Au XIXème :

– on parfait la culture de la vigne et la distillation … Alfred de Vigny (1797-1863) aima beaucoup la Charente et particulièrement le Blanzacais, il fit de longs séjours au Maine Giraud surveillant son vignoble tout en écrivant notamment « La Maison du Berger ».

Le 11 août 1848 Vigny écrit à Busoni « Je fais établir et perfectionner une distillerie d’eau de vie, puisque nos raisins produisent le « cognac » le plus pur, et vous pouvez m’écrire comme à P. Courier : à A. de Vigny, vigneron. Entre le 28 septembre et le 4 octobre ce sont les vendanges… » et la joie du poète qui s’exprime dans ce quatrain pour Evariste Boulay-Paty : « Il est une contrée où la France est bacchante, Où la liqueur de feu mûrit au grand soleil, Où des volcans éteints frémit la cendre ardente, Où l’esprit des vins purs aux laves est pareil. » Vigny tirera même de son cognac des revenus appréciables. Dans de nombreuses lettres Vigny félicite son régisseur pour la vente du cognac à la maison Hennessy : n Il est probable que l’on sait à présent dans le pays que mes eaux de vie sont les plus pures qui puissent se faire… »

– on assiste à l’ascension fulgurante du Cognac et des expéditions en bouteilles dans le monde entier… François-Marc Marchandier (1830-1898), propriétaire d’une maison de Cognac a beaucoup écrit dans la Revue « l’Almanac du Cognac » En comparant la liqueur des Dieux à d’autres liqueurs, vins, écrit : « Le Cognac, le cognac qui les vaut tous ensemble ! Or potable qui dort en futaille et qui semble Fait avec des rayons de l’aube distillés, Ont le doux feu provoque un frémissement tendre, Si magique, 0 Bacchus ! que nous croyons l’entendre Rire à nos sens émoustillés !
Ses qualités souveraines En nombre égalent les graines Des raisins qui l’ont produit. Lorsque cette huile divine, Du fin cristal qui s’incline, Descend au gosier sans bruit, Dans le corps qu’elle dilate, Sa sève électrique éclate Comme l’éclair de la nuit…. »

Jean Viroulaud, auteur charentais, écrit en 1870 dans un « Annuaire du Cognac » sur la dégustation du cognac :
« Quand j’ai secoué la tulipe de cristal qui m’a servi pour déguster la vieille champagne, j’applique mon nez à l’orifice étroit du vase et je me demande ce que je sens. Est-ce la rose ?…Peut-être bien – La violette ?… On le croirait presque. Le jasmin ? Il y a certes quelque chose de lui là-dedans. -Le réséda ?… Qui sait ? – L’héliotrope ?…Hé ! la différence n’est pas si énorme. – Si c’était l’aubépine !… Bah ! je renonce à chercher. Franchement j’y renonce. Versons-nous plutôt une deuxième gorgée du même flacon. Ah ! je vivrais mille ans que je n’oublierais jamais un certain coup du milieu, savouré jadis par votre serviteur, au premier juin, à cinq heure du matin, en pleine campagne, sur une colline en compagnie de cinq bons amis curieux, comme moi, de contempler l’aurore… en déjeunant. Quel arôme, grand dieu ! s’exhalait de nos verres ! Et comme il se mariait heureusement à l’odeur de raisin fleuri que le vent nous apportait des vignes prochaines ! »

Charles Albert d’Arnoux (1820-1882), nom d’emprunt Bertall, illustrateur parisien effectue un voyage à travers le vignoble français: « Cognac ! A ce nom toutes les nations tressaillent, même les plus sauvages. Le Cognac ou l’eau de feu a fait plus d’esclaves et de conquêtes que les armes ». Aussi le monde entier est-il tributaire de ce coin de terre privilégiée des Charentes, et des fortunes énormes se sont basées sur l’excellence et la rareté de cet esprit, toujours de plus en plus demandé au-dedans ou au dehors. » Charles Albert d’Arnoux visite le vignoble « les vignes semblent pour ainsi dire au hasard, comme des choux ou des betteraves dans un champ » … « Leurs branches s’étendent à leur fantaisie, sans piquets, sans lattes ou ligatures, et l’aspect général d’un champ de vigne semble un vaste tapis de verdure, que n’attriste pas, comme ailleurs, et dans la vieille Champagne notamment, le ton gris poudreux des tuteurs ou piquets destinés à soutenir la plante et le fruit ». Çà et là, malheureusement, quelques tâches jaunes ou terreuses apparaissent et salissent le velours vert du tapis de verdure : ces tâches, vous les voyez, c’est là notre plaie : c’est le phylloxera, et tous les ans ces tâches s’étendent et détruisent sans pitié cette vigne qui est la richesse du pays… » « Nous sommes descendus, et nous avons arraché sans peine une souche dont les racines fendillées, boursouflées, détruites, n’avaient conservé ni force ni vie. Sur une des rares feuilles qui persistassent aux branches privées de raisin, une petite bête d’un jaune transparent, à peine perceptible, au regard, s’agitait et courait avec une rapidité et une volubilité étrange : Voilà le phylloxéra qui va porter au dehors son impitoyable race… » « On fait aussi du vin rouge, de temps en temps, par ici ; mais ce vin n’a que peu de mérite. Il se fait pourtant avec le raisin d’une sorte de cépage appelé le « balzac ». Ce nom seul, il me semble, eût dû le piquer d’honneur. M. de Balzac est un produit des Charentes, et il est à croire que notre contemporain venait aussi, par sa famille, de ce pays, aux vignes duquel tous deux, sans doute, ont emprunté leur nom. Il faut l’avouer, cela n’a exercé, malheureusement, aucune influence sur le vin. » Bertall note le travail en Fine Champagne : « Le travail de labour se fait comme dans les pays à vignes ordinaires. Le raisin se recueille dans des paniers à bois, comme au Médoc, se verse dans les bannes ou petites cuves étanches placées sur des chariots, et se porte dans les pressoirs, où il est foulé immédiatement soit aux pieds, soit au rouleau, sans être dégrappé préalablement. Tout cela s’exécute tranquillement, sans grande précaution. On sait que le vin n’est pas l’objectif, et que le résultat cherché ne s’arrête pas à lui » Les engins de la ferme ne sont pas luxueux. Dans une grande salle, un peu sombre, se trouvent d’un côté le pressoir, de la forme ordinaire, muni d’une presse à la vieille mode, et quelques cuves pour recevoir le vin de presse ; de l’autre côté, l’alambic destiné à traiter le vin obtenu, lorsqu’il a opéré sa fermentation et à tirer l’eau de vie . » « Le monde entier a soif des remarquables produits comme aux environs de Cognac, aujourd’hui, cette vigne charentaise, et le débit ne peut que s’en multiplier encore, si l’ennemi qui s’attache à cette malheureuse vigne ne vient pas, comme aux environs de Cognac, aujourd’hui, détruire complètement les espérances du vigneron ». « Ça, le phylloxéra, c’est le bouquet ; si ça continue, nous n’en reviendrons pas. Voyez-vous en un peu, après tout cela, la France sans vin, les Charentes sans eaux de vie, Cognac sans commerçants et sans voyageurs ».