me sépareront de Votre Majesté, elle s’apercevra du moins, et c’est la seule consolation qui me reste qu’elle a sacrifié l’homme qui lui était le plus attaché à des personnes qui la trompent ». Ce sont les termes que La Chétardie a rapportés dans sa lettre à Amelot le 15 mai 1742. Le plus étonnant dans ce mélodrame infligé à la tsarine c’est que l’importun ne fut pas inquiété. Certes il y avait l’immunité diplomatique mais cette notion avait-elle réellement cours dans la Russie des tsars ? La tsarine s’appliqua en souriant à l’apaiser, parla de malentendu mais se refusa en plein bal à aborder une discussion politique. Dans les jours qui suivirent, l’ambassadeur attendit un signe encourageant mais rien ne vint du palais impérial.

Se sentant vaincu, en lutte avec le ministère russe, isolé au milieu du corps diplomatique, y compris de Mardefeld, l’ambassadeur de Prusse, compte tenu du retrait de la Prusse dans la guerre de succession d’Autriche, le marquis de La Chétardie, jugeant la situation intenable demanda à Versailles son rappel, cette fois-ci pour de bon. On s’empressa de le lui accorder.  Pourtant un changement d’attitude de la part de la tsarine fit regretter au marquis sa résolution. C’est qu’aux yeux de l’aimable princesse, il y avait deux personnages dans ce Français qu’elle traitait tour à tour de façon si différente, deux hommes qu’elle séparait volontiers par la pensée et par le cœur. Le courtisan élégant, brillant causeur, sémillant et présentant bien, lui plaisait énormément et elle le lui avait prouvé. Par contre le diplomate l’embarrassait et l’importunait, pas tant par ses positions qui ne l’intéressaient guère n’y entendant pas grand’ chose  mais parce qu’il se mettait en contradiction avec ses ministres et la mettait elle-même en désaccord avec eux.

         Au cours d’un souper en tête à tête, l’ambassadeur en partance put voir la tsarine pâlir ou rougir chaque fois qu’il parlait de son départ, traitant de « fripons » les frères Bestoujev[3] si attachés à sa perte. Reconnaissant que les frères Bestoujev avaient poussé les choses un peu trop loin, Elisabeth suggéra qu’il suffisait que la Cour de Saxe réclamât Mikhaïl Bestoujev, le frère du vice-

chancelier, Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine, comme ambassadeur et d’indiquer Maurice de Saxe[1] comme l’homme le plus capable de s’employer à cet objet à Dresde. Et de protester qu’elle ne permettrait jamais que l’on effaçât la France de son cœur. Saisissant l’occasion et prétextant un mariage possible avec Elisabeth, La Chétardie invita le Maréchal de Saxe, héros à Prague à la tête des armées françaises contre l’Autriche, à venir à Moscou. Un mariage avec Elisabeth ? Pourquoi pas ? Laissant ses armées, il partit pour la Russie où il arriva à l’ambassade de France à Moscou le soir du 10 juin 1742. Une soirée de gala l’attendait avec le prince Kourakine[2], le ministre du Holstein, le médecin de l’impératrice, Lestocq, les ambassadeurs de Prusse et de Hollande et bien sûr toute la légation de Saxe. Le lendemain matin, Maurice de Saxe comparaissait devant Elisabeth Petrovna. Le soir, au bal, la tsarine accorda la seconde contredanse au beau Maréchal de Saxe. Le 13 juin, au dîner, à l’ambassade de France avec La Chétardie, Elisabeth se montra encore plus avenante et gracieuse, trouvant décidément ce comte de Saxe bien séduisant. La nuit du 18 juin, après une réception qui s’acheva fort tard, la tsarine vêtue en amazone, prit le chemin du Kremlin en compagnie de Maurice de Saxe et de Jacques-Joachim de La Chétardie malgré une pluie torrentielle. Se faisant ouvrir les salles du trésor, la tsarine leur fit admirer sceptres, couronnes et diadèmes. Dans quel but ? Ou au nom de quelle fantaisie ? Cette visite achevée, les visiteurs reprirent leurs chevaux pour retourner à l’ambassade de France pour un repas bien arrosé qui ne s’acheva qu’à six heures du matin. Pourtant le coup était raté. Maurice de Saxe peu enthousiaste repartit le 4 juillet rejoindre ses armées. Elisabeth Petrovna qui n’était pas femme à partager le pouvoir l’aurait bien pris comme amant quelque temps mais non point comme mari. Une fois encore, le marquis de La Chétardie, en connivence avec le vieux cardinal de Fleury, avait échoué dans la tentative de marier Elisabeth Petrovna et au-delà un éventuel rapprochement des Cours de France et de Russie.

Après ce nouvel échec, il ne lui restait plus qu’à partir. Comme pour le retenir encore, Elisabeth l’invita à aller avec elle en pèlerinage à la Troïtsa, le célèbre monstère à 71 km au nord de Moscou, plus connu sous le nom de monastère de la Trinité-Saint-Serge de Zagorsk[3] . Là encore, si nous connaissons certains détails, nous les devons à Mardefeld qui savait que son maître Frédéric II de Prusse aimait bien l’anecdote surtout quand s’y mêlait une note quelque peu égrillarde. Le pèlerinage devait bien sûr se faire à pied. Come c’était l’été, Elisabeth préféra partir au coucher du soleil pour profiter de la fraîcheur de la nuit. Ce fut une rude épreuve pour le « pèlerin » français forcé de suivre la fougueuse pèlerine qui, elle, allait à grand pas ! Elle ne s’arrêta qu’ à la septième lieue[4]. Mais les pèlerins se trouvant en pleins champs et les pavillons de repos n’ayant pas été montés, on dut ramener tout le monde en voiture à Moscou ! Le lendemain, la marche reprit à l’endroit exact où les pèlerins s’étaient arrêtés ! Et ce furent des journées délicieuses à coucher sous la tente et dans les auberges. Alexis Gregorievitch Razoumovski qui était de la partie sut ne pas se montrer trop gênant. Elisabeth fit preuve de gaieté, d’entrain et même de tendresse à mesure qu’on approchait du saint lieu.

          Il y eut cependant une alerte pour La Chétardie. Chemin faisant, il apprit que sa compagne de pélerinage avait reçu une lettre de Mme de Monastérol qui sollicitait un secours : sa propre mère qui faisait la mendiante et qui venait tout compromettre ! Quel désastre. Elisabeth le rassura, accorda la pension et lui rétorqua qu’elle avait aussi une famille qui lui donnait bien des soucis … Le groupe

des pèlerins arriva enfin à la Troïtsa avec ses églises et leurs clochers à bulbes dorés, ses nombreux moines, son imense bibliothèque et des appartements confortables pour la suite impériale ! Après avoir raconté avec précision cet étonnant pèlerinage, Mardefeld conclut ainsi avec perfidie et en même temps avec un peu d’inquiétude devant le succès de La Chétardie : « L’aimable Gaulois (La Chétardie) animé par les conseils d’Hippocrate[1]  (Lestocq, le médecin de la tsarine) ayant remarqué que, nonobstant quelques simagrées de froideur, on lui avait pardonné sa témérité, a tenté fortune une seconde fois et remporté d’emblée une place imprenable. On me le donne pour certain. Les apparences y sont. On observe de petits soins rendus sans cesse et une tendre satisfaction dans les yeux que la reine de Cythère[2] n’accorde qu’à ceux dont elle agréé l’encens … »

Profitant du désappointement des diplomates étrangers comme Mardefeld, La Chétardie essaya bien d’utiliser son créditaprès le séjour à la Troïtsa auprès d’Elisabeth pour retarder son départ. Mais rien n’y fit. Il fallut se résoudre à partir car le chargé d’affaires, Usson d’Allion, qui devait remplacer La Chétardie commençait à s’impatienter. Le marquis commanda donc ses équipages mais avant de quitter Moscou, il alla prendre congé de la souveraine qui lui remit les insignes de l’ordre de Saint-André et une tabatière magnifique où figurait sur le couvercle le portrait de l’aimable pèlerine de la Troïtsa et dans laquelle se trouvait une bague de grand prix ! Et Elisabeth Petrovna tint à garder à souper son cher marquis dont décidément elle ne parvenait pas à se séparer !

En ce début de septembre 1742, dans son carrosse qui le ramenait de Moscou en France en passant par Saint-Petersbourg, Berlin et Francfort, le marquis de La Chétardie eut tout le temps de réfléchir et de se remémorer les péripéties de son séjour en Russie. Peut-être vit-il tous les torts qu’il avait pris en s’affrontant avec les ministres russes comme les frères Bestoujev et en leur montrant du mépris et se rendit-il compte que les affaires de la France n’avaient guère avancé en définitive ? En  cours de route il fut informé que la tsarine avait pleuré après son départ et cette nouvelle dût lui suffire à apaiser ses derniers ressentiments.

Indépendamment de tout cela, si les affaires de la France n’avaient guère prospéré en Russie, celles du marquis, par contre, s’en étaient bien trouvées puisqu’il ramenait dans ses bagages près de 150 000 roubles en cadeaux et en argent.

[1]    Hippocrate (460-377 av. J.C.) célèbre médecin de l’Antiquité. Il a laissé plusieurs écrits et « le serment d’Hippocrate » est resté une référence encore aujourd’hui dans le monde médical.

[2]    Cythère, une île au nord de la Crète jadis consacrée à Aphrodite, déesse de l’amour, dans l’Antiquité. Cf. le célèbre tableau de Watteau : L’embarquement pour Cythère.

 

[1]    Maurice de Saxe (1696-1750) fils adultérin de Marie-Aurore de Königsmark et Frédéric-Auguste Ier, Electeur de Saxe, maréchal général des camps et armées de Louis XV. Décédé au château de Chambord en 1750, il a été inhumé dans l’église protestante Saint-Thomas à Strasbourg.

[2]    Prince Boris-Alexandrovitch Kourakine (1697-1749) diplomate et homme d’Etat

[3]    La « Troïtsa » ou laure (monastère) de la Trinité-Saint-Serge de Zagorsk, bien abritée derrière de puissants remparts, s’appelait jusqu’en 1917 « Serguiev Possad » (bourg Saint-Serge). C’est une sorte de petite ville close avec ses sept églises, les tombeaux de saint Serge de Radonège et de Boris Godounov, deux collégiales, un séminaire, une académie ecclésiastique, un ancien hôpital, des musées d’icônes (d’Andrei Roublev notamment). Au total, un haut lieu de la spiritualité russe. Le nom de Zagorsk, celui d’un révolutionnaire bolchevique, a été délaissé aujourd’hui pour retrouver en 1991 l’ancienne appellation de « Serguiev Possad ».

[4]    Comme une lieue est d’environ 4 kilomètres, cela veut dire que nos pèlerins avaient parcouru une distance proche de 28 kilomètres.

[1]    La famille des princes de Conti est une branche cadette de la maison de Condé issue d’Armand, prince de Conti (1629-1666) frère du grand Condé. Louis-François de Conti (1717-1776) tenta de se faire élire roi de Pologne. C’est ce denier que le marquis de La Chétardie voulait faire épouser à Elisabeth.

[2]    La « verste » est une mesure intinéraire en Russie qui correspond à 1067 mètres, soit à peine plus d’un  kilomètre.

[3]    Mikhaïl ( 1688-1770) et Alexis-Petrovitch  (1693-1765) Bestoujev- Rioumine

[1]    La guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) a opposé pour le titre d’empereur du Saint Empire Romain Germanique d’une part l’Electeur Charles-Albert de Bavière soutenu par la France, l’Espagne, la Saxe et la Prusse et  d’autre part, Marie-Thérèse de Habsbourg appuyée par l’Angleterre, le Hanovre, la Hongrie, la Hollande et la Sardaigne. Marie-Thérèse obtint une paix séparée avec la Prusse en cédant la Silésie à Frédéric II. Cette guerre s’est terminée avec le traité d’Aix-la-Chapelle en 1748. La France n’ayant rien gagné dans cette affaire malgré la victoire de Fontnoy en 1745, on en retint l’expression « se battre pour le roi de Prusse » …

 

[2]    Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine (1693-1766) diplomate, ministre pendant le règne d’Anna Ivanovna, vice-chancelier  puis grand chancelier de 1744 à 1758 pendant le règne d’Elisabeth Petrovna. Il dirigea longtemps la politique extérieure russe. Il fut un adversaire résolu de Frédéric II pendant la guerre de Sept Ans. Accusé de trahison, il fut exilé. Catherine II  le rappela en 1762 et le réhabilita mais il ne joua plus aucun rôle politique.

[1]    Marquis Eugenio-Antonietto de Botta-Adorno (1688-1774) diplomate autrichien

 

[1]    Axel von Mardefeld (1691-1748) diplomate prussien

Au cours de son voyage de retour de Russie en France, Jacques-Joachim de La Chétardie crut bon de s’arrêter à Berlin pour y rencontrer le roi Frédéric IIlespérant retrouver l’ancienne intimité du prince impérial, de l’hôte affable et expansif du château de Rheinsberg. Au lieu de cela, le souverain prussien se montra hautain, distant et même sarcastique à propos du double jeu de la France  comme s’il avait été lui-même un champion en matière d’honnêteté politique ! La Chétardie crut s’en sortir en critiquant Alexis-Petrovitch et Mikhaïl Bestoujev. Mais le souverain préféra arrêter là l’entretien.

Par contre, après cette conversation déroutante au palais de Charlottenburg avec FrédéricII, un courrier venu de Versailles apporta à Berlin au voyageur surpris une nouvelle réconfortante : le représentant de la Russie à la Cour de France, le prince Kantémir[1], avait été chargé d’insinuer officieusement que sa souveraine serait heureuse de revoir M. de La Chétardie en Russie. A Versailles on laissait libre le marquis de suivre cette indication et de rebrousser chemin. Mais tant que les frères Bestoujev seraient au pouvoir, il savait qu’il n’avait rien à espérer de bon. N’avait-il pas dit un jour devant Lestocq à Elisabeth Petrovna : « Eux ou moi ». C’était précisément ce genre d’alternative que la tsarine n’aimait pas ! Il continua donc son voyage vers la France s’arrêtant un mois à Francfort puis à Lunéville pour un séjour auprès de Stanislas Leczynski, l’ex-roi de Pologne, devenu duc de Lorraine, pour n’arriver à Paris qu’en février 1743.

Il ne semble pas que le gouvernement français dirigé encore encore par le vieux cardinal de Fleury, ancien prcepteur du roi Louis XV, ait retenu quelques griefs à l’ambassadeur pour son échec en Russie, la Cour de Russie étant imprévisible. On savait que le marquis de La Chétardie avait fait tout ce qui était en son pouvoir et même payé de sa personne !  A divers titres … Eu égard à l’amitié – voire l’affection – que la tsarine  portait à La Chétardie concrétisée par le désir de la souveraine de le revoir bientôt, le ministère tenait en réserve le diplomate lui conseillant d’attendre une situation favorable pour repartir. Mais celui-ci, impatient, multipliait les interventions auprès de M. du Theil, premier commis politique du département des Affaires Etrangères et lui énumérait les conditions  d’un succès assuré d’avance : l’envoi du portrait du roi Louis XV « qu’un souvenir tendre et précieux faisait désirer à la tsarine », la reconnaissance par Versailles du titre impérial revendiqué par Elisabeth, la promesse d’un subside annuel de 400 000 roubles, des cadeaux de grand prix pour Lestocq et d’autres alliés à la Cour de Russie, des fonds secrets en quantité suffisante à la disposition de l’ambasadeur et enfin et surtout une belle « entrée » par laquelle La Chétardie ferait éclater aux yeux de la tsarine et de ses sujets la puissance et la magnificence du souverain qu’il représentait. M. du Theil jugea ces propositions tout à fait romanesques et chimériques moins sur le fond que sur la façon dont leur auteur comptait en assurer le succès … Et après avoir émis d’expresses réserves sur l’importance des fonds mis à la disposition du marquis de La Chétardie, le haut fonctionnaire s’était de plus moqué de son projet par ces paroles : « la proposition d’un traité d’alliance entre la France, la Russie, la Suède et la Porte est plus comique que le quolibet : marier la République de Venise avec le Grand Turc »… Comme le cardinal de Fleury venait de mourir le 29 janvier 1743, c’était M. du Theil qui étudiait les dossiers au ministère des Affaires Etrangères. Ainsi rabroué, le marquis de La Chétardie n’avait plus qu’à attendre une opportunité pour repartir à Saint-Petersbourg où il comptait bien donner toute sa dimension si on lui donnait ses lettres de créance.

      Soudain, en août 1743, une lettre envoyée par Allion et datée du 10 août 1743 à Moscou apprenait que les Bestoujev avaient été atteints par un scandale : l’affaire Botta. « Je touche enfin au moment de humer à longs traits la satisfaction de perdre ou du moins de renverser les Bestoujev » disait la missive du successeur de La Chétardie à la représentation de la France en Russie. Mais quoi ! La Chétardie allait-il laisser à M. d’Allion la joie de « renverser les Bestoujev » ? On peut supposer que le marquis reprit tout aussitôt ses visites insistantes au ministère des Affaires Etrangères pour obtenir ses lettres de créance et  pouvoir partir.

         Que s’était-il donc passé et qu’était-ce cette « affaire Botta » ? Depuis le départ de La Chétardie, une année plus tôt, les services secrets français continuaient à agir en Russie contre les adversaires d’une alliance avec la France et à verser de l’or à Lestocq qui sut en faire un bon usage  pour susciter une révolution de palais et compromettre l’ambassadeur d’Autriche, le marquis Eugenio-Antonietto de Botta-Adorno. Un certain Ivan Lapoukhine, fils d’une dame Lapoukhine, rivale en beauté d’Elisabeth Petrovna et amante de l’ancien maréchal de cour Loewenwolde alors exilé en Russie, s’était livré au cours de ses beuveries en propos imprudents contre le régime d’Elisabeth Petrovna. A la faveur du coup d’Etat, n’avait-il pas été privé de son grade d’officier aux gardes et d’ancien gentilhomme de chambre à la cour d’Anna Leopoldovna ? Or il se trouvait que la belle madame Lapoukhine était une amie intime de l’épouse de Mikhaïl Bestoujev. Il n’y avait plus qu’à pousser Ivan Lapoukhine à quelques imprécations et le piège se refermerait. Lestocq, le médecin-chirurgien d’Elisabeth Petrovna y veillait car il fallait bien justifier les subsides que lui versait la Cour de France ! Dans une causerie après boire, Ivan Lapoukhine, très exalté, aurait affirmé que l’ambassadeur Botta, avant son départ pour Berlin, avai assuré que Frédéric de Prusse était disposé à susciter une contre-révolution en Russie et que, ce diplomate étant nommé à Berlin, on ne tarderait pas à voir l’effet des mesures qu’on y préparait …

          La police d’Elisabeth réagit vivement. Estrapades, knouts et déportations en Sibérie, rien ne fut épargné aux malheureux suspects. Les anciennes belles dames de la Cour, les Lapoukhine et Bestoujev eurent droit le 31 août 1743 à un supplice en public où elles furent fouettées à demi nues avant d’être envoyées à Iakoutsk en Sibérie. Mais, paradoxalement Mikhaïl Bestoujev protégé par Razoumovski, se maintint au pouvoir. A Paris, la déception du marquis de La Chétardie fut grande car à la faveur de ce scandale il avait espéré remporter une double victoire sur ses adversaires de Moscou et ses contradicteurs de Versailles. Pourtant il ne démordait pas de son idée de contribuer à faire renverser les Bestoujev et ainsi, les derniers obstacles ayant disparu, de faire entrer la Russie dans une alliance avec la France … Et si les Bestoujev n’étaient pas encore tombés, éclaboussés qu’ils étaient dans des compromissions avec des puissances étrangères, ils n’allaient pas tarder à quitter le pouvoir. Naïvement, La Chétardie pensait pouvoir, à lui seul, convaincre la tsarine de la complicité de ses ministres. « Eux ou moi » avait-il dit. C’était son idée fixe !

Muni des lettres de créance signées par le roi à Fontainebleau en date du 22 septembre 1743, « le  seigneur marquis de La Chétardie, maréchal de nos camps et armées, notre ambassadeur  extraordinaire et plénipotentiaireauprès de notre sœur la Czarine de Russie » précisait le document royal, partit assuré de retrouver sa place de favori auprès d’Elisabeth Pretrovna. Une nouvelle aventure commençait, plus exaltante encore que la première. C’était du moins la pensée du diplomate quand il quitta Paris dans les premiers jours d’octobre 1743. Il voyagea sans précipitation passant par Copenhague et Stockholm dont les Cours étaient amies de la France pensant arriver  la veille de l’anniversaire d’Elisabeth, c’est-à-dire le 24 novembre (dans le calendrier julien c’est-à-dire le 5 décembre dans notre calendrier grégorien). C’était sans compter avec les rigueurs de l’hiver septentrional  et les aléas aussi des postes suédoises et des routes russes … Prenant de grands riques, ayant failli à plusieurs reprises se rompre les os dans les fondrières et laissant son secrétaire avec un bras cassé et toute sa suite, il ne put gagner les abords de Saint-Petersbourg  que dans la nuit du 24-25 novembre. Et comme la Neva charriait d’énormes blocs de glace, il dut attendre dans une cabane, à demi mort de fatigue, de froid et de faim, qu’on vint l’aider à traverser le fleuve aux flots impétueux. La Chétardie avait manqué son entrée. Les fêtes de l’anniversaire de l’avénement d’Elisabeth étaient poassées !

Cette ambassade commençait donc bien mal. A une réception chez le chambellan  du duc de Holstein, il put enfin rencontrer l’impératrice entourée cependant « des émissaires et des créatures de Bestoujev » en trop grand nombre à son goût. Quelques jours, plus tard, il se disputa avec Allion  qui acceptait mal le retour de son ancien chef et de retrouver par conséquent un poste de subordonné à l’ambassade. La dispute tourna à la bagarre et l’on vit quelques temps après le marquis avec une main enveloppée dans un bandage. Quant à Allion il aurait été frappé avec une bouteille mais heureusement sa perruque permit de cacher la plaie… Allion avait pourtant vu juste en disant que le retour de La Chétardie à la Cour de Russie n’était pas souhaitable car on en voulait plus à sa personne qu’aux intérêts français … Pendant ce temps, on s’inquiétait à Versailles car le diplomate n’avait toujours pas régularisé sa situation. Ayant cherché à rencontrer Elisabeth, celle-ci  le renvoya à ses ministres. Et naturelllement pour La Chétardie, il n’était absolument pas question de négocier avec les Bestoujev !

A Saint-Petersbourg, La Chétardie avait cru retrouver l’amitié de l’ambassadeur de Prusse Mardefeld. Un début d’alliance se préparait par les deux diplomates pour leurs Etats respectifs. Avec le mariage de la princesse de Zerbst avec le duc de Holstein, le futur tsar Pierre III, c’était la concrétisation d’une alliance entre la Russie et la Prusse. Cette princesse de Zerbst a été plus tard la célèbre tsarine Catherine II. Toujours subjugué par la Prusse, l’ambassadeur de France appuya la démarche prussienne et le mariage eut bien lieu. Mardefeld et La Chétardie ayant un commun intérêt à faire tomber Bestoujev, à le « culbuter » selon leur propre expression, vu que ce dernier était opposé à toute alliance tant avec la France qu’avec la Prusse, Frédéric II avait conseillé à son ambassadeur de surveiller le diplomate français, de l’empêcher à ce qu’il ait de l’ascendant sur la souveraine et qu’enfin après avoir travaillé ensemble à la chute de « l’enragé chancelier » (Bestoujev, selon l’expression de Frédéric II), s’arranger de façon à faire en sorte que « la haine en retombât sur M. de La Chétardie seul »… De son côté, le nouvel ambassadeur anglais Lord Tyrawley[1] pour qui « la partie était entre l’Angleterre et la France » cherchait à nuire au marquis de La Chétardie. Pour y parvenir, il s’était entendu avec les Bestoujev « pour creuser une mine » sous les pas du diplomate français et par ailleurs en se présentant à la Cour, il se piquait d’y éclipser son rival en faisant avec lui assaut de luxe, d’élégance et de galanterie.

          Trahi par ses amis, entouré de puissants ennemis, dédaigné par une souveraine qui pourtant avait souhaité son retour, le marquis de La Chétardie se sentait bien seul et très désappointé ne sachant plus que faire. Que ce soit à Moscou ou à Saint-Petersbourg, il n’arrivait pas à exécuter les ordres qu’on lui envoyait de Versailles avec insistance. Ne parvenant pas à joindre et à fixer l’impératrice ne fût-ce que pendant un quart d’heure, « c’est la pierre philosophale à trouver, évrivait-il, tant est grande sa dissipation, tant elle est effrayée de ce qui pourrait la conduire à la moindre conversation sérieuse ». Et de se plaindre que sa correspondance était ouverte et déchiffrée. Or  ces lettres de dépit, de découragement, de réflexions amères et de critiques acerbes sur la personnalité d’Elisabeth Petrovna, c’était cela la « mine » des Bestoujev, Tyrawley et consorts. Perlustrées, décryptées, transcrites, les lettres de La Chétardie étaient entièrement connues des Bestoujev qui en montraient le contenu à Elisabeth elle même !

          « On ne pouvait rien se promettre de la reconnaissance et de l’attention d’une princesse aussi dissipée… Sa vanité, sa légèreté, sa conduite déplorable, sa faiblesse et son étourderie ne laissaient de place à aucune négociation sérieuse ». Telles étaient les phrases que pouvait trouver Elisabeth en pâlissant de colère. En fait, le marquis ne l’intéressait plus. La Chétardie, c’était le passé et maintenant que son trône se trouvait affermi, elle ne voulait rien lui devoir. A un bal donné début juin 1744, après avoir dansé un menuet, Elisabeth avait traversé la salle d’un bout à l’autre pour rejoindre l’aimable et brillant représentant de l’Angleterre, Lord Tyrawly. Elle n’avait pas échangé deux mots avec lui que le marquis de La Chétardie se précipitait la bouche en cœur et l’air avantageux pour prendre part à l’entretien. Elisabeth partit alors comme une flèche pour aller se retirer dans ses appartements pour ne point reparaître. Le lendemain, elle se trouva par conséquent mieux disposée à écouter les insinuations d’Alexandre-Petrovitch Bestoujev contre le représentant français.

          Ayant donné carte blanche à son ministre, la souveraine partit à nouveau pour un pèlerinage à la Troïtsa emmenant Lestocq et tous les amis russes qui figuraient sur la liste des pensionnaires de La Chétardie ainsi que le grand-duc de Holstein et les deux princesses de Zerbst, mère et fille, dont les intrigues agaçaient l’impératrice. Il semble que le marquis ait été prévenu par les princesses de Zerbst du péril commun où ils se trouvaient. La Chétardie était alors à Moscou à la résidence de la légation française. Cinq jours s’étaient déjà passés sans incident depuis le départ d’Elisabeth Petrovna à la Troïtsa quand, dans la nuit du 17 juin entre cinq et six heures du matin, le marquis fut réveillé en sursaut et vit sa chambre entourée par une troupe de hauts fonctionnaires, d’officiers et de soldats. On lui lut le motif de son expulsion car, après avoir cru un moment qu’on allait l’arrêter, l’emprisonner et peut-être l’exécuter, il apprit qu’une mesure de clémence de la souveraine se bornait à le renvoyer en France dans les plus brefs délais. 

     Sur le chemin de la frontière, le malheureux marquis eut à connaître le sort des exilés. Accompagné d’une escorte de six grenadiers et d’un sous-lieutenant, il reçut l’ordre à Novgorod de rendre la tabatière où était le portrait de la tsarine ainsi que la croix de Saint-André. Ayant tenté de résister et même d’armer les seize Français de son escorte, il reçut l’ordre de Versailles de céder pour ne pas aggraver son cas. La disgrâce était totale. Allion reprit son poste  à Saint-Petersbourg et des lettres de Versailles à la tsarine blâmèrent la conduite de l’ex-ambassadeur. Maurice de Saxe, qui avait été l’hôte de La Chétardie à Moscou, se crut obligé d’écrire à Allion pour décliner toute responsabilité dans les griefs que le marquis laissait contre lui en Russie. « Je vous avouerai même, écrivait l’illustre guerrier dans une orthographe bien particulière, que jé tés embarrassés quelque fois de me trouver ches luy »… Pauvre La Chétardie ! Le monde entier semblait l’accabler ! Pour se disculper, en arrivant à Versailles, il chercha bien à compromettre son secrétaire Dupré qu’il fit emprisonner à la Bastille mais faute de preuves, hormis qu’il avait une mère kalmouke et qu’il était né en Russie, celui-ci fut relâché.

     En définitive, cette seconde ambassade en Russie portant sur les années 1743-1744, si ardemment attendue par le marquis de La Chétardie qui y avait placé tous ses espoirs, au-delà du fait qu’elle avait été un terrible échec, elle avait été l’exacte réplique de la précédente ambassade mais à l’inverse, à la façon d’un négatif en photographie.  « Femme varie. Bien fol qui s’y fie » avait dit un jour François Ier qui, bien que roi, avait connu quelque déconvenue sentimentale … La Chétardie aurait pu aussi appliquer cette maxime à Elisabeth Petrovna dans les domaines de la diplomatie et de la galanterie pour la circonstance réunies ! … 

[1]    James O’Hara (1682-1749), baron Tyrawley, officier irlandais et dilomate au service de la couronne d’Angleterre, successivement engagé dans la guerre de Succession d’Espagne, ambassadeur au Portugal puis à Saint-Petersbourg de novembre 1743 à février 1745, gouverneur ensuite de Gibraltar.

[1]    Le prince Antioch Kantemir (1708-1744), fils de Dimitri Kantemir, proche et conseiller de Pierre le Grand, ambassadeur russe à Londres et à Versailles, écrivain, eut pour amis Montesquieu et Voltaire.

Revenu en France, pour laisser le temps faire son œuvre d’oubli et s’éloigner des commérages de Versailles et de Paris où son aventure en Russie avait suscité de nombreux commentaires souvent peu bienveillants, le marquis de La Chétardie s’installa quelques mois en son château familial à Exideuil dans ses terres limousines.

C’est vraisemblablement à son époque de retour en Russie qu’il fit faire quelques travaux dans la vieille demeure ancestrale. Le salon en rotonde avec ses chapiteaux et ses arcades néo-classiques donnant côté jardin ne daterait-il pas de cette époque ? Par ailleurs la lecture des actes notariés nous conduit à penser que le marquis s’attacha aussi à ce moment-là à racheter des terres qui avaient appartenu à sa famille. Commencés en novembre 1744, des achats se poursuivirent jusqu’en 1747 se traduisant par l’acquisition des seigneuries de La Péruse, du Bureau et de La Mirande pour les réunir au domaine et château de La Chétardie. Les actes notariés ont été pour la plupart signés au château de l’Age, paroisse de Chirac où devait séjourner le marquis de La Chétardie. Cela tend à prouver que les cousins du marquis François Regnauld (dont la mère était une La Chétardie) et Eléonore de Ferrières, son épouse, avaient en charge des domaines, biens, maisons et château du marquis en Angoumois et Limousin, d’autant plus qu’il en était souvent absent.  Sur ces  mêmes actes, le notaire Delaprade a rappelé à chaque fois les titres et qualités du marquis de La Chétardie et notamment  celui d’ambassadeur en Russie … Est-ce à dire que le marquis y tenait beaucoup au point de le mentionner dans tous ses actes officiels ? Il est bien certain que dans les provinces d’Angoumois et du Limousin où l’on connaissait mal les péripéties des ambassades du marquis et ses démêlés avec les tsarines de Russie, c’était un titre impressionnant ! Il n’en était pas de même à Paris où l’on était mieux informé des échecs diplomatiques du marquis et où l’évocation de ce titre entraînait des sourires ironiques lourds de sous-entendus en 1744 et en 1745.

Pendant ses séjours en France quand il n’était pas dans ses terres du Limousin, le marquis de La Chétardie habitait en son hôtel particulier, rue des Tournelles, dans la paroisse Saint-Paul à Paris, à proximité de la place royale Louis XIII (devenue aujourd’hui place des Vosges) dans le quartier du Marais. Par conséquent, on peut conclure que malgré quelques revers de fortune et une certaine propension « à se ruiner en grand seigneur », aux dires de ses adversaires, le marquis de La Chétardie avait des revenus suffisants pour mener un train de vie assez brillant et tenir ainsi son rang au niveau de ses ambitions qui étaient, nous l’avons vu, grandes pour ne pas dire chimériques !

Alternant des missions militaires et des missions diplomatiques comme à ses débuts, Jacques-Joachim Trotti de La Chétardie fut successivement lieutenant-général à l’armée d’Italie en 1745 puis nommé ambassadeur à Turin en 1749 quand la guerre de Succession d’Autriche se fut achevée. Mais incorrigible, le marquis donna au ministère à Versailles de nouveaux motifs de repentir pour l’avoir repris dans le corps diplomatique … La Chétardie ayant été trop intimement lié avec la comtesse de Saint-Germain, la maîtresse du roi de Piémont-Sardaigne, ce dernier, fort mécontent du comportement du représentant français, demanda à la Cour de France de rappeler l’indélicat personnage qui était allé chasser sur ses terres … ce que Versailles s’empressa de faire pour morigéner ensuite l’étourdi ! La diplomatie décidément ne lui réussissant pas pour cause de galanterie, le marquis retourna à la vie militaire pour participer à la guerre de Sept Ans[1] où il obtint

le grade de maréchal des camps, l’équivalent de celui de général de brigade aujourd’hui.

Quelles furent alors ses réflexions lui qui avait tant cherché à allier la France à la Russie ? Avec le renversement des alliances suscité à Vienne par Choiseul[1] et Kaunitz, la France était devenue l’alliée de l’Autriche mais aussi de la Pologne, de la Saxe et de la Suède contre la Prusse et l’Angleterre coalisées. Frédéric II avait baissé le masque, prêt à tous les calculs, à toutes les compromissions pour justifier son appétit de conquête, sur la Silésie notamment. En Russie, Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine, si opposé à toute alliance de la Russie avec la France et la Suède, avait été destitué par Elisabeth Petrovna, lassée par les débauches et la corruption effrénée du chancelier et de son entourage. De fait, les événements avaient fini par donner raison aux intuitions de l’ancien diplomate français à Saint-Petersbourg. Mais c’était trop tard. Il ne pouvait plus en profiter ! Les circonstances ou  l’infortune en d’autres termes lui avaient été contraires.

De plus dans cette nouvelle guerre entre les puissances européennes alors qu’il eût aimé être engagé dans des batailles où il eût pu se distinguer et montrer sa bravoure, La Chétardie se morfondait dans la forteresse de Hanau près de Francfort dont il avait été nommé gouverneur.  C’est dans cette citadelle qu’il mourut le 1er janvier 1758. Voici ce qu’en a relaté la Gazette de France : « De Hanau, le 3 janvier 1758. Le marquis de La Chétardie, lieutenant-général et commandant du comté, est mort ici le 1er du mois. Hier son corps fut transporté à Gross-Auheim[2], territoire de l’Electorat de Mayence pour y être inhumé dans l’église catholique »[3].  Etrange destinée que celle du marquis de La Chétardie!Lui qui avait été l’auteur à l’âge de 16 ans d’une étude sur les fortifications, en commençant une carrière militaire bientôt interrompue par des missions diplomatiques, ce fut dans une citadelle suivant la tradition de son père, ancien gouverneur de forteresse, qu’il acheva sa vie.

Avec lui disparaissait la lignée des Trotti de La Chétardie puisqu’il mourut sans postérité malgré une vie fort galante ponctuée de nombreuses aventures sentimentales ! De toute la famille il a été celui qui a porté très haut et très loin, jusque dans la lointaine Moscovie, le renommée de cette maison noble d’Angoumois. Il sut aussi faire preuve d’une étonnante vitalité avec un certain sens du panache. Par bien des côtés, la vie aventureuse du marquis de La Chétardie, par son ascension et sa chute ensuite, se rapproche de celle du héros d’un roman de William Thackeray[4], « Mémoires de Barry Lindon » superbement mis en film en 1975 par Stanley Kubrick[5] et dont les épisodes se sont déroulés également en plein XVIIIe siècle.

Il reste aujourd’hui le beau château de La Chétardie dont l’évocation du seul nom devrait pouvoir maintenant susciter le rêve et l’imagination à partir de toute cette histoire que nous avons contribué à faire connaître.

[1]    Etienne-François de Choiseul-Beaupré (1719-1785), comte de Stainville puis duc de Choiseul-Beaupré (1758) et duc d’Amboise (1764), secrétaire d’Etat du roi Louis XV de 1758 à 1770.

[2]    Grossauheim est aujourd’hui un faubourg de la ville de Hanau en Allemagne.

[3]    L’historien Alfred Rambaud (1842-1905) dans son livre Histoire de la Russie depuis les origines jusqu’à l’année 1877, publié en 1878, situe plutôt la sépulture du marquis de La Chétardie à Dornstein près de Mayence ce qui est bien loin de Hanau …

[4]    William Thackeray (1811-1863) écrivain britannique auteur de romans à succès « Mémoires de Barry Lindon » en1843-1844, « Vanity Fair » (la foire aux vanités) en 1847-1848, entre autres ouvrages

[5]    Stanley Kubrick (1928-1999), réalisateur, photographe, scénariste et producteur nord-américain, auteurs de nombreux films à succès (Les sentiers de la gloire, Orange mécanique, etc.)

[1]    La guerre de Sept Ans (1756-1763)  suscitée du fait de la volonté de l’Autriche de vouloir reprendre la Silésie à la Prusse, a opposé d’une part la France alliée à l’Autriche, à la Pologne, à la Saxe et à la Suède contre la Grande-Bretagne alliée à la Prusse d’autre part. Elle s’est achevée par le traité de Paris en 1763 : si la Prusse a conservé la Silésie, la France a perdu le Québec et l’Inde au profit de la Grande-Bretagne.

Archives départementales de la Charente

 – Série 2E 17728 à 17733 (titres de propriétés, gestion des domaines)

– Série J (généalogie) 1544 et 1563

 Archives du Ministère des Affaires Etrangères

 – Fonds « Correspondance  politique » 

Séries Angleterre, Hollande, Prusse, Russie et Sardaigne

Volumes « Mémoires et documents », fonds divers 

– Russie (1 à 30) avec des extraits de dépêches de La Chétardie et les instructions qu’il a reçues de 1739 à 1743 pour ses séjours en Russie

– Sardaigne (16 à 19) pour l’ambassade de La Chétardie à Turin en 1749

 

Archives militaires de Vincennes Service historique de la Défense.

 Lieutenant réformé du Régiment du Roi 1721

Lieutenant 1726

Capitaine 9 février 1730

Colonel au régiment Tournaisis

Maréchal des camps

Lieutenant-général

 

A1 2712 Diplomatie 1733

A1 2768 f° 3

A1 2745 f° 7

A1 2747 Allemagne Pologne T4 1734 f° 251 et f° 271

A1 2800 Allemagne Pologne T1 1735 f° 38 et f° 131

A1 2801 Allemagne Pologne mai-juin 1735 f° 64

A1 2955 f° 87

A1 2960 Allemagne Décembre 1742 f° 110

A1 3006 Janvier 1743 Lettre 27

A1 3116 Italie Armée du Maréchal Maillebois mai-juin 1745

A1 3120 Italie 1745 lettres 91 et 92

A1 3175 f° 139

A1 3176

GRA1 2697

GRA1 3236 Italie mai 1647

GRA1 3237 lettres 66, 67 et 113

GRA1 3296 Italie novembre -décembre 1748 page 109

GRA1 3311 Administration militaire T4 1748

GRA1 3335 Administration militaire 1749 lettre 22

YB 119 f° 96 v° Capitaines d’infanterie 1730-1739  et f° 496 v°

YB 120 f° 367

 

Bibliographie                                                   

Etudes générales :

 BEHAR (P.) Du Ier au IVe Reich, permanence d’une nation, renaissance d’un Etat.

Editions Desjonquères. 1990. Cette étude, au-delà de celle de l’histoire des pays germaniques , traite des relations au XVIIIe siècle entre la France, la Prusse, l’Autriche et la Russie.

 

PLATONOV (S.F.) Histoire de la Russie des origines à nos jours. 1918 Editions Payot. 1929

 

RAMBAUD (A.) Histoire de la Russie. Depuis les origines jusqu’à l’année 1877.

Editions Hachette. 1878

 

RIASANOVSKY (N.V.) Histoire de la Russie. Des origines à 1984. Editions Robert Laffont.

Collection Bouquins.1987. Texte traduit de l’américain par André Berelowitch

 

Sur le règne d’Elisabeth Petrovna (1741-1762) :

 

LAPOUGE (G.) Les Folies Koenigsmark. Editions Albin Michel.1989

Prix Goncourt du récit historique

 

VANDAL (A.) Louis XV et Elisabeth de Russie. Editions Plon.1882

Etude sur les relations de la France et de la Russie au XVIIIe siècle. D’après les archives du Ministère des Affaires Etrangères

 

WALISZEWSKI (K.) La dernière des Romanov. Elisabeth Ière, impératrice de Russie (1741-1762) Editions Plon. 1902

 

Ouvrages anciens relatifs aux ambassades de Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie :

 

SAINT-SIMON (Louis de Rouvroy, duc de) Mémoires. Bibliothèque de La Pléiade. Editions d’Yves Coirault. Paris.1983 

 

VOLTAIRE (François-Marie Arouet, dit)  Correspondance. Bibliothèque de La Pléiade. Texte établi et annoté par Théodore Bestermann. Paris. 1975 

[1]    Compte tenu de la fonction de directeur de conscience de l’abbé de La Chétardie auprès de Mme de Maintenon, il est tentant de penser que les tapisseries qui ornent des devants d’autel et des chasubles, aujourd’hui dans la sacristie de l’église Saint-André d’Exideuil ont pu être réalisées et tissées par les demoiselles de Saint-Cyr que dirigeait Mme de Maintenon.

[2]    Il convient pourtant de rappeler qu’une courte étude de Victor Sénémaud Le marquis de La Chétardie, lieutenant-général des armées du roi, ambassadeur de France en Russie a été publiée pour la bibliographie militaire de l’Angoumois et de la Charente dans les Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente. 1862. p. 402-404 ainsi qu’une série d’articles intitulés La naissance de l’aventure diplomatique. Jacques-Joachim Trotti, marquis de La Chétardie publiés par Henri Lacombe dans la revue « Le Cri charentais » les 18 octobre, 25 octobre et 1er novembre 1958.

[3]    L’écrivain et épistolier Jean-Louis Guez (1594-1654), seigneur de Balzac en Angoumois, a évoqué dans sa correspondance les excellents fromages qu’il recevait de sa cousine La Chétardie, née Charlotte de Nesmond à laquelle il était apparenté.

[4]    BAUDET (Jacques) Joachim de La Chétardie (1636-1714), curé de Saint-Sulpice. Bulletins et mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente. 1998. p. 22-59

[5]    Cette notion d’ « abbé commendataire » signifie que si théoriquement le titulaire est le chef de la communauté monastique de l’abbaye de Balerne, il n’y réside pas mais en perçoit les revenus. On parle alors d’ « abbaye en commende ». Des laïcs pouvaient même être « abbés commendataires »… par faveur royale. Cette pratique assez répandue a contribué au discrédit du monachisme aux XVIIe et XVIIIe siècles.

[6]    Archives départementales de la Charente. Généalogie des La Chétardie. J. 1563. Il est indiqué pour le chevalier de La Chétardie : « Joachim V, né en 1640, mort en 1705 » marié à « Marie Claire Colette de Montalet de Villebreuil sa femme en 1703 »

[7]    Friedrich-Wilhelm von Hohenzollern (14 août 1688 – 31 mai 1740) roi de Prusse de 1713 à 1740, sous le nom de Frédéric-Guillaume Ier, appelé « le roi sergent » à cause de sa passion pour son armée.

[8]    La ville de Novara a été cédée à la Sardaigne en 1736.

[9]    La ville de Tortona a été prise par l’armée du marquis de Maillebois en 1734

[10]    Auguste III, grand duc de Lituanie, Electeur de Saxe (17 octobre 1696-5 octobre 1763) roi de Pologne de 1733 à 1763

[11]    La guerre de Succession de Pologne (1733-1738) a opposé pour le trône de Pologne Auguste III de Saxe soutenu par l’Autriche et la Russie, d’une part, à Stanislas Leczinski, beau-père du roi Louis XV, d’autre part, soutenu par la France, l’Espagne, la Bavière et la Sardaigne.  Au traité de Vienne en 1738, Auguste III de Saxe fut reconnu roi de Pologne. En compensation, la France obtint les duchés de Lorraine et de Barr. Stanislas Leczinski fut alors nommé duc de Lorraine. Il était convenu qu’à sa mort la Lorraine deviendrait française ce qui fut fait en 1768

[12]    Friedrich von Hohenzollern  (1712-1786), fils de Frédéric-Guillaume Ier,  roi de Prusse de 1740 à 1786 sous le nom  de Frédéric II, dit aussi  « Frédéric le Grand »

[13]    Nicolas-Claude Thiériot (1697-1772) écrivain français, ami de Voltaire, correspondant littéraire du roi de Prusse.

[14]    René-Louis de Voyer de Paulmy d’Argenson (1694-1757) ami de Voltaire, membre avec lui du Club de l’Entresol, secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères de Louis XV de 1744 à 1747.

[15]    Louis-Guy-Henri, marquis de Valori (1692-1774), maréchal de camp puis lieutenant-général, ambassadeur du roi Mouis XV auprès du roi de Prusse. Frédéric II, d’abord très réservé à son sujet, a fini par l’apprécier. Grâce à sa diplomatie, Valori  a réussi à maintenir assez longtemps la Prusse en dehors des alliances contre la France.

[16]    Le cardinal André-Hercule de Fleury (1653-1743) a été le principal ministre du roi Louis XV de 1726 à 1743.

[17]    Jean-Jacques Amelot de Chailloux (1689-1749) a été secrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères auprès du roi Louis XV de 1737 à 1744.

[18]    VANDAL (Albert ) Louis XV et Elisabeth de Russie. Etude sur les relations de la France et de la Russie au XVIIIe siècle d’après les archives du ministère des Affaires Etrangères. Editions Plon. Paris. 1882

[19]    Marie-Thérèse d’Autriche (1717-1780) reine de Hongrie et impératrice du Saint Empire Romain Germanique de 1740 à 1780. Avec son mari François de Lorraine, devenu duc de Toscane et empereur sous le nom de François Ier, ils fondèrent ainsi la branche dynastique des Habsbourg-Lorraine.  Son fils aîné Joseph II lui succéda. Parmi ses filles, Marie-Antoinette (1755-1793) devint reine de France en 1774 et Marie-Caroline (1752-1814) fut reine de Naples.

[20]    Wenzel-Anton von Kaunitz (1711-1794)  chancelier impérial d’Autriche. Il signa en 1748 le traité d’Aix-la-Chapelle et conclut en 1756 le traité d’alliance entre la France et l’Autriche. Il exerça une grande influence sur l’impératrice Marie-Thérèse.

[21]    Heinrich (puis Andrei Ivanovitch) Ostermann (1686-1747), gouverneur de Pierre II, vice-chancelier de l’empire russe.

[22]    Burckhard Christoph von Münnich (1683-1767) maréchal de l’ armée russe qu’il réorganisa. Il conquit la Crimée.

[23]    Ernst-Johann von Biren (1724-1800) né à Kainzeen (Courlande), duc de Courlande, régent de Russie, ministre et favori de l’impératrice Anna Ivanovna, exilé en Sibérie en 1740, il fut rapelé par l’impératrice Elisabeth et remis en possession de son duché par Catherine II.

[24]    Le comte Ernst-Christoph von Manteuffel (1676-1749) fut un diplomate au service du roi de Prusse puis de l’empereur d’Autriche en même temps qu’un écrivain,  un mécène et un protecteur du philosophe Christian  Wolff.

[25]          Georges II, duc de Hanovre (1683-1760), roi de Grande-Bretagne et d’Irlande de 1727à 1760. C’est de cette famille allemande des Hanovre qu’est issue l’actuelle dynastie régnante au Royaume Uni de Grande-Bretagne des « Windsor », nom substitué à l’encombrant patronyme de « Hanovre » surtout en temps de guerre avec l’Allemagne en 1914 …

[26]    Jean-Armand de Lestocq (1692-1767) d’une famille française de Huguenots réfugiés dans le duché de Hanovre, exerça d’abord le métier de chirurgien avant de se lancer dans la fonction d’agent de renseignements avec un  goût prononcé pour l’intrigue. Il parlait couramment l’allemand et le français avec des rudiments de langue russe.  Déjà inquiété pour ses relations avec le marquis de La Chétardie quand il fut expulsé de Russie en 1744, suite à de nouvelles affaires, Lestocq fut arrêté en novembre-décembre 1748, soumis à la torture, privé de toutes ses charges et pensions et exilé à Ouglitch, au bord de la Volga, à 200 km au nord-est de Moscou (selon Soloniev Istoria Russii  t.XXII. p. 248 et suiv. Et d’après les papiers originaux dans les Archives Voronzof. t.III. p. 323 et suiv.

[27]    Ce régiment, l’un des plus prestigieux de la Garde impériale, fut créé par Pierre le Grand le 23 mai 1683 au village de Preobrajenskoïe (la Transfiguration en russe), à l’est de Moscou, d’où son nom. Ce régiment était exclusivement composé de jeunes nobles ou boyards.

[28]    Rheinhold-Gustav Löwenwolde (1693-1758) ministre des tasarines Anna Ivanovna et Anna Leopoldovna.

[29]    Mikhaïl Golowkine 1699-1754) Fils du comte Gavriil Golowkine, une des plus grosses fortunes de l’empire russe au XVIIIe siècle, propriétaire du beau palais de Ropcha, construit par Rastrelli, confisqué par Elisabeth Petrovna à la disgrâce de Mickaïl Goolowkine.

[30]    Axel von Mardefeld (1691-1748) diplomate prussien

[31]    Marquis Eugenio-Antonietto de Botta-Adorno (1688-1774) diplomate autrichien

[32]    La guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) a opposé pour le titre d’empereur du Saint Empire Romain Germanique d’une part l’Electeur Charles-Albert de Bavière soutenu par la France, l’Espagne, la Saxe et la Prusse et  d’autre part, Marie-Thérèse de Habsbourg appuyée par l’Angleterre, le Hanovre, la Hongrie, la Hollande et la Sardaigne. Marie-Thérèse obtint une paix séparée avec la Prusse en cédant la Silésie à Frédéric II. Cette guerre s’est terminée avec le traité d’Aix-la-Chapelle en 1748. La France n’ayant rien gagné dans cette affaire malgré la victoire de Fontnoy en 1745, on en retint l’expression « se battre pour le roi de Prusse » …

[33]    Alexis-Petrovitch Bestoujev-Rioumine (1693-1766) diplomate, ministre pendant le règne d’Anna Ivanovna, vice-chancelier  puis grand chancelier de 1744 à 1758 pendant le règne d’Elisabeth Petrovna. Il dirigea longtemps la politique extérieure russe. Il fut un adversaire résolu de Frédéric II pendant la guerre de Sept Ans. Accusé de trahison, il fut exilé. Catherine II  le rappela en 1762 et le réhabilita mais il ne joua plus aucun rôle politique.

[34]    La famille des princes de Conti est une branche cadette de la maison de Condé issue d’Armand, prince de Conti (1629-1666) frère du grand Condé. Louis-François de Conti (1717-1776) tenta de se faire élire roi de Pologne. C’est ce denier que le marquis de La Chétardie voulait faire épouser à Elisabeth.

[35]    La « verste » est une mesure intinéraire en Russie qui correspond à 1067 mètres, soit à peine plus d’un  kilomètre.

[36]    Mikhaïl ( 1688-1770) et Alexis-Petrovitch  (1693-1765) Bestoujev- Rioumine

[37]    Maurice de Saxe (1696-1750) fils adultérin de Marie-Aurore de Königsmark et Frédéric-Auguste Ier, Electeur de Saxe, maréchal général des camps et armées de Louis XV. Décédé au château de Chambord en 1750, il a été inhumé dans l’église protestante Saint-Thomas à Strasbourg.

[38]    Prince Boris-Alexandrovitch Kourakine (1697-1749) diplomate et homme d’Etat

[39]    La « Troïtsa » ou laure (monastère) de la Trinité-Saint-Serge de Zagorsk, bien abritée derrière de puissants remparts, s’appelait jusqu’en 1917 « Serguiev Possad » (bourg Saint-Serge). C’est une sorte de petite ville close avec ses sept églises, les tombeaux de saint Serge de Radonège et de Boris Godounov, deux collégiales, un séminaire, une académie ecclésiastique, un ancien hôpital, des musées d’icônes (d’Andrei Roublev notamment). Au total, un haut lieu de la spiritualité russe. Le nom de Zagorsk, celui d’un révolutionnaire bolchevique, a été délaissé aujourd’hui pour retrouver en 1991 l’ancienne appellation de « Serguiev Possad ».

[40]    Comme une lieue est d’environ 4 kilomètres, cela veut dire que nos pèlerins avaient parcouru une distance proche de 28 kilomètres.

[41]    Hippocrate (460-377 av. J.C.) célèbre médecin de l’Antiquité. Il a laissé plusieurs écrits et « le serment d’Hippocrate » est resté une référence encore aujourd’hui dans le monde médical.

[42]    Cythère, une île au nord de la Crète jadis consacrée à Aphrodite, déesse de l’amour, dans l’Antiquité. Cf. le célèbre tableau de Watteau : L’embarquement pour Cythère.

[43]    Le prince Antioch Kantemir (1708-1744), fils de Dimitri Kantemir, proche et conseiller de Pierre le Grand, ambassadeur russe à Londres et à Versailles, écrivain, eut pour amis Montesquieu et Voltaire.

[44]    James O’Hara (1682-1749), baron Tyrawley, officier irlandais et dilomate au service de la couronne d’Angleterre, successivement engagé dans la guerre de Succession d’Espagne, ambassadeur au Portugal puis à Saint-Petersbourg de novembre 1743 à février 1745, gouverneur ensuite de Gibraltar.

[45]          La guerre de Sept Ans (1756-1763)  suscitée du fait de la volonté de l’Autriche de vouloir reprendre la Silésie à la Prusse, a opposé d’une part la France alliée à l’Autriche, à la Pologne, à la Saxe et à la Suède contre la Grande-Bretagne alliée à la Prusse d’autre part. Elle s’est achevée par le traité de Paris en 1763 : si la Prusse a conservé la Silésie, la France a perdu le Québec et l’Inde au profit de la Grande-Bretagne.

[46]    Etienne-François de Choiseul-Beaupré (1719-1785), comte de Stainville puis duc de Choiseul-Beaupré (1758) et duc d’Amboise (1764), secrétaire d’Etat du roi Louis XV de 1758 à 1770.

[47]    Grossauheim est aujourd’hui un faubourg de la ville de Hanau en Allemagne.

[48]    L’historien Alfred Rambaud (1842-1905) dans son livre Histoire de la Russie depuis les origines jusqu’à l’année 1877, publié en 1878, situe plutôt la sépulture du marquis de La Chétardie à Dornstein près de Mayence ce qui est bien loin de Hanau …

[49]    William Thackeray (1811-1863) écrivain britannique auteur de romans à succès « Mémoires de Barry Lindon » en1843-1844, « Vanity Fair » (la foire aux vanités) en 1847-1848, entre autres ouvrages

[50]    Stanley Kubrick (1928-1999), réalisateur, photographe, scénariste et producteur nord-américain, auteurs de nombreux films à succès (Les sentiers de la gloire, Orange mécanique, etc.)

 

 

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